Les ÉUments de Véducation. Paris, 1743, in-i
Ainsi, sous un grand appareil.
On peut, dans le siècle où nous sommets.
Par les seuls degrés du soleil
Calculer la valeur des hommes.
Sur ce point seul, législateurs,
Établissez bien vos maximes,
Dirigez les lois et les mœurs,
Distinguez les vertus des crimes.
Sur l'air réglez vos sentiments;
Un pays devient despotique.
Républicain ou monarchique
Par la force des éléments.
La liberté n'est qu'un vain titre,
Le culte un pur consentement,
Et le climat seul est arbitre
Des dieux et du gouvernement.
Ce n'est point un esprit critique
Qui me sert ici d'Apollon :
Voilà toute la politique
De notre anonyme Solon.
— L'abbé de La Porte publia, il y a un an, un Voyage au iijour des ombres^; c'était une critique, plus élégante que piquante, de la plupart des nouveautés littéraires. La suite de cet ouvrage paraît depuis peu de jours. C'est un réchaufTé de tout ce qui a été dit sur Denys le Tyran, sur Sèmiramis^ sur Catilinay sur quantité d'autres ouvrages moins importants. L'auteur, plus dévot que politique, attaque le livre des Lois du côté de la religion. M. de Montesquieu avait avancé que c'était le climat qui déterminait les peuples à embrasser un culte plutôt que l'autre. On le presse ici sur cela, et il faut convenir que sa logique est peut-être aussi en défaut que sa foi sur ce point important. L'abbé de La Porte a semé dans sa brochure trois ou quatre anecdotes que vous ne serez pas fâchée de trouver
Loi*sque l'abbé Prévost publia la Vie de Cicéron^ il l'envoya à l'abbé Desfontaines; celui-ci le remercia de son présent, lui dit qu'il le trouvait admirable, et qu'il le critiquerait pourtant dans son journal, par la raison que si Alger était en paix avec tout le monde, Alger ne pourrait pas vivre.
i. 1719, in-12.
L'abbé d'Olivet a toujours été en butte aux sarcasmes de l'abbé Desfontaines. Comme le premier n'avait jamais fait que des traductions et le second des ouvrages de critique, leur haine aurait dû, ce me semble, être moins vive; ce qui fit dire à l'abbé d'Olivet : « Pourquoi l'abbé Desfontaines se déchalne-t-il si fort contre moi? Nous courons tous deux une carrière différente! Il travaille à décrier les vivants, et moi à ressusciter les morts. » Lorsque Voltaire donna sa ZairCy elle fut reçue avec de grands applaudissements, ce qui n'empêcha pas que le parterre ne trouvât quelques endroits qui méritaient sa censure. Le poète qui, à cet égard, a toujours été très-docile, fit tous les changements que le public avait jugés nécessaires pour la perfection de la pièce. Le comédien Dufresne, qui s'était beaucoup fatigué à apprendre une première fois son rôle, refusa opiniâtrement de mettre dans sa tête les nouveaux vers que Voltaire lui apportait tous les jours. Un stratagème heureux et singulier mit fin à ce différend. Le poète sut que le comédien devait donner un grand diner à ses amis. Il fit faire pour ce jour-là un pâté de perdrix et le lui envoya, avec défense à la personne qui en était chargée de dire d'où le présent venait. Il arrivait dans des circonstances trop favorables pour qu'on ne lui fît pas un accueil des plus gracieux. Dufresne le reçut avec reconnaissance, et remit à un autre temps le soiu de connaître son bienfaiteur. Le pâté fut servi à l'entremets, aux grandes acclamations de tous les convives. L'ouverture s'en fit avec pompe et avec la même curiosité que si Ton eût assisté à la première représentation d'une pièce nouvelle; mais la surprise égala la curiosité et le plaisir surpassa la surprise à la vue de douze perdrix tenant chacune dans leur bec plusieurs billets qui, semblables à ces feuilles mystérieuses dont se servaient autrefois les sibylles pour exprimer leurs oracles, contenaient tous les vere qu'il fallait ajouter, retrancher ou changer dans le rôle de Dufresne. Il ne fut pas difficile alors de connsdtre l'auteur du présent, et il fut impossible au comédien de résister plus longtemps aux empressements du poète et aux désirs du public.
— On vient de représenter un opéra intitulé Nais^ dont les paroles sont de M. de Gahusac et la musique de M. Rameau*.
1. Représenté pour la première fois le 2-2 arril 1749, et repris en 1764.
Le prologue, qui a été fait à Foccasion de la paix, représente les Titans escaladant les cieux et foudroyés par Jupiter. Il y a des longueurs dans la versification, et il n'y a rien de piquant dans la musique. Les monts que les Titans entassent pour arriver au ciel forment le coup de théâtre le plus frappant que j'aie jamais vu; on a évité dans ce prologue les fadeurs qui régnaient au théâtre de l'Opéra dans le dernier siècle. Les louanges de Louis XIV y étaient poussées à un excès qui nous rendait la fable de toute l'Europe. On se souvient encore qu'après nos mdlheurs d"Hochstaedt, un officier allemand demanda d'un ton railleur à un officier français : a Hé bien , monsieur, fait-on toujours des prologues d'opéras en France ? »
Le sujet de l'opéra est assez simple. Naîs préside aux jeui isthmiques, qui se célébraient tous les ans à Corinthe en l'honneur de Neptune. Trois amants de Maïs saisissent cette occasion pour déclarer leur passion. Comme ils ne peuvent rien apprendre de la beauté qu'ils adorent, Tirésie, qui lit dans l'avenir, est consultée sur le succès de leur amour. L'oracle se déclare en termes couverts pour Neptune, qui se trouve être un des trois amants, mais déguisé; il se fait connaître, et ses feux sont couronnés.
Quoiqu'on soit à la sixième représentation de Nais^ son sort ne parait pas encore décidé; le poème est très-lyrique et renferme un assez grand nombre de beautés de détail ; mais il y a un peu de confusion et on n'y trouve pas assez d'intérêt. Le musicien paraît moins vif, moins nombreux, moins varié dans cet ouvrage que dans les autres qu'il a donnés. Ses chœurs sont très-beaux et peut-être supérieurs à tout ce qu'il a fait en ce genre, mais on n'est pas aussi content de ses accompagnements, qui, le plus souvent, n'ont point de rapport avec les paroles. L'harmonie mécanique suffirait en Italie; en France nous voulons encore une harmonie imitative. Dans le second acte de ce poème, Tirésie consulte le chant des oiseaux pour savoir ce qu'il doit répondre aux amants qui le consultent. Ce chant, qui devait être le plus brillant du poème, a été totalement manqué par le musicien. Les ballets, qui étaient comptés autrefois pour assez peu de chose, sont presque devenus la partie essentielle de nos opéras. Maltayre, qui les composait avec assez de goût, mais sans imagination, a cédé sa place à Lany, qui y jette de la gaieté, de la vivacité et de la variété.
Boucher, qui est le meilleur peintre que nous ayons pour le gracieux^ dirigeait assez mal les décorations de l'Opéra, parce qu'il n'entendait pas la perspective; Pierre, qui l'a remplacé, a réuni tous les suffrages, et il nous a donné un palais de Neptune que les ignorants et les connaisseurs r^ardent tous comme une très-belle chose. Pour exprimer le mépris qu'il a pour les paroles et la musique et son admiration pour les décorations, le poète Roy a dit que c'était un méchant dîner servi avec des assiettes d'argent.
Roy, qui est l'ennemi éternel de tous les auteurs qui réussissent et qui est singulièrement piqué contre Cahusac, qui l'a chassé du théâtre lyrique, fait courir l'épigramme suivante sur le nouvel opéra :
Dans ce prodige nouveau D'impertloence complète, J'ai reconnu le poète, Mais je ne connais point Rameau.
— M. Dulard, de l'Académie de Marseille, vient de publier un poème français de cinq ou six mille vers, intitulé la Gran-deur de Dieu dans les merveilles delà nature^. Le premier chant roule sur le ciel; le second, sur la mer; le troisième, sur la terre considérée comme élément; le quatrième, sur le spectacle de la campagne; le cinquième, sur le naturalisme des animaux; le sixième, sur l'âme de l'homme; le septième enfin, sur le cœur de l'homme et ses affections. Je ne me rappelle pas avoir vu d'ouvrage qui ait eu un sort aussi funeste qne ce long poème. On n'en a point parlé vingt-quatre heures.
L'auteur a été traité comme il méritait; ses raisonnements sont sans ordre et sans logique, ses images sans feu et sans grâces, ses pensées sans nouveauté et sans finesse, ses faits sans choix et sans agrément. Je ne vous parle pas de ses vers, ils n'ont pas assez d'élévation pour faire de la prose un peu noble.
— Je sors de la première représentation à! Arisiomène^ tragédie nouvelle de M. Marmontel? Cette pièce, qui a de grands