Mercure de juin 1759, p. 173 et suiv
2. Leltre de M. de La Gondamine à M. C. A- P. D. D., servant de réponse à la lettre de M. Gaulard insérée dans le Mercure de France du moisde février 17'69 sur la maladie du fils de La Tour. (Ibidem, p. 145.)
leurs voisins clairvoyants s'en servent depuis un siècle. Je ne crois pas qu'aucun de ces derniers daignât répondre aux cla~ bauderies des autres.
— La tragédie de Venceslas^ par Rotrou, est la plus ancienne pièce qui soit restée au théâtre de la Comédie-Française \ Elle a toujours été reprise avec succès; et en considérant ses beautés, l'intervalle immense que le grand Corneille a laissé entre lui et ses prédécesseurs paraît moins surprenant. Le style de Venceslas doit se ressentir de son siècle ; toute la pièce doit en porter le goût et l'empreinte. M. Marmontel a cru devoir la retoucher avec soin et en ôter tout ce qui avait l'air suranné; en se livrant à ses idées, il en a presque fait une nouvelle. La tragédie de Venceslas ainsi retouchée vient d'être jouée avec un succès contestée M. Marmontel a été obligé, entre autres, de rétablir, après la première représentation, le dénoûment de Rotrou, sur lequel il avait voulu renchérir mal à propos, à ce qu'il m'a paru. En général j'aurais voulu qu'on eût laissé la pièce de Venceslas telle qu'elle était avec ses difformités. Elle fait époque dans l'histoire du théâtre français, et il est intéressant de conserver à chaque époque ses marques caractéristiques. Je croirai donc volontiers que M. Marmontel nous a rendu un mauvais office, et qu'il a formé une entreprise de mauvais goût en habillant la tragédie de Rotrou à la moderne. Cette remarque ne peut se faire que pour ceux qui ont véritablement du goût. Eux seuls peuvent sentir que dans les hommes de génie tout est précieux, jusqu'aux défauts, et que c'est une sottise que de vouloir les corriger.
— M. de Voltaire a fait imprimer son Ode sur la mort de M'"*^ la margrave de Bareith^ Cette ode me paraît médiocre. Indépendamment de la disette d'idées et d'images que j'y trouve, il y a, ce me semble, beaucoup de vers qui ne sont rien moins qu'heureux. Le vers :
Du temps qui fuit toujours tu fis toujours usage,
1. C'est une inexactitude; car Venceslas n'est que de 1048, et le Cid avait été donné douze ans auparavant. Mais il eût été plus vrai de dire que Rotrou était le plus ancien auteur qu'on joue encore, car ses débuts dans la carrière dramatique sont antérieurs à ceux de Corneille. (T. )
3. Frédéric-Sophie Wilhelmine, sœur de Frédéric II, roi de Prusse, née le 3 juillet 1709, morte le 14 octobre 1758.
JUIN 1759. m
me paraît bien mauvais par exemple, et je n'aime pas non plus celui-ci :
Us meurent pleins de jours, et n'ont point existé.
Mais cette ode est suivie d'un morceau en prose sur la suppression de Y Encyclopédie et sur le réquisitoire de l'avocat général, et ce morceau vous paraîtra d'une grande beauté. Il a eu ici un succès prodigieux; et je ne balance pas de dire que c'est une des choses les plus vigoureuses que M. de Voltaire ait écrites.