SUR LE MÊME AIR
Tous mes souhaits et ma plus forte envie Auraient été d'être un nouveau Grésus; Des riches dons d'Amérique et d'Asie J'aurais tâché d'amasser tant et plus ; Non pas pour moi; c'eût été pour ma mie: Sans elle, hélas! les aurais-je voulus?
D'être un héros j'aurais eu la manie ; Mars m'aurait vu suivre ses étendards.
L'antique amour, l'amour de ma patrie, Ne m'eût pas fait affronter les hasards; L'espoir d'offrir mes lauriers à ma mie Seul m'eût fraj^é la route des Césars.
D'être un Apelle il m'aurait pris envie, Mais sans daigner travailler pour les rois; Si de Rubens imitant la magie, La toile eût pu s'animer sous mes doigts, Quel beau portrait j'aurais fait de ma mie! Je l'aurais fait ainsi que je la vois.
Bien loin de fuir l'utile pharmacie,
J'en aurais su braver tout le dégoût,
Je me serais plongé dans la chimie,
Et les travaux m'auraient semblé bien doux,
Si quelquefois, médecin de ma mie,
J'eusse eu le droit de lui tâter le pouls.
Éterniser une flamme chérie Aurait été de mes vœux le premier; Le tendre amour, seul guide de ma vie. Aux doctes sœurs m'eût fait sacrifier.
J'aurais été le chantre de ma mie.
J'eus mis ma gloire à la déifier.
En me livrant tout à l'astronomie, J'aurais suivi ma tendre passion; Un nouvel astre au gré de mon envie Eût de nos jours paru sur l'horizon ; Au firmament j'aurais placé ma mie, Elle eût été ma constellation.
Jamais, jamais nulle autre fantaisie N'aurait entré dans mon esprit charmé ; Tous les regards d'Iris et de Sylvie Auraient contre eux trouvé mon cœur armé; Jusqu'au tombeau j'eusse adoré ma mie, Et Vénus même en vain m'aurait aimé.
J'aurais banni la sombre jalousie; L'amour sincère eût écarté l'horreur; Trop délicat pour cette frénésie.
D'un feu si pur j'aurais fait mon bonheur;
Car en l'aimant j'eusse estimé ma mie Sans mon estime aurait-elle eu mon cœur?
Rien n'eût jamais alarmé mon génie; J'aurais jugé de son cœur par le mien. Tous les désirs de mon âme attendrie N'auraient cherché de bonheur que le sien. De plus en plus j'aurais aimé ma mie; Du tendre amour, voilà le nœud gordien.
11 est bien aisé déjuger que les premiers couplets de M. Seguier sont beaucoup plus jolis que les derniers, et que la parodie qu'on a faite de sa chanson n'a ni facilité ni grâce.
— M. de Bastide vient de commencer un Nouveau Spectateur^, qui n'a de commun avec l'ouvrage célèbre d'Addison et de ses collègues que le titre et la manière de paraître successivement par feuilles détachées. Ce nouveau Spectateur n'a nul succès.
— On publié, il y a quelque temps, un Recueil de différentes pièces de littérature^, par M. le prince de Grimberghen, qui vient de mourir. Ce seigneur s'appelait autrefois le comte d'Albert, et c'est sous ce nom que vous le trouverez auteur. Vous parcourrez ce recueil avec plaisir. Les vers de M"" Maupin, qui s'y trouvent, et qu'on a insérés depuis dans Y Ami des Muses, sont de Danchet. Ils ont eu de la célébrité dans le temps.
— Délassement du cœur et de V esprit, par un solitaire ^ Deux volumes. Ce solitaire est bien resté dans l'obscurité de la retraite. Personne n'a voulu se délasser avec lui.
— Mémoires pour servir à Vhisloire générale des finances, par M. d'Éon de Beaumont \ actuellement secrétaire d'ambassade en Russie. Cet ouvrage, qui paraît depuis quelque temps, n'a pas eu de succès. C'est qu'il faut être politique profond, homme d'État consommé, pour traiter de pareils sujets. L'auteur, qui n'a point de vues, s'efforce en vain d'y suppléer par la méthode et des tourii de rhétorique.
1. Le Nouveau Spectateur forme 8 volumes in-12. Il a été continué par le Monde comme il est^ devenu le Monde, en tout 4 vol. in-12.