‹ Correspondance littéraireChapitre 143 sur 179 · Paris, 17G1 et 1778, 7 vol. in · texte numérisé non relu

Paris, 17G1 et 1778, 7 vol. in

MAI 1761. m

satiriques, ou de graver même des satires, et de substituer le burin à l'impression. Le P. Elisée, carme déchaussé, s'étant fait dans ces dernières années une grande réputation par ses sermons, on a gravé contre lui une satire fort insipide intitulée Saint Chrysosiome ressuscita. A l'occasion de la mort de M. le duc de Bourgogne, on a gravé une petite estampe représentant un grand chemin au bout duquel on voit les clochers de Saint- Denis. Les deux côtés du chemin sont bordés : l'un, par les médecins, ayant le premier médecin à leur tête ; l'autre, par les chirurgiens, ayant à leur tête le premier chirurgien, et pour inscription on lit : Le grand chemin de Saint-Denis.

— Par une des absurdités et des inconséquences dont ce monde est rempli, ceux qui nous représentent les chefs-d'œuvre des Corneille, des Racine et des Molière, sont excommuniés. Cette barbarie est particulière à la France, car, en Italie, les comédiens, qui jouent souvent des farces bien indécentes, sont bien reçus aux autels de l'église. M"^ Clairon a voulu réclamer contre cette injustice gothique. Il est bien étonnant que cette actrice célèbre, qui aurait eu dans cette occasion tous les gens de lettres à son service, se soit adressée à un imbécile d'avocat. Celui-ci a fait un mémoire qui a pour titre : Libertés de la France contre le pouvoir arbitraire de V cxcojnmunication^ ouvrage (de M. Huerne de La Mothe, avocat, mais) dont on est spéciale77ient redevable aux sentiments généreux et supérieurs de M^^^ Clairon^. Ce mémoire est si cruellement fait et si mal écrit qu'il n'est pas possible d'en soutenir la lecture. En attendant la levée de l'excommunication, l'auteur a été rayé du tableau des avocats, et le Parlement a fait brûler son ouvrage. Ce n'est pas, dit-on, pour la cause qu'il défend, mais à cause de la manière dont il l'a défendue. Cette procédure ne hâtera pas l'abolition de l'usage barbare dont M"*^ Clairon se plaint, et nous osons nous flatter qu'on comptera encore longtemps, parmi les nobles libertés de l'Église gallicane, le droit de proscrire ceux dont les talents font tous les jours l'admiration et l'enchantement de tout ce qu'il y a d'éclairé et de distingué dans la nation.

1. Amsterdam, 1761, in-8°.Un autre avocat, Pierre Leridant, avait collabore à cet ouvrage.

/iO/i CORRESPONDANCE LITTÉRAIRE.

15 mai 1761.

Ceux qui ont intérêt de soutenir la forme actuelle de l'administration des finances n'ont pas voulu laisser la Théorie de V impôt sans réponse. Ils ont chargé M. Pesselier, employé dans quelque partie subalterne des fermes, de proposer des doutes contre cet ouvrage ^ Un tel adversaire n'a pas dû effrayer M. le marquis de Mirabeau. Autrefois, M. Pesselier faisait des fables et des dialogues des morts dont il n'est point resté de souvenirs; employé depuis par les fermiers généraux, il a consacré sa plume et ses talents à la défense de leur cause. C'est lui qui a fourni à V Encyclopédie les articles Fermes et Financier , et à qui les éditeurs de ce grand ouvrage sont redevables des justes reproches qu'ils ont essuyés à cet égard. On est étonné avec raison de trouver dans Y Encyclopédie une réfutation en forme des principes de l'immortel Montesquieu sur l'administration des finances, et quelle réfutation encore! Car enfin si M. Pesselier avait opposé des choses fortes et profondes aux idées de Fauteur de l'Esprit des lois, il faudrait bien oublier quels sont les acteurs dans cette querelle, et rendre justice à qui il appartient. Avoir combattu par de petites idées plates et triviales les grandes vues d'un homme de génie, c'est un tort qu'il ne faut pas reprocher à M. Pesselier, chacun fait comme il peut, mais qu'on ne saurait pardonner aux éditeurs de V Encyclopédie. En vain se sont-ils offerts d'imprimer dans leur ouvrage la réfutation des articles de M. Pesselier, si quelqu'un jugeait à propos de l'entreprendre. Cette déclaration prouve seulement qu'ils ont agi dans cette occasion contre leur propre conscience. VEncyclopédie n'est point faite pour y débattre des questions, ou pour y présenter au public des plaidoyers pour et contre; et son but étant encore moins d'éclairer la nation que de transmettre aux étrangers et à la postérité un tableau fidèle de l'état de la raison, des sciences et des arts en France au milieu du iviii^ siècle, il n'est point permis d'y insérer, sur une matière grave, des principes qui n'ont été avoués d'aucun bon esprit de notre temps.

Quoi qu'il en soit, M. Pesselier a fait de ces deux articles la

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