‹ Correspondance littéraire (volume 5)Chapitre 99 sur 113 · FUNERAILLES DE CLÉOPATRE · texte numérisé non relu

FUNERAILLES DE CLÉOPATRE

De par Le Riche et La Gronel La gent française est invitée Au convoi que fait Marmontel A sa reine discréditée :

De vous elle a bien mérité Un Requiescal in pace.

Le chevalier de La Morlière, Père putatif d'Angola^ Un éloge prononcera Selon son style et sa manière; Le doux Baillot présidera A la triste cérémonie; On livrera la tragédie A Bienfait (fui parodiera.

Le Riche de La Popelinière est un fermier général chez qui Marmontel loge. Croneï est le nom de M"* Clairon, actrice chérie de cet auteur. Baillot est un courtisan de La Popelinière et Marmontel. Bienfait est le machiniste des marionnettes.

— La comédie de M"* de GraiBgny a toujours le plus grand succès.

27 Juillet 1750.

Le parlement de Paris, qui fait rarement des exemples de sévérité en certain genre, a fait brûler, dans une même semaine, deux hommes pour le péché de non-conformité et fouetter publiquement sept ou huit femmes pour le péché contraire. Ces deux événements ont fourni à M. Berchin l'idée d'une épigramme qui m'a paru assez plaisante :

Dites-nous donc, dame Justice, Duquel des deux amours vous préférez l'office? Pour avoir de Sodome allumé le flambeau Naguère on fit griller un pauvre couple en Grève; Aujourd'hui, pour avoir tranché du maquereau Et rallumé les feux qu'Adam sentit pour Eve, Au cul d'un âne on vit une honnête bourgeoise A qui, mal à propos, vous avez cherché noise. Décidez cependant, car il faut bien, parbleu. Qu'un homme soit Yillars ou qu'il soit Richelieu.

— L'Académie française a distribué tous les ans, depuis 1671 jusqu'en 1748, des prix de prose qu'on vient de recueillir en deux volumes. Tous ces discours roulent sur des sujets de religion et de morale. Il y en a quelques-uns de mauvais, beaucoup de médiocres, et peu d'excellents. Les meilleurs sont ceux de nos plus grands hommes. M. de Fontenelle a mis dans le sien plus de délicatesse, Mangin plus de nombre, le président Hénault plus de sentiment, Toureil plus d'esprit, La Motte plus de philosophie, Roy plus d'éloquence. Le seul discours qui mérite à mon gré une grande attention est celui qui fut couronné en 1695, sous le nom de M. Brunet, et que je sais, à n'en pouvoir douter, être de Fontenelle. C'est un morceau des plus hardis et des plus philosophiques qui aient été faits dans ce pays-ci.

— On vient de m'envoyer un nouveau roman intitulé les Amours de Mahomet^. C'est une des plus insipides brochures que je connaisse.

— L'infâme poète Roy qui, comme l'a si bien dit M. de Voltaire, a la rage et non l'art de médire, vient de faire contre M™* de GraflSgny une méchante épigramme qui a révolté tout Paris. Tout manque, l'esprit, la versification, le sel, la vérité.

Jeune et belle Ton devient riche, De jour en jour on s'arrondit ; Vieille et pauvre, on n'a que l'affiche De dévote et de bel esprit.

Ces métiers donnent à repaître, Mais le premier s'apprend sans maître,

1. Les Amours de Mahomet, écrits par Ayesha, une de ses femmes, Londres, 1750, in-12. L*auteur est resté inconnu.

L'autre exige plus de façon; Oui jadis, mais aujourd'hui non.

Romans, lettres, pièces sifflées, D'auteur femelle tout est bon ; Broutez donc, bêtes épaulées.

Mais au bas du sacré vallon.

On a parodié contre le poëte Roy Tépigramnie qu'il avait faite. Pour entendre cette parodie, il faut savoir que ce méchant homme a une jolie femme très-sotte, qui a vécu et qui vit encore avec un de nos partisans appelé Le Riche*, et que ce commerce a été très-lucratif pour le poète Roy.

Quand on est cocu par Le Riche De jour en jour on s'arrondit; Sa fortune en vain on affiche Sous le titre de bel esprit.

Cocuage donne à repaître ; On n'y fait plus tant de façon.

De son honneur chacun est maître, Quand on profite tout est bon.

Coche, opéras, odes sifflées Passaient jadis, aujourd'hui non.

Époux de bètes épaulées Sont chassés du sacré vallon.

M. Perrinet-Dorval vient de faire imprimer à Berne un

Traité des feux d artifice pour le spectacle et pour la guerre^, dont il avait donné un essai, il y a deux ou trois ans, à Paris. Je trouve dans cet ouvrage de la méthode, de la précision et tout le genre d'agrément dont il était susceptible. Un artiste médiocrement intelligent entendra ce livre, et avec ce livre exécutera tous les feux qui sont d'usage sur terre, dans l'air et sur l'eau ; ce qui regarde la guerre est traité fort superficiellement^ Il y a dans ce livre, le seul bon que nous ayons sur cette matière, un grand nombre de belles planches qui ont été gravées à

* Paris.

M"* Brillant, qui a longtemps joué l 'opéra-comique en

Flandre et à Lyon, débuta jeudi à la Comédie-Française. C'est

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