VOLTAIRE PENITENT
Précieux effets de la grâce,
Trouble heureux, salutaire erreur;
Toi par qui le péché s'efface,
Repentir, viens briser mon cœur.
De mes constants remords redouble Tamertume, Et joins de nouveaux feux au feu qui me consume.
Mes sens en seront abattus ; Mais je connaîtrai mieux toute l'horreur du vice,
Et par des actes de justice
Je m'approcherai des vertus.
Qui suis-je? Où tend mon espérance?
Tiré des ombres du néant, A qui dois-je mon existence?
Qui m'a fait un être vivant?
Vil limon qu'anima l'auteur de la nature, Oses-tu bien, rebelle créature^ Transgresser sa divine loi, Et par un délire funeste.
Ingrat à sa faveur céleste, Trahir ton devoir et ta foi?
Le jour qu'une onde salutaire
M'imprima dans mes jeunes ans
L'ineffaçable caractère
Qui désigne tes vrais enfants.
Je te jurai. Seigneur, un éternel hommage, Un cœur vraiment sincère, un amour sans partage.
Ce serment fut fait en mon nom; Mais bientôt, ô forfait, j'en perdis la mémoire.
Et l'injure faite à ta gloire
Fut l'ouvrage de ma raison.
Le temps fuit, et bientôt, sans doute,
La mort d'un pas précipité
Ouvrira devant moi la route
Qui conduit à l'éternité.
A mes yeux, chaque instant, le passé se retrace, Aveugles passions, source de ma disgrâce!
0 désespérant souvenir!
Quoi! je touche au moment où se borne mon être,
Et je commence à me connaître
Quand je sens que je vais finir.
Du ciel l'arrêt irrévocable
M'appelle au sacré tribunal,
Où devant un juge éq^nitable
Sont posés le bien et le mal.
Des célestes bienfaits dispensateur fidèle, Il donne à ses élus une palme immortelle.
Qu'ai-je fait pour la mériter?
Il tient les réprouvés sous de pesantes chaînes;
Ils souffrent d'éternelles peines;
Qu'ai-je fait pour les éviter ?
Quelle horreur au fond de mon âme
Vient tout à coup de s'élever!
Ah! quel objet et quelle flamme
Viennent à l'instant s'y graver?
Quels terribles accents, quelle voix menaçante Porte dans mon esprit le trouble et l'épouvante?
Je crois voir le livre éternel, Et, gémissant du sort des coupables victimes,
Avec le nombre de mes crimes
Je lis l'arrêt du criminel.
Arrête, Dieu vengeur^ arrête !
Sous tes traits dois-je succomber?
Suspens celui qui sur ma tête
De tes mains est prêt à tomber.
En ta bonté suprême est-ce en vain que j'espère? Des rigoureux effets de ta juste colère
Rien ne peut-il me garantir?
Ai-je par mes forfaits épuisé ta clémence?
Ah! ta miséricorde immense
Pardonne tout au repentir.
Oui, puisqu'il en est temps encore, Je briserai d'indignes fers ;
Pour fléchir le Dieu que j'implore
De sûrs moyens me sont offerts.
Il rend déjà le calme à mon cœur alarmé, Son courroux est éteint, son bras est désarmé.
Et tout mon crime est effacé.
Je sens que jusqu'à lui mon faible esprit s'élève
Et que mon repentir achève
Ce que sa grâce a commencé.
Mais, Seigneur, soutiens ma faiblesse
Contre un ennemi furieux;
Des pièges qu'il me tend sans cesse
Fais-moi sortir victorieux.
Dans mon âme à jamais fais renaître la crainte. Qu'en y voyant briller cette divine empreinte
Le noir tyran soit confondu.
Brise, détruis l'autel, anéantis l'idole
A qui, par un attrait frivole,
J'offrais un encens qui t'est dû.
— Delphi aie ^ est un nouveau roman de cinquante pages, bien absurde ei bien insipide. C'est sans doute le coup d'essai d'un jeune homme qui peut renoncer en toute sûreté au métier d'écrire.
— Un autre roman plus long, et aussi froid et insipide que Delphùne, a pour titre r Univers perdu et reconquis par rArnow\ suivi d'Iphis et Amarante^ ou l Amour vengé '^,
— Un moine bénédictin vient de faire trois gros volumes intitulés l Art de peindre à V esprit ^ C'est une rhétorique sans goût et sans esprit, où l'on a compilé les bons morceaux tirés de nos meilleurs écrivains. L'auteur a partagé ses peintures en images morales, physiques et mixtes. Le tout est dédié à M. le duc de Bourgogne. Si l'on ne forme le goût du prince que d'après de tels ouvrages, il ne sera pas un jour le meilleur juge de son royaume en fait de littérature.
— M. du Radier vient de publier une brochure pour la défense de M. Crevier et de M. d'Alembert, contre les feuilles de Fréron. Elle a pour titre le Censeur impartial''. M. Crevier