‹ Correspondance littéraireChapitre 30 sur 179 · Séguier, de l'Académie française · texte numérisé non relu

Séguier, de l'Académie française

sous les traits de la superstition et de l'envie. Mais enfin l'avis des plus sages a prévalu au Parlement. On s'est contenté de brûler le livre de VEsprU. On lui a donné pour compagnons de son sort plusieurs petits ouvrages fort obscurs qui sont dans le public depuis un grand nombre d'années, et que personne n'a honorés d'un regard. On a aussi compris dans cet arrêt le poëme de la Religion naturelle, dont les maximes devraient êlre gravées en lettres d'or sur la porte de nos temples et de nos palais de justice. Nous sommes encore bien barbares. Le même arrêt a nommé un certain nombre de commissaires, théologiens et avocats, pour examiner les articles dénoncés de V Encyclopédie, On dit que lorsque ces commissaires auront fait leur rapport (ce qui ne se fera pas peut-être sitôt) le Parlement publiera une censure des diiïéi'ents articles, et enjoindra aux éditeurs de la mettre à la tête du premier volume qui paraîtra. Ce qu'il y a de sûr, c'est que le huitième s'imprime actuellement, et que ce tribunal ne prétend pas empêcher la continuation. Ainsi les ennemis de V Encyclopédie, quelque nombreux et quelque puissants qu'ils soient, ont échoué dans leur grand projet, qui était de retirer cette entreprise des mains de M. Diderot, et, en profitant de ses immenses travaux, de la faire continuer par les jésuites. Le but secret de toutes les brochures était d'accabler ce philosophe sous les coups qu'on porterait à l'auteur du livre de l'Esprit, et ce but a été suivi avec une animosité et une atrocité sans exemple. Pour perdre M. Diderot, on a publié partout qu'il était l'auteur de tous les morceaux qui avaient révolté dans l'ouvrage de M. Helvétius, quoique ce philosophe n'ait aucune liaison avec le dernier, et qu'ils ne se rencontrent pas deux fois par an. Il est vrai qu'il faut être dépourvu de goût et de sens pour trouver la morale et le coloris de M. Diderot dans le livre de V Esprit^. Mais que ne persuade-t-on pas aux sots et aux méchants quand on leur donne une occasion de nuire? Que l'auteur obscur et ténébreux du Catéchisme des Cacouacs et ses semblables empoisonnent et tronquent les passages et accusent de complot et d'esprit de sédition un petit nombre de philo-

1. Meister, dans sa notice sur Diderot, affirme néanmoins cette collaboration, mais sans la déterminer. Il est probable, comme le pensait M. Assézat, que Diderot se contenta de fournir à Helvétius des idées dont il tira le parti qu'il lui plut.

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