Bcrg-op-Zoom (Pari»), 1748, 2 pai-ties en un vol. in
Ëpigramme allégorique dans laquelle le poète Roy est comparé à Hercule, et TAcadémie au peuple pygmée.
Un jour le peuple pygmée, La taille au-dessous de fourmi, Sur le bon Hercule endormi Vint s'assegnbler en corps d'armée.
Tout le camp d'aiguillons muni A le picoter s'évertue ; Que fait Hercule? Il éternue :
Et voilà le combat fini.
Lorsque M. d'Argenson a été reçu à l'Académie française, il a eu des concurrents, entr'autres Tabbé Le Blanc, cet auteur si haï et si méprisé. Cela a donné occasion au poète Roy de faire l'épigramme suivante, dans laquelle M. d'Argenson est comparé à Ulysse, et l'abbé Le Blanc à Irus.
Parmi tous les aspirants A l'hymen de Pénélope, Irus, plus hideux qu'Ésope, Irus se mit sur les rangs.
Ulysse vint : son épée Du sang des rois fut trempée; Pour Irus, dès qu'il le vit, Un coup de poing Ten défit.
— Nous venons d'être témoins d'un mariage fort singulier. M"* Staflbrt vient d'épouser Crébillon le fils, auteur de beaucoup d'ouvrages ingénieux. 11 lui avait fait déjà un enfant. Comme ils sont tous deux extrêmement pauvres, on a dit que c'était la soif qui avait épousé la faim, et on a appelé cette union la continuation des Égarements du cœur et de V esprit de Crébillon. C'est le titre d'un agréable roman de cet écrivain voluptueux. M''" StafTort est tante de milord Staffort qui s'est retiré en France.
Une dame, fort connue dans ce pays-ci par le bel esprit, vient de m'envoyer un ouvrage singulier de M. Deslandes qu'on imprime actuellement. Comme ce roman historique ne peut manquer de faire du bruit par les hardiesses dont il est rempli, et que Fauteur a de la célébrité en Europe, j'ai pensé que vous seriez bien aise dq voir ce que j'ai répondu sur l'un et sur Vautre ; voici ma lettre :
« Je viens de lire la Princesse de Mont ferrât * avec la passion qu'on a pour tout ce qui a passé par vos mains, avec plus de liberté que vous n'en laissez ordinairement et avec une impartialité dont j'espère que vous me tiendrez compte. Cet ouvrage singulier a fait sur mon cœur des impressions subites, vives, profondes. J'y trouve ce que l'histoire à de plus vrai, le roman de plus merveilleux, le théâtre de plus tragique. Le sujet est grand et simple, les incidents sensibles et surprenants, le dénouement juste et terrible.
(( Je n'imagine pas une action plus naturelle, plus instructive, plus touchante. Un grand empereur choisit un héros célèbre par sa probité et ses talents pour le rendre le dépositaire de sa puissance. L'impératrice trouve malheureusement un homme adorable où l'on n'avait vu qu'un homme d'État. Le ministre, uniquement occupé du bonheur des peuples, ne tarde guère à devenir la victime d'un feu honteux qu'il a méprisé. Une épouse désolée fait crier dans une assemblée de plusieurs nations un sang injustement versé. La princesse, coupable de toutes ces horreurs, ne peut ni soutenir la honte dont on la couvre, ni étouffer les remords qui la rongent, et se précipite dans les flammes. Le monarque lui-même consent à périr pour expier le crime d'un jugement injuste et précipité. Ses sujets le forcent à I vivre. Il offre sa main à la veuve généreuse qui poursuit avec tant d'éclat une illustre vengeance. Elle dédaigne ces nouveaux
1. Histoire de la princesse de MonI ferrât. Londres, 1749, în-12.
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nœuds et termine la journée par des prophéties que le ciel autorise par le tonnerre qu'il fait gronder. Oh ! je ne me trompe pas, il y a du grand, du neuf, du pathétique dans ce sujet.
n Les principaux caractères qui entrent dans cette action me paraissent noblement dessinés, ingénieusement variés, constamment soutenus. L'empereur Othon III a les lumières d'un particulier, et manque de celles qui font l'ornement du tr6ae. Le désir de la louange le rend vertueux plutôt que l'amour de l'ordre; il aime mieux amuser les peuples par des spectacles ruineux que de les soulager par une économie louable. Sans principes fixes, sans un goût trop décidé ni pour le bien ni pour le mal, il agit selon les passions qui le tyrannisent, les ministres qui r éclairent, les favoris ou les maîtresses qui le gouvernent.
« L'impératrice Marie, fille du roi d'Aragon, est à la fois superstitieuse et voluptueuse, pratique une vertu avec la même facilité qu'elle commet un crime, se plaît aux devoirs de la religion les plus humiliants pourvu que ce qu'il y a de plus galant à sa cour l'y accompagne ; aime tous ses plaisirs par caprice et se dégoûte de tout par inconstance. On ne sait si on doit la plaindre ou la haïr, mais il est bien décidé qu'on ne la peut estimer.
(( Les malheurs du prince de Montferrat n'égalent point la compassion qu'on a su m'inspirer pour lui. Je ne puis assez m'intéresser au sort d'un ministre laborieux sans ambition, ferme sans entêtement, exact sans petitesse; qui fait la guerre et qui aime la paix, qui ne néglige aucun détail et qui est supérieur aux plus grandes affaires; qui connaît tous les talents et qui sait les mettre tous en œuvre. Il voulut l'ordre, vint à bout de l'établir, et ne fut jamais soupçonné de sévérité, de partialité, pas même d'amour- propre. De quel homme en place en a-t-on jamais dit autant?
u L'auteur m'arrache à la tristesse où il m'a plongé pour me faire éprouver aussi vivement une autre passion. Le caractère de la princesse de MontfeiTat est un des plus beaux qu'on ait jamais tracés. Elle ne s'amuse pas à plaindre son mari, elle fait plus, elle le justifie, elle lé venge. Quand elle n'aurait pas des droits sur son cœur par ses malheurs, par les grâces les plus touchantes, par tout ce qui peut rendre une femme estimable,
il règne un air d'héroïsme dans ses démarches qui ne me permet point de lui refuser mon admiration.
(c Vous jugez bien, madame, qu'un écrivain qui fait si bien agir ses personnages ne peut pas les mal faire parler. Je regarde les harangues comme la partie brillante de cet ouvrage ; elles sont vives, nobles, intéressantes. Les devoirs des souverains y sont développés sans humeur, sans exagération, sans faiblesse. C'est tout ensemble une philosophie, une politique, une morale pleine de sentiment.
(( Le style de l'ouvrage est tel qu'il doit être, plus véhément que doux, plus fort qu'élégant, moins correct que hardi. Les délicats et les grammairiens le critiqueront, les vrais connais- . seurs, ceux qui aiment les tours lumineux, les expressions de génie, en seront enchantés. L'auteur écrit comme il pense, avec chaleur, avec noblesse, avec rapidité.
« Voilà, madame, ce que j'ai senti en lisant le manuscrit que vous avez eu la complaisance de m'envoyer. Vous me faites un mystère du nom de l'auteur; si je ne me trompe, je l'ai deviné. C'est un homme d'un âge assez avancé, qui a exercé des emplois qu'on peut dire considérables, du moins importants. 11 y a acquis Testime publique, mais en y essuyant des persécution secrètes. C'est un tribut que laprobité paye régulièrement à la corruption. . Personne n'a dit avec plus de courage les vérités utiles au bien de l'État, à l'honneur de la philosophie, au progrès des sciences, ni lû avec plus de ménagement celles qui intéressent l'honneur des particuliers, la tranquillité des familles.
« Quoiqu'il aime à parler, il est si modeste qu'il laisse jouir ceux qui sont avec lui du plaisir de croire qu'ils l'instruisent de beaucoup de choses qu'il sait infiniment mieux qu'eux. Jamais homme n'a su mieux que lui avoir tort lors même qu'il a raison. Il use de si bonne grâce qu'il ne vient pas dans l'esprit d'y* soupçonner de la complaisance.- La vivacité de son esprit ne nuit pas à la justesse de ses idées, l'étendue de sa mémoire à la profondeur de son raisonnement, la diversité de ses connaissances à la sûreté de son goût. Ceux qui ne le connaissent pas bien pourront croire qu'il a du goût pour le cérémonial. Quand on l'approfondit, on est convaincu qu'il fait par sentiment ce que les autres ne font que par bienséance. Je croyais qu'il était inipossible d'aimer beaucoup de personixes, et de les aimer for-!
tement; il m'en a fait voir la possibilité. Il est ferme dans les nouvelles amitiés et vif dans les anciennes. Il a une intrépidité de raison qui étonne les plus philosophes, et une douceur de caractère qui charme les hommes les moins sociables. On trouve réunis en lui les trois genres d'esprit : l'esprit d'aflaires, l'esprit de lettres, l'esprit de conversation. C'est un homme charmant, . avec qui je voudrais être tout le temps que je ne puis passer auprès de vous. »
— Il y a quelque temps qu'il a paru dans les pays étrangers une Vie de Vabbi de Choisy^^ qui commence seulement à faire du bruit à Paris depuis quelques jours. Je ne puis comprendre ce qui a empêché ce livre de pénétrer plus tôt dans la seule ville de l'univers où l'on peut juger de sa vérité et où l'on peut avoir de l'empressement pour le lire. L'auteur partage cette vie en trois livres. Dans le premier, il ne parle que de la fureur qu'avait l'abbé de s'habiller en femme. Il est vrai, comme on le dit dans cette histoire, qu'il alla dans une de nos provinces sous le nom de la comtesse des Barres, où, sous prétexte de former les filles de ses amies, il eut des aventures assez agréables. L'écrivain qui nous donne cette histoire a ignoré un fait que je tiens de source. Il se fait dans quelques paroisses de Paris une assemblée tous les mois, où, après un discours de charité, on pourvoit, par une quête, aux besoins des pauvres. L'abbé de Ghoisy souhaita de se trouver habillé en femme à une de ces assemblées, et il engagea, à force de prières, le curé à y consentir. L'abbé arriva sous le nom d'une dame de province ; elle parla contre toutes les règles et, son discoui*s fini, elle mit cent louis d'or dans la bourse de la quête ; l'émulation engagea les dames de Paris à donner plus qu'elles n'avaient accoutumé de faire, de sorte que cette bizarrerie valut aux pauvres plus de deux mille pistoles.
Le second livre représente l'abbé de Choisy passé de l'état de femme à celui d'apôtre. Tout le monde sait le voyage que fit ce voluptueux abbé à Siam, dans l'espérance d'y convertir le roi. La relation qu*il a donnée de son voyage est écrite de
i. Fie d» M. Vabbé de Choisy. Lausanne ot Genève (Paris), 1748, in-iS. L'attribution de ce Uvre à Tabbé (l*01i?et a été contestée. Les Aventures de Vabbi de Choisy habillé en femme ont été souvent réimprimées. La dernière édition est celle de Bruxelles^ 1870, in«iS.
ce style vif, léger et inconséquent, qui caractérise tous ses écrits.
Le troisième livre. est destiné à peindre Tabbé de Choisy comme écrivain. Malgré les éloges que l'auteur lui donne, la plupart de ses ouvrages sont assez peu lus. C'est un écrivain badin, superficiel, peu exact, point de logique, sans ordre. Ses Mémoires de Louis XIV ^ sont ce qu'il a fait de mieux, parce qu'on lui pardonne un certain désordre qui ne serait pas souffert ailleurs. L'abbé de Choisy avait une mère de beaucoup d'esprit. Elle lui recommandait de ne voir que des gens de qualité pour n'être point glorieux. « Allez passer l'après-dîner, lui disaitelle, avec les MM. de Lesdiguières, de Villeroy, de Guicbe, de Louvigny. Vous vous accoutumerez à la complaisance de bonne heure, et il vous en restera toute votre vie un air de civilité qui vous fera aimer de tout le monde. » L'abbé de Choisy dit quelque part : a Pendant que je travaillais à l'histoire de Charles VI, M. le duc de Bourgogne, à peine sorti de l'enfance, me dit : « Comment vous y prendrez-vous pour dire que ce roi » était fou? — Monseigneur, lui répondis-je sans hésiter, je » dirai qu'il était fou ; la seule vertu distingue les hommes dès » qu'ils sont morts. »
— Voici des vers que l'illustre et vieux M. de Fontenelle a adressés à un jeune auteur qui lui avait demandé des conseils :
Dans la vie où tu veux courir,
Songe bien ce que tu hasardes:
n faut avec courage également offrir Et ton front aux lauriers et ton nez aux nazardes.
M. de La Place qui avait acquis quelque réputation par la traduction qu'il avait faite, et qu'il continue, du Théâtre anglais^ ne la soutient pas par les ouvrages qu'il compose. Il y a environ un mois qu'il donna une tragédie intitulée Jeanne d Angleterre,