PEINTRES EN PORTRAITS
Voici un genre de peinture qui, étant aujourd'hui à la mode à Paris, et par conséquent le mieux payé, doit être aussi le plus parfait; nous en avons un grand nombre qui excellent sans remplacer Rigaud, ni Largillière. On estime les sieurs Tocqué et Nattier les premiers en ce genre pour les portraits à l'huile. Celui-ci a peint toute la famille royale, et plus d'une fois. Il a un talent particulier pour ajouter des grâces à la ressemblance. On trouve dans le pinceau du sieur Tocqué plus de fermeté, plus de science; mais moins d'agrément.
Le sieur Nonotte, autre peintre en portraits, en a exposé qui disputeraient aux précédents la primauté si le nombre en était plus grand. On peut dire avec vérité que c'est un trèshabile homme en ce genre. Il en a paru quelques-uns d'excellents du nommé Le Sueur, et dans un très-bon goût de couleur et de dessin.
Parmi les peintres au pastel qui ne méritent que le second rang par la facilité et la fragilité de cette espèce de peinture, celui qui est à la tête de tous, sans contredit, est le sieur La Tour;
la. force et la vérité se trouvent dans tousses ouvrages, qui sont innombrables. II s'en est élevé un nouveau en ce genre depuis quelques années, nommé Perronneau, qui marche à pas de géant dans cette carrière et pourra bientôt partager avec le sieur La Tour les plus belles branches de ses lauriers pittoresques. On a déjà rendu au sieur Coypel la justice qui lui est due pour la beauté de ses pastels, leur finesse, leurs heureuses expressions ; ainsi l'on n'en parlera pas davantage.
Quoiqu'il y ait plusieurs bons peintres en miniature pour les petits portraits de poche et en tabatières, on n'en nommera qu'un pour l'émail, c'est le sieur Liotard, qui réussit aussi trèsbien dans le pastel en grandeur naturelle; mais comme il excelle daxis les portraits en émail pour des bracelets ou des tabatières, on s'en tiendra à ne citer que ce peintre. Le long séjour qu'il a fait à Constantinople et la commodité qu'il a trouvée dans Tbabillement turc le lui ont fait conserver à Paris, aussi bien que leur longue barbe ; peut-être a-t-il dessein de s'attirer de la considération par cette singularité autant que par son talent, et cette idée n'est pas si dépourvue de sens pour en imposer à une nation qui s'attache beaucoup à l'extérieur.