Par J.-E. Genêt.) Londres, 1701, in
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ou du moins d'un homme de parti assez chaud et assez éloquent pour entraîner la multitude dans ses opinions.
— M. Marmontel vient de donner une nouvelle édition fort augmentée de ses Contes moraux. Vous y trouverez trois contes nouveaux. Celui qui a pour titre le Cormaisseur est assez joli; mais le Bon mari et V École des pères m'ont paru fort plats. C'est qu'il faut du sentiment, du goût, de la délicatesse, plus que tout autre chose pour ce genre, et que M. Marmontel n'en a absolument point. Ce défaut de goût et de délicatesse entraine aussi celui de vérité : car il n'y a que le sentiment qui ne donne jamais à faux.
— Vous avez lu à la suite de ces feuilles quelques-unes des meilleures fables du poète Sadi. Le poëte Bret a essayé de mettre ces mêmes fables en vers. Vous les trouverez dans le dernier Journal étranger^ et vous aimerez mieux la prose que cette périphrase rimée. M. Diderot s'est aussi amusé à prendre l'idée de quelques fables de Sadi, et à la tourner en français à sa mode. La fable qui se trouve à la fm du Journal étranger est de lui^ Mais en voici une autre qui n'est pas imprimée, et qui vaut mieux.
1. Cette fable manque dans les poésies recueillies au tome IX de l'édition Garnier frères : nous la reproduisons ici avec la note des éditeurs du Journal étranger (novembre 1761).
« La fable suivante, dont l'idée est prise de Sadi, n'est pas écrite par M Bret; elle nous a été communiquée par un homme de lettres infiniment supérieur à ces bagatelles. »
Le fils d'Osmin dit un jour à son père : « Un insolent parle mal de ma mère, Et j'ai juré que j'en aurais raison Par le fer ou par le poison. »
« Ce mal qu'on dit, reprit Osmin, écoute. Tu l'ignores; moi, je m'en doute.
Cependant ton ressentiment Ne me déplaît aucunement.
Il est d'un fils, mais considère Que si, foulant aux pieds la loi De ton pays, de ton Dieu, de ton roi, Pour un mot indiscret, (u vas dans ta colère Oublier en tout point la bonne instruction Que tu reçus de moi ; mon fils, ton action Déposera bien plus contre ton père. »
Ce discours à Bagdad passa pour inspiré Par la douceur, par la sagesse.
Beaucoup de gens ici le croiront suggéré Par la crainte et par la bassesse.
Une nuit que sur ma paupière Le sommeil refusait de verser ses pavots, J'entendis une voix qui m'était familière Crier sous ma fenêtre : « Atrox est dans la bière. Abandonne tes yeux aux douceurs du repos; Les siens sont pour jamais fermés à la lumière. » Dieu soit loué de tout, mais que m'importe, ami, Que des pièges d'un ennemi La bonté du ciel me délivre?
Lorsque dans mon foyer son courroux laisse vivre, Hélas ! depuis cinq fois trois lustres et demi Celui dont la sourde malice Nuit et jour me remplit d'effroi ; Celui qui, pour me perdre, en m'attirant à soi A toute heure, en tout lieu, m'offre avec artifice Les poisons de l'erreur dans la coupe du vice. De tous mes ennemis le seul à craindre ; moi.
l"^»- décembre 1761.
On vient de nous envoyer de Hollande un gros livre intitulé de la Naturel Cet ouvrage, tout à fait métaphysique et enrichi d'un grand nombre de connaissances physiques et d'histoire naturelle, ne devait pas s'attendre au bruit qu'il a fait à Paris. Mais l'ignorance ou l'envie de nuire l'ayant d'abord attribué à M. Helvétius et ensuite à M. Diderot, le livre a été supprimé. En conséquence toutes les femmes ont voulu le lire, et les colporteurs l'ont vendu bien cher. Je dis qu'il faut être bien imbécile ou bien méchant pour ne pas voir au premier coup d'œil que cet ouvrage n'est point fait à Paris ni en France. On l'at-
1. (Par J.-B.-R. Robinet.) Amsterdam, 17G1, in-S». Il est assez curieux qiic Grimm, qui connaissait Robinet et qui l'appelle son ami (voir page 70j, attribue l'un de ses ouvrages à J.-L. Gastillon, C'est d'ailleurs avec celui-ci que Robinet a public i\ Bouillon le Recueil de pièces nouvelles et intéressantes, et le Recueil 'philosophique.
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tribue assez généralement à présent à un professeur d'Utrecht, nommé M. Gastillon. Il est certainement d'un homme de lettres et d'un bon esprit; mais aucun livre n'était moins fait pour être sur la toilette de nos femmes de Paris. Nos philosophes, lorsqu'ils sont au-dessus de la portée des ignorants, dédommagent du moins par le coloris et la poésie du style, qui ont tant de pouvoir sur les têtes parisiennes ; mais il est difficile qu un philosophe étranger ait cette qualité avec un goût assez exquis pour séduire. Vous qui aimez à réfléchir, vous lirez le livre de la Nature avec plaisir. Toutes ces méditations métaphysiques ont un attrait secret, quoique à la fm de ses pensées on ne soit pas plus avancé qu'au commencement, et qu'on ne trouve pour toute conclusion que zéro est égal à zéro. M. Gastillon, à qui nous laissons cet ouvrage jusqu'à nouvel ordre, établit pour principes généraux que la somme du bien et celle du mal sont égales à l'univers ; que la loi de la génération est la môme dans l'homme, dans les animaux, dans les plantes, dans les minéraux fossiles, etc. L'établissement de ces deux principes occupe la première et la seconde partie de cet ouvrage ; la troisième est consacrée à l'instinct moral, et la quatrième, à la physique des esprits. Je reviendrai à ces objets si l'auteur m'inspire quelques idées que je puisse ne point regarder comme absolument indignes de votre attention. Puisque l'on a voulu donner cet ouvrage à M. Helvétius et à M. Diderot, je dirai que l'auteur de la Nature a une tournure et des idées plus philosophiques que le premier, mais qu'il n'a ni le génie, ni la profondeur, ni le tour de tète de l'autre. La qualité rare et peut-être unique de M. Diderot, comme philosophe, consiste à apercevoir des rapports entre les sujets les plus éloignés, et à les rapprocher ainsi dans un clin d'œil. J'avoue que ce talent peut quelquefois mener à l'erreur comme à la découverte de la vérité ; mais, jusque dans ses égarements, il est en droit d'étonner et de séduire.
— Un autre ouvrage, intitulé le Voyageur philosophe^ en deux volumes in-i2, est aussi venu de Hollande; mais il n'a fait aucune sensation quoiqu'il parle de tout, ou peut-être même parce qu'il parle de tout, et d'une manière commune. Il y a d'ailleurs longtemps que les allégories ne sont plus supportables.
/j92 CORRESPONDANCE LITTERAIRE.
— II faut compter de voir encore pendant quelque temps du philosophe ou philosophique dans toutes nos productions. Ce terme gagne même nos mauvais romans. On vient d'en imprimer un sous le titre : la Paysanne philosophe^ ou Mémoires de M""^ la comtesse *^*, en quatre parties*. Personne ne lit ces platitudes.
— M. l'abbé Irailh vient de publier en quatre volumes les Querelles littéraires, ou Mémoires pour servir à l'histoire des révolutions de la république des lettres^ depuis Homère jusquà nos jours. Vous jugez bien que les querelles de nos jours sont plus détaillées que les querelles des siècles passés. Gela se lit avec assez de plaisir, si l'on en peut prendre à ce qui dégrade les lettres et l'esprit humain d'une manière assez humiliante. C'est envisager la nature humaine du vilain côté, malheureusement aussi vrai et peut-être plus commun que le beau.
— Discours sur V origine et les effets de ce désir si général et si ancien de transmettre son nom à la postérité^. Ce discours doit être suivi de plusieurs autres sur de pareils objets également insipides. On peut beaucoup louer les sentiments honnêtes de l'auteur, pojarvu qu'on soit dispensé de le lire.
— • Le Diable cosmopolite^ est une mauvaise satire en vers marotiques contre plusieurs auteurs vivants.
— On a fait ici une édition in-12 des Institutions politiques de M. le baron de Bielfeld.
— On a publié, il y a quelques années, en Angleterre un superbe ouvrage sur les ruines de Palmyre, et un autre sur les ruines de Balbek. En France, les Plus Beaux Monuments de la Grèce, par M. Le Roi, ont eu un grand succès. Sur ce même plan, un pensionnaire du roi à Rome vient de publier les Plus Beaux Monuments de Bome ancienne''. Vous trouverez dans ce superbe recueil, qui fait beaucoup d'honneur aux arts, cent vingt planches originales.
— Un autre grand ouvrage qu'on vient de publier, c'est les Œuvres anatomiques de M. Duverney, professeur en médecine
1. (Par Marie-Anne de Roumier, dame Robert.) Amsterdam (Paris), 1702, 4 parties in-12.