‹ Correspondance littéraireChapitre 142 sur 179 · La collection (1701-1704) forme 4 volumes in-8o · texte numérisé non relu

La collection (1701-1704) forme 4 volumes in-8o

MAI 17G1. ZiOl

M. de Voltaire, paraissent et disparaissent tous les mois sur notre hémisphère. Ce fléau s'étend de plus en plus. Il n'existe encore que quelques feuilles de cette Gazette d'Epidaurc, et l'on y trouve déjà plusieurs satires contre M. Tronchin, en conséquence du précepte généralement adopté par tout faiseur de feuilles : Si tu veux que tes feuilles soient vendues, il faut attaquer et insulter les hommes célèbres. On sait que M. le comte d'Argenson voulut un jour interdire cette pratique à M. l'abbé Desfontaines, que celui-ci répondit : « Mais, monseigneur, il faut bien que je vive ! » et que le ministre répliqua : (( Je n'en vois pas la nécessité. » Mais cet usage est trop essentiel pour qu'un loyal journaliste puisse y renoncer, et c'est ce qui m'a empêché d'écrire à M. ûubourg, faiseur de la Gazette cCEpidaure^ la lettre suivante :

(c Monsieur, je connais un peu le docteur Tronchin. C'est un homme d'un grand sens, de beaucoup de jugement, et à qui j'ai remarqué une grande sagacité dans l'esprit. Avec ces qualités, il a passé trente ou quarante ans dans l'étude et dans la pratique de la médecine, à laquelle il s'est consacré sous la conduite d'un nommé Boerhaave, lequel en faisait quelque cas, et duquel on faisait aussi quelque cas en Europe, bien qu'il n'ait jamais été de la Faculté de médecine de Paris. Je vous serai monsieur, très-obligé de me dire comment le docteur Tronchin, avec ces dispositions secondées par une culture de quarante ans, a pu rester un si grand âne en médecine, et par quels moyens, vous qui êtes son contraire en tout, qui ne voudriez ni de ses talents, ni de ses connaissances, vous avez pu devenir un si grand homme ? »

— Plantation et Culture du mûrier. Brochure in-/i°, utile ' par son objet'. Mais je pense toujours qu'il vaut mieux cultiver la terre que d'écrire sur la culture.

— J'en dis autant du Patriote artésien^, qui a pour obiet la perfection des arts, du commerce et de l'agriculture de la province d'Artois. L'auteur est un ancien officier de cavalerie et la manie d'écrire à part, on ne peut qu'estimer un homme qui,

1. Au Mans, 17G0, in-4o, pi. Le catalogue Huzard ne fait pas connaître le nom de l'auteur.

'2. (Par Bcllepierrc de Neuve-Église.) Paris, 17G1, in-8°.

après avoir servi sa patrie par son épée, emploie dans un âge plus avancé un loisir honnête à des objets utiles.

— Il paraît depuis peu une Histoire des troubles des Cévennes ou de la guerre des Camisards sous le règne de Louis XIV, tirée des manuscrits secrets et authentiques. Trois volumes in^l2^ On dit que la plus grande partie de cet ouvrage est encore composée sur des pièces soustraites au dépôt de la guerre. Il faut verser des larmes de sang quand on voit le tableau de ces horreurs, et des cruautés que les hommes exercent contre les hommes pour des opinions.

— On a fait ici une superbe édition du Décaméron^ de Boceace, en cinq volumes in-8% ornée de 116 planches. En même temps on a fait une très-belle édition de la traduction française du Décaméron pour ceux qui n'entendent pas l'italien. L'exemplaire, soit italien, soit français, coûte cent livres; mais c'est un livre magnifique ^

— Dictionnaire du citoyen^ ou Abrège historique^ théorique et pratique du commerce. Deux volumes in-8". Compilation commode.

— La Mort de V amiral Byng^ mauvais poëme d'un versificateur ignoré.

— UA7ni des artSy ou Lettre critique d'un vieux comédien ^. Le vieux comédien ou l'ami des arts, la plupart du temps, ne sait ce qu'il dit ou dit des choses fort communes.

— Un autre poëte obscur a fait imprimer une tragédie intitulée Progné et Philomèle'', Tout cela n'est lu de personne.

— M. Astruc, qui passe pour un des meilleurs médecins de la Faculté de Paris quant à la théorie, vient de publier un Traité sur les maladies des femmes"\ Ce traité est écrit en français.

— Depuis quelque temps c'est la mode de faire des gravures

1. Rédigé par Court de Gcbelin, d'après les manuscrits d'Antoine Court, son père.

'2. Les deux éditions parurent à la date de 1757. Le Guide de M. Cohen, revu par M. Ch. Mehl, leur a consacré une longue note.

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