U Haye, 1749, 2 vol. in
NOUVELLES LITTÉRAIKES. 301
tioQ par la hardiesse des conséquences et à séduire Tesprit par l'enchantement de leurs principes. Ce qu'il y a de mieux traité dans cet ouvrage, c'est l'exposition ou la réfutation des systèmes de Leibnitz et de Spinosa. Le système des monades a des fondements peu solides; mais l'édifice en est hardi, extraordinaire, et par là très-propre à séduire l'imagination. L'auteur l'expose avec netteté et le réfute, ce me semble, avec succès. Le système de Spinosa fournit un exemple bien sensible des abus où entraînent les systèmes abstraits ; il n'a ni la clarté des idées ni la précision des signes. Bayle a réfuté Spinosa en lui opposant les conséquences qu'il tire de ce système. Cette façon de réfuter ne frappe pas si fortement au but, car si ces conséquences ne sont pas des suites de ce système, ce n'est plus Spinosa qu'il attaque ; et si elles en sont des suites, Spinosa répondra qu'elles ne sont point absurdes et qu'elles ne le paraissent qu'à ceux qui ne savent pas remonter aux principes des choses. On ne réussit jamais mieux à renverser un système qu'en détruisant ses principes. Or, c'est ce que fait l'abbé de Condillac : il démontre que Spinosa n'a nulle idée des choses qu'il avance, que ses définitions sont vagues, ses axiomes peu exacts, et que ses propositions ne sont que l'ouvrage de son imagination. Bayle, en attaquant les fantômes qui en naissent, imite ces chevaliers errants qui combattaient les spectres des enchanteurs ; l'abbé de Condillac a fait plus, il a détruit l'enchantement.
— M"* de Lussan, qui a passé sa vie à faire des romans historiques, vient encore, quoique âgée de quatre-vingts ans, d'en publier un qui est sec, froid et sans invention*. En voici l'idée.
Marie d'Angleterre, sœur d'Henri VIII, joignait à une beauté parfaite un esprit aimable, séduisant et supérieur ; on ne pouvait se défendre de l'aimer : Charles de Brandow, duc de Suffolk, favori du roi et digne de l'être, ne put résister aux charmes de cette princesse, dont il avait gagné la confiance par des leçons utiles et des louanges données à propos : mais il voilait son amour avec tant de prudence que Marie même ne s'en apercevait pas. A la fin, il devint rêveur et avoua l'état de son âme à la princesse qui l'en pressa fort. Marie, après avoir traité Suf-
1. Marie d'Angleterre, reine-duchesse, Amsterdam (Paris), 1749, in-12.
folk avec toute la liauteur imaginable pour cacher elle-nième sa passion, fît à sou tour l'aveu des sentiments qu'il lui avait inspirés. Ils jouissaient paisiblement du bonheur de s'aimer et de se l'être dit, lorsque la politique destina Marie d'Angleterre à Louis Xn, roi de France. Le duc de Valois, depuis François P**, qui était allé au-devant de la nouvelle reine, en devint amoureux; mais ce fut inutilement. Milord d'Orset, qui nourrissait une forte passion pour Marie et qui était jaloux de Suffblk, qui était aussi du voyage, apprit au prince français qu'il avait un rival. Valois, piqué de cette préférence, chagrina la reine, qui fut contrainte d'écrire à Henri VIII pour demander le rappel de Suffolk. Sur ces entrefaites, Louis XII meurt, et sa veuve retourne en Angleterre où elle épouse Suffolk.
— M. de Soubeiran vient de publier un ouvrage de morale intitulé Considérations sur le génie et les mœurs du siècle^. Ce livre est rempli de choses communes; les mauvais raisonnements y sont fréquents; il y a quelques fautes contre la grammaire, et beaucoup de tours forcés, obscui-s, déclamateurs ; je ne crois pas qu'il soit possible de voir des idées moins liées que celles qui sont répandues dans cet ouvrage, dont le mérite consiste dans un peu de chaleur et quelques expressions assez fortes. Voici les endroits de cette brochure qui m'ont paru les plus agréables :
« C'est faire une cruelle injure à une femme sage que de lui témoigner de la jalousie ; c'est faire trop d'honneur à une femme galante et donner beau jeu à une coquette.
0 La familiarité continue est le poison lent de l'amitié.
« Si les gens du monde entendaient bien leurs intérêts, le vrai chrétien et le philosophe seraient plus de leur goût. Ils devraient les aimer davantage ; ils ne les trouvent jamais en concurrence. Ils ne les voient point leur disputer les biens ni les distinctions qu'ils recherchent si avidement, ni même les suffrages de la multitude dont ils sont si idolâtres. »