Paris, 1749, in
succès qu'il a aux décorations les plus bellçs que dous eussions encore vues sur notre théâtre. Le poète Roy vient de publier l'épigramme suivante :
On habille, on décore en vain Un opéra si détestable; C'est servir des mets à la diable Sur la vaisselle de Germain.
— La mort de M. Amelot, ancien ministre des aDaires étrangères, a laissé une place vacante à l'Académie française. L*abl)é Trublet, auteur des Essais de littérature et de morale i l'abbé de l'Écluse, qui a si agréablement rédigé les Mémoires de Sully: M. Le Franc, dont vous aurez sans doute lu l'élégante tragédie de Didon; l'abbé Le Blanc, dont les Lettres sur les Anglais et les Français vous auront sans doute endormie; M. Linant, quia été couronné trois fois par l'Académie, tous ces écrivains ambitionnaient la place vacante; il n'y a pourtant que les deux derniers qui l'aient demandée, parce que les autres n'ont pas eu le courage de s'exposer à un refus certain. M. de Montazet, évêque d'Autun, qui a plus l'esprit distingué que celui des letti^es, s'est mis sur les rangs, et il est sûr qu'il sera préféré. Le couplet de la chanson qu'on a faite à cette occasion vous apprendra les motifs d'intérêt qui font préférer les prélats aux gens de lettres :
SUR l'air : Pierre Bagnolet.
Autrefois nous donnions séance Aux Virgiles, aux Cicérons ; Ce n'est plus l'esprit, l'éloquence, Qu'aujourd'hui nous considérons.
Mais les jetons, mais les jetons.
Vivent les prélats, dont l'absence Nous vaudra des revenants-bons.
— M. de Voltaire avait été fait gentilhomme ordinaire du roi il y a quelques années. Ses camarades^ plus humiliés, je crois, par la supériorité des talents de ce grand homme que par le dérangement de sa conduite, l'ont obligé, dit-on, à se défaire de sa charge. Le poëteRoy, étant son ennemi, a saisi cette oca-
sion pour leur adresser répigramme suivante, que vous trouverez sans doute aussi plate qu'indécente :
Celui qui malgré vous devint votre bon frère
Gesse de l'être, Dieu merci ; La pauvre Académie en est bien lasse aussi.
Elle voudrait bien s'en défaire.
— Il y a quelques jours que M. Bret, auteur de plusieurs petites comédies qui ont eu peu de succès et de quelques romans qui ne valent guère mieux, a publié 'un conte de fées intitulé Histoire bavarde^. C'est une méchante et très-insipide copie du Sopha^ ingénieux et célèbre roman de Crébillon fils. Il y a apparence qu'on n'aurait jamais parlé de ce nouvel ouvrage sans les portraits de Voltaire, de M"* du Châtelet et de l'abbé Le Blanc qu'il y a insérés. Ce dernier est parvenu à prévenir le ministre contre l'auteur, qui ^ été arrêté et mis à la Bastille. Voici ses crimes :