Mémoires pmr servir à rhistoire de Ijoms XIV
et qui n*eut qu'une représentation ; et il vient de publier un petit poème sur la paix où il n*y a nulle netteté dans le plan, point d'élévation dans les pensées. Les images y sont le plus souvent burlesques, et les vers plats quand il veut les faire tendres, et durs quand il veut les rendre forts. Deux morceaux plus passables que les autres de cette poésie sont copiés l'un de Voltaire, l'autre de Despréaux. Voici un lieu commun qui m'a paru ce qu'il y a de plus passable dans l'ouvra ge que je vous annonce :
Peuples, par des concerts et des cris d*allégresse,
Célébrez le retour de Taimable déesse ;
Relevez ses autels, rendez-lui ses honneurs.
Et goûtez à l'envi le prix de ses faveurs.
0 vous, jeunes beautés, qu'un nœud rempli de charmes
Attache à des guerriers, sujets de vos alarmes.
Des myrthes de Venus parez-vous en ce jour :
Le règne de la paix est celui de Tamour.
Famille désolée, épouse languissante,
£t vous, fille craintive, et vous, mère tremblante.
Vous que le sort d'un fils, d'un père, d'un époux.
Sous les ordres de Mars retenus loin de vous,
Touchait d'une douleur aussi juste que tendre ^..
Vous tous qui, par état, par honneur ou par choix.
Des fureurs de la guerre avez senti le poids;
Vous, humbles laboureurs, et vous, race intrépide.
Du trône de vos rois appui ferme et solide.
Héros, reprenez tous, dans les bras de la paix,
Ge calme que loin d'elle on ne trouve jamais.
— J'eus l'bonneur de vous annoncer les Mceurêdès qu'elles parurent, et le jugement que j'en portais alors ne parait pas avoir été confirmé par l'idée qu'en ont les vrais connaisseurs. Le magistrat, en faisant brûler cet ouvrage, a, conmie cela ne manque jamais d'arriver, augmenté la curiosité de le lire. II en parait aujourd'hui une critique assez bien écrite, mais qui n'est remplie que de choses étrangères au livre critiqué ou de choses communes qui n'avaient pas échappé aux lecteurs les moins éclairés. Cette critique est d'un certain Meusnier de Querlon,
i. La Place n*a fait imprimer sa tragédie qu'en 1781, c'est-à-dire trente ans plus tard ; il y a fait des remaniements, car les vers que voici sont supprimés, l'un d'eux manque sur le manuscrit, et nous ne l'avons pas remplacé.
qui n'est connu que par quelques petits ouvrages de cette naturel
— Je ne sais pas si vous connaissez les Considérations sur la grandeur et la décadence des Romains de M. de Montesquieu, auteur des Lettres Persanes. C'est un ouvrage où il y a de la politique, beaucoup de philosophie, et un grand sens. La nouvelle édition qu'on vient de publier de ce livre nie donne l'occasion de vous en parler. Toute la grandeur de Rome, suivant ce profond écrivain, vint de ce que les Romains n'eurent jamais la pensée de fonder plusieurs villes; mais de plusieurs villes, de plusieurs peuples, de plusieurs empires, ils pensèrent toujours à ne faire qu'une ville. Ils voulurent établir dans Rome un centre à l'univers par leur industrie, il n'y eut qu'un foyer dans le monde, et ce foyer, qui était Rome, échauffait tout. Mais dès que les centres du gouvernement, les foyers se multiplièrent au préjudice de l'unité et de l'union, lorsque les gouverneurs perpétués dans leur emploi se regardèrent comme indépendants, Rome déchut de son ancienne grandeur. Voilà la clef de ce livre où chaque mot dit souvent plus d'une chose, et qu'il faut plutôt méditer que parcourir. On a beaucoup écrit sur les Romains, et peut-être était-il réservé au seul président de Montesquieu de les connaître.
— M. de La Font, auteur des excellentes Réflexions sur la peinture^ vient de publier une lettre critique sur V Histoire du Parlement d* Angleterre *. 11 règne beaucoup de modération dans cette critique qui, d'ailleurs, est sans ordre et mal écrite,
— L'Électeur de Cologne ayant fait écrire au poète Roy qu'il souhaitait de voir de ses ouvrages, celui-ci, en les lui envoyant, lui a adressé les vers suivants :
Par le goût des beaux-arts Votre Altesse guidée. Sur la foi des bienfaits doot me comble mon roi,
A peut-être conçu de moi
Uoe trop grande idée.
J'apprends que vous voulez en juger par vos yeux.
Que cet ordre m'est précieux!
L'offrir et l'aononcer porte un air d'assurance.
L'iiommage qui nous sied le mieux
Est celui de l'obéissance.
Vos souverains font grâce aux talents nés chez eux;
\. Nous n'avons pu retrouver cette brochure.