Par le marquis M.-R. de Montalembert. Paris, 1750, in-S
— Le public attendait avec la dernière impatience un opéra nouveau, de MM. Cahusac et Rameau, intitulé Zoroastre^. On paratt un peu refroidi sur ce bien depuis qu'on en est en possession. Le sujet de cette tragédie lyrique est simple, et pouvait être intéressant. Abramane, inventeur d'une magie diabolique et d'un culte abominable, s'unit à Érinice, princesse de la Bac^ triane, pour occuper avec elle un trône sur lequel elle croit avoir des droits. Zoroastre, magicien d'une autre espèce^ instituteur des mages et d'un culte sacré^ épouse Amélite, héritière du trône de la Bactriane, et il combat Abramane, en triomphe, établit son empire et rend les peuples heureux. Le ciel et l'enfer sont dans un mouvement continuel durant tout le poëme, et je n'en connais pas où il y ait plus de merveilleux.
Il y a plus de soixante ans qu'on n'avait vu tant de magnificence à notre Opéra. Les habits sont fort riches et d'un grand goût ; les ballets variés et expressifs. Il y a au cinquième acte un temple qui formerait lui seul un très-beau spectacle. Le poème est bien écrit, mais le rapport des différentes parties n'est pas sensible. Cet air décousu empêche qu'on ne trouve de l'intérêt dans l'ouvrage. La musique n'est pas partout digne de Rameau. Le récitatif est faible, les symphonies médiocres, les chœurs admirables. Cela a fait dire à un mauvais plaisant que c'était l'opéra des laitues dont il n'y a que le cœur qui soit bon. M*'* Lyonnais, la plus belle de nos danseuses, fait admirablement dans le nouvel opéra le personnage de la Haine. Cette singularité a donné naissance à l'épigramme suivante :
Charmante Lyonnais, dans le triste séjour
Où Part d^Abramane t'entratne, Tu fais de vains efforts pour inspirer la haine,
Tes yeux nMnspirent que Tamour.
£n monstres comme toi si le Ténare abonde,
Tout va changer dans Tunivers,
Et Ton verra bientôt le monde
Chercher les cieux dans les enfers.
L^épigramme pourra te paraître imparfaite : Ce n'est pas mon esprit, c'est mon cœur qui Ta faite.
— La littérature française vient de faire une très^grande