‹ Correspondance littéraire (volume 5)Chapitre 37 sur 113 · ENVOI · texte numérisé non relu

ENVOI

Toi dont l'esprit, les grftces m'ont charmé. Puissent mes vers transmettre en toi ma flamme! Permets qu'Amour par moi te donne une âme. Qui n'aime point est-il donc animé?

— Tout est extraordinaire dans un ouvrage qu'on vient d*imprimer en deux volumes et qui fait beaucoup de bruit par la hardiesse des sentiments qu'on y a hasardés. Il est intitulé Telliamedy ou Entretien d'un philosophe indien et d'un missionnaire français^. L'auteur est M. Maillet, consul au Caire et qui était auparavant secrétaire de M. Delahaye, ambassadeur de

1. Amsterdam, 1748, 2 vol. iD-8. Publié parGuerssar les manuscrits de Benoit de Maillet, mort en 1738. L*abbé Le Mascrieren a donné une éditioo aogmeotéi', Paris, 1753, 2 vol. in-12.

NOUVELLES LITTÉRAIRES. 2il

France à Gonstantinople. La folie de M. Maillet, d'ailleurs homme ferme, courageux et très-expérimenté dans le commerce du Levant, était de croire que Moïse et par conséquent le peuple juif n'avaient jamais été en Egypte. 11 avait pour cela parcouru dix-sept fois cette vaste et presque déserte contrée, et il prétendait prouver son extravagante pensée par le local du pays. J'ai vu sur cela un ouvrage de sa main où il y a beaucoup de recherches, mais qui est heureusement peu connu.

Le système que présente Telliamed est un réchauffé de l'ancien système de Thaïes. Il prétend que tout vient de l'eau, qui, en s' épaississant, a formé la terre et ses diverses productions; que les arbres, les plantes et les fleurs ne sont que des richesses de la mer qui ont trouvé à végéter sur la terre, à s'y nourrir et à se multiplier; enfin que les hommes avec tous les animaux, de quelque espèce qu'ils soient, ne sont que des poissons transformés en animaux et en hommes. Au milieu de toutes ces visions, il se trouve d'utiles recherches de physique et d'histoire naturelle, tant sur les endroits que la mer couvrait autrefois et qu'elle a laissés, que sur les amas de coquillages, de poissons pétrifiés et de productions marines qu'on rencontre aujourd'hui dans des lieux très-éloignés de la mer.

L'éditeur suppose le système de Telliamed comme nouveau, et pour l'accréditer il dit, d'après M. de Fontenelle, beaucoup de mal des opinions que les anciens nous ont transmises, comme si parmi ces opinions il n'y en avait pas beaucoup de vraies, et auxquelles nous sommes obligés de revenir. Il dit en fait, d'après le môme M. de Fontenelle, qu'un seul homme qui réclame contre une opinion reçue a plus de pouvoir pour la détruire que n'en ont deux cents hommes qui l'adoptent pour l'assurer et pour en fonder la certitude; ce qui est absolument faux. Préjugé pour préjugé, je n'en connais point de plus grand que l'antiquité d'un système et le concours de ceux qui l'ont adopté et qui l'adoptent encore. Ce système a pour lui toute l'autorité qu'il peut avoir et que méritent les choses de la vie.

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