‹ Correspondance littéraire (volume 5)Chapitre 100 sur 113 · Les deux premières éditions sont de 1745 et de · texte numérisé non relu

Les deux premières éditions sont de 1745 et de

une fille d'environ vingt-six ou vingt-sept ans, assez jolie quoiqu'elle louche, d'une taille dont il n'y a rien à dire. Elle a d'assez beaux bras, un son de voix intéressant, et beaucoup d'intelligence. C'est dommage qu'elle soit extrêmement maniérée et un peu froide. Le premier de ces défauts est d'autant plus insupportable qu'il ne lui donne aucune dignité, et le second d'autant plus sensible qu'elle le porte jusque dans les rôles où il faudrait le plus de chaleur. Cette actrice a choisi pour ses rôles de début celui de Lucinde dans T Homme à bonnes forlunes^ qui est peu de chose et qui est joué supérieurement par M"* Gaussin. Elle y a été peu applaudie; en revanche, elle l'a été beaucoup dans les Folies amoureuses.

CHANSON NOUVELLE Par M. PORTELANGE.

Du jour je préviens le réveil ; L'Amour, ennemi du sommeil, A ma tendre bergère Me fait dès le matin préparer un bouquet. Avec plaisir elle prend mon œillet.

Bientôt après elle me satisfait.

Mais c'est le cœur qui le fait fairo.

Pour ne pas manquer de retou La belle me donne à son tour Pour ma brebis plus chère Un ruban que sa main m'offre, toujours charmant. Moi, dans mes vers, je peins le sentiment, Le désir vient, nous faisons autrement, Mais c'est le cœur qui le fait faire.

Nous bravons les vaines grandeurs.

L'univers est dans nos deux cœurs.

De notre amour sincère Nous goûtons les transports, nous aimons les soupirs. Sans souhaiter, les grands ont les plaisirs ; Biais nous avons la douceur des désirs; Puis c'est le cœur qui le fait faire.

Que n'ai-je le pouvoir d'un roi!

Je ne le voudrais que pour toi, Disai9-je à ma Glycère. ;

h5k NOUVELLES LITTÉRAIRES.

Irritée, au village elle tournait ses pas; Pour moi, dit-elle, aurais-tu plus d^appas. Mon cher Daphnis, je ne le ferais pas Si le cœur ne le faisait faire.

Non, non, me disait-elle encor, Ton amour seul fait mon trésor :

Aux tendres cœurs pour plaire Il ne faut pas des biens emprunter la splendeur; Un amant riche est souvent imposteur; Mais on ne peut soupçonner notre ardeur Car c'est le cœur qui le fait faire.

Pour toujours, Glycère, aimons-nous, Ne rompons point des nœuds si doux. Dieu du tendre mystère, Répands toujours sur nous tes aimables bienfaits; Nous nous livrons aux douceurs de tes traits : Que le désir nous enflamme à jamais^ Et que le cœur le fasse faire.

— Histoire d'un gentilhomme écossais aux cours de Suède et de Pologne pendant les règnes de Frédéric-Auguste et de Charles XII \

C'est un Écossais mécontent, qui quitte sa patrie en 1707 pour venir en France, d'où il passe en Pologne et en Suède. Des duels, des enlèvements, des rivalités, des travestissements, des sympathies, toutes les extravagances de nos anciens romans sont réunies dans celui-ci; tout l'avantage qu'il a sur les autres, c'est qu'il est fort court. Il est d'ailleurs écrit sans esprit, sans légèreté et sans délicatesse.

— On vient de faire partir pour le Portugal une grille d'église qui coûte deux cent mille écus. Cet ouvrage, qui a attiré l'attention de tout Paris, a été exécuté par un très-bon ouvrier nommé Destriches, sur les dessins envoyés de Portugal et faits par un architecte que je crois Italien et qui réside à Lisbonne. Nous avons été ici plus contents de l'exécution que du dessin, qui nous a paru trop composé.

— Lucina sine concubitu; Lucine affranchie des lois du concours. Lettres traduites de l'anglais d'Abraham Johnson*.

• 1. Livre inconna aux bibliographes.

2. Voir sur Tautcur de ce livre et sur la valeur de cette plaisanterie scientifique la jolie réimpression donnée par J, Âssézat. Paris, F. Henry, 1865, in-16.

NOUVELLES LITTÉRAIRES. i55

Le but de cet ouvrage est de faire voir qu'une femme peut concevoir et accoucher sans avoir de commerce avec aucun homme. Suivant ce système, la semence dont nous sommes produits est composée d'animalcules déjà formés et qui, disséminés dans les endroits convenables, sont pris avec les aliments et avec Tair. Du corps des hommes où ils ont pris de la force, ils passent dans la matrice des femelles où ils sont nourris plus abondamment. Après s'être assuré de l'existence de ces animalcules, l'auteur a voulu savoir s'ils pouvaient acquérir la maturité nécessaire à leur existence en passant seulement par les vaisseaux de la femme. Pour cela, il a.pris de ces animalcules, les a mêlés dans une préparation chimique qu'il a fait prendre à une fille comme une médecine, a gardé à vue la personne sur laquelle il faisait son expérience, et il en est résulté un fort gros garçon.

Toute cette plaisanterie m'a paru piquante, parce qu'elle est traitée avec un air d'érudition et de gravité qui fait douter quelques instants si M. Johnson n'est pas persuadé de ce qu'il avance. Contre l'ordinaire des savants, l'auteur n'a pas poussé le badinage plus loin qu'il ne convenait, et ne s'est pas appesanti sur les détails qui auraient dégoûté de l'idée principale qui m'a paru agréable. Cette brochure réussit beaucoup à Paris, mais on m'apprend que le magistrat la veut supprimer.

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