VIE DE BOURSAULT
Boursault est né en Bourgogne en 1638, et mort en 1701, Boursault ayant fait en 1671, par ordre du roi, pour l'éduca-
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tion du dauphin, un livre qui a pour titre V Étude des souverains, ce prince en fut si content qu'il se le fit lire plusieurs fois, et il en crut l'auteur si capable de contribuer à former la jeunesse d'un grand prince qu'il lui fit l'honneur de le nommer sousprécepteur de Monseigneur; mais comme Boursault n'avait jamais étudié le latin, il ne put pas occuper un poste si honorable.
Boursault faisait en vers, tous les huit jours, une gazette qui plaisait beaucoup au roi et à toute la cour. Une semaine s'étant trouvée stérile en nouvelles, le gazetier se plaignit à la table de M. le duc de Guise de n'avoir rien de divertissant dont il put remplir sa gazette. Ce prince s'offrit alors à lui donner un sujet tout propre à réjouir le roi et la cour. C'était une aventure arrivée à la porte de l'hôtel de Guise, chez une brodeuse fort eD vogue, où les capucins du Marais faisaient broder un saint- François. Un jour que leur sacristain était allé chez la brodeuse voir où en était l'ouvrage, il s'endormit profondément la tête sur le métier où il regardait travailler. L'habile et malicieuse ouvrière, qui en était à broder le menton du saint, saisit l'occasion favorable d'ajuster artistement la longue barbe du révérend père, pour composer en diligence la barbe de saint François. Au réveil du religieux, aussi étonné qu'indigné de se trouver pris par un endroit qu'il croyait si respectable, il y eut un débat assez plaisant entre lui et la brodeuse pour savoir à qui resterait cette barbe, et si ce serait au saint fondateur ou à son humble disciple qu'on serait forcé de la faire. Ce fut dans cette aventure que le jeune auteur, en brodant une seconde fois cette vénérable barbe, fit la plus jolie de toutes ses gazettes par un esprit de badinage et nullement d'impiété. Le roi, qui était jeune, en rit beaucoup et n'y trouva point à redire. La vertueuse reine Marie- Thérèse, qui était la piété même, ne laissa pas d'en rire aussi et n'en fut point scandalisée. Touie la cour, à l'envi, en apprit les vers par cœur. Mais le confesseur de cette princesse, qui était un cordelier espagnol, n'entendit pas raillerie. Irrité encore par les capucins qui criaient vengeance contre l'outrage fait à leur séraphique père, il mit le scrupule dans l'esprit de cette pieuse reine et l'obligea de demander au roi une punition exemplaire. Sa Majesté voulut par bonté tourner la chose en raillerie^ et dit même à cette princesse tout ce qu'il put pour l'adoucir ; mais, la voyant, obstinée à le prendre au sérieux, il la laissa la
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maîtresse de faire tout ce qu'elle voudrait. La reine, toujours excitée par le père confesseur qui lui en faisait un point de conscience, manda M. le chancelier Séguier, à qui elle ordonna de retirer le privilège accordé à l'auteur et de l'envoyer à la Bastille jusqu'à nouvel ordre pour lui apprendre à ne plus badiner avec les saints. Ce grand chef de la justice, protecteur de tous les gens de lettres et qui honorait particulièrement M. Boursault de ses bontés, ne trouva pas le délit aussi grand que l'était la colère de la reine'; mais, en obéissant aux ordres de Sa Majesté, il eut seulement l'attention d'ordonner à l'officier qu'il chargea des siens de laisser à l'auteur, quand il irait l'arrêter, tout le loisir nécessaire pour écrire au roi et à ses protecteurs. Boursault, qui, bien content de lui-même et du succès de sa gazette, ne s'attendait àrien moins qu'au compliment de cet officier qui était de ses amis, commence par le prier de se mettre à table avec d'autres jeunes gens d'esprit qui déjeunaient ce matin-là chez lui, et, quoiqu'il ne fût pas content du gîte où il devait coucher, il ne perdit rien de sa belle humeur et il se servit du temps qu'on lui laissait pour écrire au grand Condé, son protecteur déclaré. Ce prince eut la bonté d'en parler aussitôt au roi qui fit révoquer sur-le-champ l'ordre d'aller à la Bastille, mais qui, par considération pour la reine^ fît défendre au coupable de travailler à la gazette et, de plus, lui retira sa pension de 2,000 livres.
Despréaux étant allé aux eaux de Bourbon pour une extinction de voix et y étant resté beaucoup plus de temps qu'il ne Tavaitcru, Boursault, qui était receveur des tailles à Montluçon, en Bourbonnais, apprit par un de leurs amis communs que son censeur était dans son voisinage et qu'il y manquait d'argent. II n'hésita pas seulement un moment à aller le trouver à Bourbon, et il lui porta une bourse de 200 louis. Despréaux fut en même temps si surpris et si touché de cette générosité qu'il avait si peu méritée, qu'il se réconcilia sincèrement et lia avec loi une étroite et tendre amitié.
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MM. Parfait viennent de publier le quinzième volume de leur Histoire du Théâtre-Français. C'est, comme vous savez, un extrait de toutes les pièces qui ont été représentées sur ce théâtre depuis l'origine de notre comédie jusqu'à nos jours. Cet ouvrage est exact, mais il n'est que cela ; si vous vous donnez la peine de le parcourir vous n'y trouverez ni légèreté dans le style, ni (inesse dans les réflexions, ni sagacité dans la critique. Je vais recueillir quelques anecdotes qui y sont répandues, et je tâcherai de leur donner un peu plus d'agrément qu'elles n'en ont dans la compilation dont je les tire.