L.) princesse de iNassau-Saarbruck
NOVEMBRE 1758. /j9
« blâme en supposant une personne qui sacrifierait sans cesse les choses les plus innocentes et les plus essentielles pour son bonheur à la crainte d'être blâmée par le public, et qui encourrait le blâme public précisément par les moyens qu'elle aurait pris pour l'éviter. Telle serait l'Étourdie, que sa légèreté de tête exposerait aux plus grands malheurs malgré sa vertu, malgré l'honnêteté et la sensibilité de son âme. On trouverait encore cinquante sujets tout aussi beaux, tout aussi touchants, tout aussi neufs. Le troisième genre serait celui de la tragédie domestique. C'est à M. Diderot, après nous avoir montré des modèles des deux genres précédents, de nous en fournir un pour le troisième et j'espère l'obtenir de lui par l'importunité de mes sollicitations.
C'est une réflexion bien triste, pour ceux qui aiment les arts et qui s'intéressent à leur progrès, qu'une des nations modernes qui les a cultivés avec le plus de succès apporte si peu de soin à les perfectionner et à rapprocher ses imitations de la vérité. La France a produit des chefs-d'œuvre dramatiques de toute espèce, et elle n'a pas un théâtre où ils puissent être représentés avec quelque vérité. Le jeu de nos acteurs devient tous les jours plus maniéré, et pour en montrer tout le faux et tout le ridicule on n'aurait qu'à leur voir jouer dans leur manière une pièce comme le Père de famille. C'est que nous n'aimons rien avec force, et que nous portons notre indolence jusque dans nos amusements. 11 y a deux avis dans le public sur le Père de famille. Les uns ont regardé cette pièce, sans parler de la nouveauté et du mérite du genre, comme une des plus belles choses qui soient au théâtre. D'autres, et c'est le plus grand nombre, lui ont préféré le Fils naturel^ parce que le sujet leur a paru plus pathétique. Ils n'ont pas saisi la nuance qui sépare le Père de famille^ d'un côté, de la comédie de Molière, et, de l'autre, du genre sérieux et pathétique. D'ailleurs, peu de personnes sont en état de sentir le mérite et le charme de la simplicité qui est si heureusement conservée dans le Père de famille. Cela m'a confirmé dans une opinion que j'avais déjà, c'est que la plupai't de nos prétendus gens de goût ne louent les anciens que sur leur réputation, et, incapables d'en discerner les beautés, exaltent leur divins écrits sans les aimer et sans les connaître.
jv. U
— Rc'ponse de milord MarécJud à M'"' ***^ qui lui avait écrit de Paris à l'occasion de la mort du maréchal Keith^ son frère. Pour entendre cette réponse, il faut savoir que M""^***^ appelait milord Maréchal le bon Abraham à cause de l'extrême simplicité de ses mœurs.
J'aime autant cette oraison funèbre du maréchal Keith qu'aucune de celles de Bossuet.
(( Le bon Abraham perdit un frère qu'il aimait tendrement, et il pensait souvent à ce frère, et tâcha de se consoler. Il se disait : « Ce frère a vécu en honnête homme, il est mort en (( faisant son devoir. »
« 11 avait été commandant à Leipzig, ville marchande et opulente; il était entré l'année passée en Bohême commandant une armée, et s'était avancé jusqu'à quatre milles de Prague, levant des contributions, et il n'était pas devenu riche.
« Il ne jouait pas. Sa table était servie abondamment de viandes communes. Il n'avait ni vaisselle, ni bijoux. Tous ses effets, vendus à l'armée, ont fait la somme de mille neuf cent quatre-vingts thalers. Il a laissé en argent cent cinquante ducats.
u Le bon Abraham disait : a Voilà un bon héritage qui fait a honneur au frère. Loué soit le Seigneur ! » Et une amie de bon Abraham, qui aurait pu gouverner Israël si elle avait été du temps de Débora, disait : « Bon Abraham a raison ; la pauvreté « de son frère est honorable à sa mémoire, » et bon Abraham se réjouissait en pensant à l'approbation de cette dame dont le sens et les sentiments sont si respectables. »
— Le P. Charles, jésuite, a fait imprimer l'oraison funèbre de M. le comte de Gisors tué à la bataille de Grevelt. Ce panégyrique a été prononcé dans T église cathédrale de xMetz. C'est un ouvrage médiocre et, suivant la mode, un recueil d'antithèses. M. de Gisors était un jeune homme d'une grande espérance. Sans être doué d'un génie supérieur, il réunissait toutes les qualités estimables et il jouissait d'une considération au-dessus
de son âge.
Ebsai sur l'éducation militaire ^ ou Instruction de bellcs-