‹ Correspondance littéraireChapitre 45 sur 179 · EPIGRAMME · texte numérisé non relu

EPIGRAMME

D'Ignace le malin génie Au monde a causé bien du mal :

Il a tant fait qu'en Portugal Jésus n'a plus de compagnie.

15 juin 4759.

Il nous reste à dire un mot sur la Suivante généreuse. Cette pièce est écrite en vers libres, et le style m'en a paru très-facile. Le dialogue est sans esprit, sans idées, mais assez naturel. C'est un défaut très-ordinaire aux pièces italiennes de manquer d'esprit. Ce n'est le plus souvent qu'un recueil de scènes vides d'idées, et les auteurs français de la Suivante généreuse n'ont pas pourvu à ce défaut. On donne cette pièce dans le public à M. Bertin, l'ami de M"*' Hus, M. Buchelay, fermier général, MM. Richelet, Palissot, Poinsinet et compagnie. Elle est tombée à la première représentation. On l'a retirée à la troisième. Les auteurs ne pourront pas se plaindre des comédiens, ni leur attribuer le mauvais succès de la pièce; elle a été jouée supérieurement. C'est M"^ Dumesnil qui faisait Béatrix, à ravir; et M'^' Dangeville qui jouait Marine, très-bien. Il y a aussi par-ci par-là, des tirades que les auteurs n'ont pas oublié de mettre et que le parterre n'a pas manqué d'applaudir; cela est dans la règle.

J'ai été charmé du théâtre. Plus de petits-maîtres, plus de foules. Cela est on ne peut pas mieux. Les décorations et de la pièce nouvelle et des Précieuses ridicules^ qu'on a jouées après, m'ont fait plaisir. Tout poëte qui a du génie doit être content de cette réforme. Au reste, je crois que nos jeunes gens font mal de chercher des sujets dans les comiques italiens et de tenter de les accommoder à notre théâtre. Le malheureux essai des auteurs de la Suivante généreuse doit les dégoûter un peu de cette ressource. Vous savez que les pièces italiennes sont divisées en trois actes qui, divisés chacun en deux, en font presque dix. D'où il arrive qu'on a trop de matière pour trois actes français, et comme nous ne faisons point de pièces en quatre actes, qu'on n'a pas assez de matière pour cinq, il y aura

ainsi dans ces imitations de l'italien presque toujours un acte vide; ou si le poëte veut y suppléer, il risquera d'en faire un hors-d'œuvre. Mais ce n'est pas là encore le plus grand inconvénient. Un bien plus grand se trouve dans le sujet. Ce sujet est presque toujours le même par le fond, pour l'intrigue, pour la conduite; c'est un canevas sur lequel on brode différentes scènes de farce : car le ton et les mœurs de la comédie italienne ne sont presque jamais au-dessus de ce genre abject. Or nos poètes, en empruntant ces sujets, veulent en déguiser la bassesse et les ennoblir par le ton, les tirades et autres tours de métier; et il en résulte des bigarrures qui ne ressemblent plus à rien. Je ne dois pas oublier de remarquer que le premier et le dernier acte de la Suivante généreuse se passent dans la maison d'Oronte, et les trois autres chez Marine, ce qui est encore trèsvicieux. Il faut espérer que nos poètes dramatiques ne s'affranchiront jamais^de l'unité de lieu, sans laquelle il n'y a plus de vérité dans la représentation.

— M. de Chamousset vient de publier des Observations sur la liberté du commerce des grains^. Vous ne trouverez dans cet ouvrage qu'une amplification des idées de feu M. Herbert, dont j'ai eu l'honneur de vous rendre compte autrefois en vous parlant de son excellent Essai sur la police générale des grains ^. Quoique M. de Chamousset ne fasse presque que balbutier d'après M. Herbert, c'est cependant de tous ses ouvrages celui que j'estime le plus. Il a un but du moins réellement utile, et renferme des vues saines. C'est ce qui manque aux autres projets de M. de Chamousset, qui, étant contraires pour la plupart aux préjugés et aux mœurs de la nation, me paraissent nugœ difficiles 'y sottises, en un mot. Si M. de Chamousset n'a pas réussi jusqu'à présent, ce n'est pas la faute de nos journalistes. C'est sans contredit l'homme de la nation le plus loué par ces messieurs.

— Les Abus de la saignée démontrés par des raisons prises dans la nature^ et de la Pratique des plus célèbres médecins^ avec un Appendice sur les moyens de perfectionner la médecine^. Cet ouvrage est d'un nommé M. Boyer, qu'il ne faut pas

1. Réimprimées dans les OEuvres complètes de Fauteur, Paris, 1783, 2 vol. in-S».

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