PORTRAIT DE VOLTAIRE
et Le premier sur lequel je fis l'essai de ma lorgnette était un homme d'une figure presque aérienne. Il avait mille feux dans les yeux; son âme en était dévorée. Quelle fut ma surprise lorsque je vis l'intérieur de cet homme se dévoiler à mes regards ! H réfléchissait un instant sur les reproches horribles dont le noircissaient ses ennemis; il ne se trouvait point lâche, intéressé, fourbe, comme ils osaient le publier, mais il rougissait d'apercevoir que trop peu de prudence et trop d'activité dans l'amour qu'il avait pour la gloire l'avaient porté quelquefois au delà de lui-même; qu'on avait pu se tromper à son cœur. Il voyait alors qu'il ne suffit pas, dans une carrière brillante, dans un poste éminent, d'avoir des vertus solides, vu que l'envie saisit avec avidité la moindre occasion d'en effacer le
i. Le a...< [Bidet], HUtoif bavarde. Londres (Paris), 1740, in-12. 11 y a,
dit Quérard, des exemplaires qui portent pour titre Le ***, Histoire bavarde^ et d'autres seulement HiiUnre bavardé,
lustre; qu'elle prend nos humeurs, nos passions moraentanées, pour nos vices, et qu'un peu moins d'ivresse dans sa gloire et surtout plus de sang-froid dans les guerres qu'on excitait contre lui l'auraient fait jouir de cette tranquillité qu'il cherchait depuis longtemps et dont il me paraissait si digne. Je ne voyais en effet en lui qu'une sensibilité trop grande, que trop peu de défiance pour ses premiers mouvements, qui avaient semblé l'égarer quelquefois, mais qui jamais n'avaient altéré les principes respectables de son cœur. J'y voyais l'humanité, l'honneur, Tamitié, gravés comme dans ses écrits, et le génie de rile me parut bien rigide d'avoir compris dans sa punition les défauts qui nous viennent du sang aussi bien que ceux qui partent de notre âme. »