Traduits par P. Daudé
cours sont moins estimés que ceux du même auteur sur Tacite. Gordon est un écrivain droit et véhément, honnête homme, dont la bile s'échaufle vite. II a peu d'idées, mais beaucoup de bon sens; peu de vues, mais l'esprit juste et le jugement sain. C'est une bonne lecture pour les jeunes gens.
— M. Savérien a publié le premier volume de Y Histoire des philosophes modernes dont M. François a gravé les portraits en manière de crayon. Cette entreprise est utile, agréable et bien imaginée. Ce premier volume contient la vie d'Érasme , de Hobbes, de Nicole, de Locke, de Spinosa, de Malebranche, de Bayle, d'Abbadie, de Clarke, et de Collins. Quoique M. Savérien ne soit pas un écrivain supérieur, il aura du succès aussi longtemps qu'il exposera la vie et les systèmes des philosophes avec simplicité et impartialité, comme il a fait dans ce premier volume. Il contentera ainsi les honnêtes gens ; pour les dévots, c'est une autre affaire. On dit que le révérend P. Berthier, ennuyeux journaliste de Trévoux, a été fort scandalisé de ce que M. Savérien a osé dire que Bayle était un honnête homme. Si la mode de la persécution dure en France, on peut se flatter de voir bientôt un arrêt qui déclare tous les philosophes passés, présents et futurs, fripons, brigands, incendiaires, gens de sac et de corde.
— M. Dorât a fait une nouvelle édition de ses Héroîdes, Ce jeune homme a du talent pour les vers.
— Recueil de lettres pour servir à V éclaircissement de Vhîstoire militaire du règne de Louis XIV. Deux volumes in-12. On y trouve des lettres de M. de Louvois, de M. de Turenne, de M. le prince, et beaucoup d'autres personnages illustres. C'est un livre de bibliothèque.
— On a traduit aussi cet hiver le poëme des Saisons^ par Thomson ; l'édition qu'on a faite est ornée d'estampes et de vignettes, et en général assez jolie ^ Le traducteur se nomme M'"^ Bontemps ; mais la traduction n'a point réussi. Le défaut de ce poëme consiste dans une trop grande richesse d'images et de poésie. A force d'être riche et fleuri, il devient monotone et fatigant; c'est le reproche qu'on a fait au poëme des Plaisirs de r imagination. On ne s'est pas donné la peine de juger la traduction du poëme des Saisons,
\. Paris, 1759, in-12, Frontispice, fig. et culs de lampe d'Eisen, gravés par Baquoy.
1" juillet 1760.
Il est une connaissance entièrement négligée par ceux qui sont à la tête de l'administration : c'est celle de l'architecture. Cependant ce sont eux qui ordonnent les monuments publics, qui font le choix des artistes, à qui l'on présente les plans, et qui dé^cident de ce qu'il convient d'exécuter. Comment s'acquitteront-ils de cette partie de leurs fonctions, qui touche de si près à l'honneur de la nation, dans le moment et dans l'avenir, s'ils sont sans principes, sans lumières et sans goût? Il en coûtera des sommes immenses, et nous n'aurons que des édifices petits et mesquins. 11 n'y a point de sottises qui durent plus longtemps et qui se remarquent davantage que celles qui se font en pierre et en marbre. Un mauvais ouvrage de littérature passe et s'oublie ; mais un monument ridicule subsiste pendant des siècles, avec la date du règne sous lequel il a été construit. 11 faut avoir la vue bien courte ou bien longue pour négliger cette considération.
On multiplie en France les grands édifices de tous côtés. Il n'y a presque pas une ville considérable où l'on ne veuille avoir une place, une statue en bronze du souverain, un hôtel de ville, une fontaine, et l'on ne pense pas qu'une seule grande et belle chose honorerait plus la nation qu'une multitude de monuments ordinaires et communs. Actuellement, on est occupé à construire une place à Reims. Il n'a pas dépendu de M. SoufTlot, qui est à la tête de nos architectes, qu'on ne vît là Louis XV enfermé dans une niche, à l'extrémité d'une colonnade qui eût masqué les maisons. Heureusement ce projet a été rejeté; on a préféré les idées de l'ingénieur de la province \ Celui-ci a pensé que dans une ville de commerce il fallait une place marchande. En conséquence, le rez-de-chaussée est destiné à de spacieuses boutiques cintrées ; au-dessus du cintre on a élevé un ordre dorique simple et solide, et cet ordre sera surmonté d'une balustrade qui ré-