‹ Correspondance littéraire (volume 5)Chapitre 44 sur 113 · Paris, 1749, 1 vol. in-iS · texte numérisé non relu

Paris, 1749, 1 vol. in-iS

De votre sexe ayez les grftces.

Du nôtre ayez les sentiments, Et faites toujours sur vos traces Voir autant d'amis que d'amants.

Puisque nature vous a faite

Pour nous plaire et pour nous charmer.

Sans être prude ni coquette

Jouissez du plaisir d'aimer.

Quand au goût Ton Joint la prudence

On peut contenter ses désirs.

Et, sans choquer la bienséance,

Se livrer aux plus doux plaisirs.

Que les préjugés et l'usage Règlent les sots, les paresseux ; Quoiqu'ils soient suivis par le sage.

Il sait se mettre au-dessus d'eux.

Ce n*est qu'une faible barrière Qu'il faut franchir sans s'alarmer; Ge sont de ces grands de la terre Que l'on respecte sans aimer.

Laissez votre sexe timide

Obéir à d'injustes lois.

Et, quoi que le nôtre en décide, *

Usez toujours de tous vos droits.

Avec tant d'esprit et si belle

Pouvez-vous rien faire de mal?

Non, ne prenez point de modèle.

Soyez vous-même original.

Piron, qui ne met point de bornes à la haine qu'il a jurée à Voltaire et à La Chaussée, m'envoya hier Tépigramme suivante, laquelle attaque les derniers ouvrages de ces deux poètes dramatiques : V École de la jeunesse et Sémiramis.

0 temps, ô mœurs I s'écriait La Chaussée, Siècle pervers qui fuit sa guérisoni ' Quoi t mou école est ainsi délaissée 1 Quoil le carême est ma morte-saison.

Et cependant, contre toute raison.

Deux sots objets (ahl c^est ce qui m^assomme!) Deux monstres faits et bâtis. Dieu sait comme. Deux vilains riens attirent les badauds. Méritent- ils seulement qu^on les nomme?

Sémiramis et le rhinocéros!

— Voltaire ayant demandé au roi de Prusse quelques remèdes pour ses infirmités, ce prince lui a répondu :

Eh, quoi! vous devenez crédule Vis-à-vis de nos médecins.

Qui pour mieux dorer la pilule N^en sont pas moins des assassins?

Vous n'avez plus qu'un pas à faire.

Et je vois mon dévot Voltaire Nasiller chez les capucins.

— Il y a environ trente ans que M. Crébillon donna sa tragédie de Xercès. L'indifférence du parterre pour cette pièce, qu il trouva médiocre, et la sagesse du magistrat, qui la trouva trop libre, Tétouffèrent dans sa naissance, et elle n'eut qu'une représentation. Le public, réveillé sur cet ouvrage par l'impression qu'on vient d'en faire, a confirmé le premier arrêt, et Xercèi est jugé tout d'une voix une mauvaise pièce. Il y règne un ton bas qui révolte les moins délicats. Artaban, sur qui porte toute la tragédie, est un ambitieux qui ne cache point les desseins qu'il a de monter sur le trône, et Xercès et tous les autres personnages de la pièce sont des caractères sans cœur et sans esprit ; ils ne voient rien ou ont la faiblesse de consentir à tout sans opposition. Ce genre de poésie demande plus de dignité, et il est impossible de s'intéresser beaucoup pour des acteurs de ce caractère. La versification de cette pièce est comme, celle de la plupart des ouvrages de Crébillon, dure, chevillée, obscure, enflée et gothique, mais semée de traits heureux, forts et lumineux. Tout le monde a fait attention au vers suiva^nt :

La crainte fit les dieux, et Taudace les rois.

— M.Favier, connu par quelques petits ouvrages de critique, a fait l'épigramme suivante à l'occasion de Xercès :■

Arrêt que contre Crébillon

Au billon A rendu au sacré vallon

Apollon :

Après CatUina joué

Bafoué, Mais après Xercès imprimé

Assommé.

— M'*"^ de Lussan, dont vous avez peut-être lu les Anecdotes de la cour de Philippe-Auguste et de François /**•, vient de publier les Ammles galantes de la cour de François 11^. Il est si peu question de ce règne dans ce roman, qu'on voit bien que ce titre n'a été mis là que pour imposer. Le vrai titre de cet ouvrage serait , le Comte de Dreux^ et c'est en effet sous ce nom que j'en ai entendu lire autrefois plusieurs morceaux à Tillustre auteur. L'amour d'un frère et d'une sœur est le sujet de ce roman. L'exposition en est assez embarrassée, l'intrigue simple et pas trop chargée d'épisodes. Le dénoûment est froid ; c'est le temps et la raison qui détachent ces deux amants l'un de l'autre. Le développement des sentiments de ces. deux cœurs, qui est le plus grand pivot de cet ouvrage, me parait fait avec beaucoup d'agrément et de finesse; le style est élégant, naturel, mais il manque de correction et de vivacité.

— Voltaire vient de publier en cinq langues son Panégyrique de Louis XV ^ dont on a si longtemps ignoré l'auteur. Trois jésuites ont fait les traductions italienne, anglaise et latine; j'ignore de qui est l'espagnole. Cet écrivain appelle ce petit ouvrage sa Polyglotte.

— II parait aussi un mauvais roman du chevalier de La Horlière. On ne conçoit pas comment l'auteur S Angola a pu faire une des plus misérables productions que nous ayons vues depuis longtemps.

— On lit avec empressement V Histoire de Louis XIV depuis lamort de Mazarin jusqu'à la paix de Nimègue^ par Pellisson. Quoique cet ouvrage ait été publié si longtemps après la mort de cet écrivain, il est incontestablement de lui, et j'ai eu le manuscrit original entre les mains. Comme cette histoire a été

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