IV
sophes épars qui s'occupent à la recherche de la vérité sans cabale, sans ambition, sans intrigue, sans crédit, la plupart sans se connaître ; qu'ils déchirent les seuls noms dont la France pourra faire honorer chez la postérité un siècle aussi stérile pour sa gloire; que les Montesquieu, les Voltaire, les Diderot, les Buffon, soient traités d'empoisonneurs publics par d'infâmes faiseurs de brochures, il n'y a pas grand mal à cela; mais que doit-on penser lorsqu'on voit un magistrat du premier rang partager toutes ces calomnies, et les exposer avec assurance devant le premiei^ tribunal du royaume? Le réquisitoire de M. l'avocat général, inséré dans l'arrêt de la cour du Parlement, a paru à tous les honnêtes gens une capucinade indigne d'un magistrat éclairé et équitable. Ce morceau, d'une éloquence pitoyable, ne tend pas moins qu'à déshonorer le Parlement à la face de l'Europe entière, en proscrivant les principes contenus dans l'article Autorité^ principes avoués et enseignés chez tous les peuples policés et que personne n'a autant d'intérêt à soutenir que ce Parlement même, auquel on a osé les déférer comme pernicieux. Mais on pourrait observer à M. l'avocat général qu'il ne suffit pas d'être capucin, qu'il faut encore être juste et vrai. Ce magistrat avance, avec une hardiesse qui ne peut l'honorer, qu'il existe un complot formé par plusieurs écrivains de nos jours pour renverser la religion et l'État. Il excuse M. Helvétius en disant qu'il n'aurait pas fait un aussi détestable ouvrage en n'écoutant que ses propres sentiments; mais qu'il s'est livré à des impressions étrangères, qu'il a débité le poison des autres, etc. De quel droit un homme public avance-t-il de pareilles assertions sans en avoir les preuves en main et sans les publier en même temps? Et comment peut-il avoir des preuves d'une chose absolument fausse? Yoilà un problème qui intéresse la probité de M. Joly de Fleury.
— La mode des journaux s'étend de plus en plus. A tout moment on en voit de nouveaux et, pour peu que cela continue, nous aurons bientôt plus de répertoires que de matériaux. M. Morin a commencé sur la fm de l'année dernière une feuille intitulée Annales typographiques'^. Il compte en publier une
1. Les Annales typographiques, rédigées par Morin d'Hérouville et Roux, de Bordeaux, parurent in-4" pour l'année 17.j8, et devinrent in-8° jusqu'en 1763, où elles cessèrent de paraître.
in-û" chaque semaine. Ces annales sont dans le goCit des gazettes littéraires dont il y en a tant en Allemagne. On y indique le titre du livre, le nom de l'auteur, et l'on dit un mot en passant sur le succès et le mérite de l'ouvrage. Vous voyez que pour pouvoir s'en rapporter au jugement d'un tel journaliste, comme il ne peut être motivé, il faut qu'il ait mérité notre confiance d'avance. Il me semble que les Annales typographiques ont été accueillies assez favorablement. L'auteur s'occupe plus des sciences que des belles-lettres, et plus de la littérature étrangère que de la littérature française. Il a fixé l'époque de sa carrière à l'année 1757. Tout ce qui est antérieur à ce temps-là n'entrera point dans ses feuilles. M. l'abbé de La Porte, qui fait un journal sous le titre d'Observateur littéraire^ \ïent d'en commencer un autre qu'il appelle la Feuille nécessaire, dont il se propose de donner une chaque semaine ^ Cette feuille empiète un peu sur le terrain des autres journaux, surtout du Mercure et des Petites Affiches de Paris. Je ne doute pas qu'elle n'ait du succès ; elle contiendra une multitude de petites choses qu'il sera fort commode au public de trouver rassemblées sous sa main.
— Itinéraire de V Arabie déserte^ ou Lettres sur un voyage de Bassora à Alger par le grand el le petit désert, en il 50, par MM. Plaisted et Eliot, capitaines de la Compagnie des Indes de Londres, traduit de l'anglaise Petite brochure in-12, qui n'est pas fort amusante.
— Lettres sur le septième volume de V Encyclopédie. C'est une apologie des moines, opposée à un article de M. d'Alembret, par un pauvre diable qui a le malheur d'être un peu bête, mais qui fait ce qu'il peut pour être méchant.
— Etat militaire de France ptour Vannée i759. On y a fait cette année les corrections et les augmentations dont ces sortes d'ouvrages sont toujours susceptibles.
— Deux comédiens ont défendu leur profession et les spectacles contre M. Rousseau. L'un, M. Laval, écrit d'un style bas et burlesque. Vous serez plus content de l'autre, qui s'appelle
1. Selon M. Hatin la Feuille nécessaire, qui ne dura qu'un an, était rédigée par Boudicr de Villemert et Soret.