‹ Correspondance littéraireChapitre 61 sur 179 · C'est Le Kain qui remplissait ce rôle · texte numérisé non relu

C'est Le Kain qui remplissait ce rôle

3. La Thorillière était petit-fils du camarade de Molière, de ce nom. Il avait été reçu à la Comédie le 9 avril 1722, et sa mort, arrivée le 23 octobre, ne fit éprouver aucun tort au théâtre, car il avait pris sa retraite dès la clôture précédente. (T.)

drice en Espagne, dans le temps du mariage de Charles II, roi d'Espagne, avec Marie-Louise d'Orléans, fille de Monsieur, frère unique de Louis XIV. Ces lettres avaient de la réputation avant de paraître; elles ont dû la perdre depuis qu'elles sont publiques. Ceux qui ont pu les mettre à côté des lettres de M'"^ de Sévigné peuvent se flatter de n'avoir ni goût ni jugement. Tout s'embellit sous la plume de M'"^ de Sévigné, tout acquiert de la grâce, de la gentillesse et de la chaleur. M""^ de Yillars, en revanche, rend tout sèchement et maussadement ^

— U Europe vivante et mourante , ou Tableau annuel des principales cours de V Europe. Suite du Mémorial de chronologie généalogique et historique'^, année 1759, par M. l'abbé Destrées, qui a été longtemps à la Bastille pour plusieurs impertinences dont il avait farci la préface de son Mémorial de chronologie.

— De la Saisie des bâtiments neutres, ou du Droit qu'ont les nations belligérantes d*arrêter les navires des peuples amis, par M. Hubner. Ce n'est pas là un ouvrage d'agrément; mais l'auteur et son livre passent pour profonds. M. Hubner est attaché à la cour de Danemark; il se trouve actuellement à Paris. C'est un fils du célèbre Hubner de Hambourg. Son ouvrage fait deux volumes in-12. Il est dédié à M. le baron de Bernstorf.

— La Berlue^, c'est le titre du livre et la maladie de l'auteur. Cet homme proteste qu'il n'a rien lu, et on le voit à ses jugements. C'est une satire de tous les peuples, de tous les Etats, de tous les particuliers, mais sans finesse, sans force, sans esprit et sans goût; des portraits entassés les uns sur les autres; les matières jetées pêle-mêle ; tout y est gauche, estropié, dégoûtant. Amas d'injures communes qui ne valent pas la peine d'être redites.

1. M™^ de Villars, née en 1624, mourut en 1706. Ses lettres ont été publiées de nouveau, en 1805, par M. Auger, et, en 1866, par M. Alfred de Courtois.

2. Bruxelles (Paris), 1759 et 1760, 2 vol. in-24. Le Mémorial de chronologie forme 4 vol. in-24.

3. (Par Poinsinet de Sivry.) Londres, 1759, în-12. Plusieurs fois réimprimé.

l"-''' décembre 1759.

En 1753, M. d'Alembert publia deux volumes de Mélanges de litlératurej d'histoire et de philosophie. A la tête de ce recueil il y avait le discours préliminaire de V Encyclopédie. Le reste de ces Mélanges consistait dans quelques morceaux détachés de Tacite, traduits par M. d'Alembert dans des Réflexions sur les Mémoires et la vie de Christine^ reine de Suède, et dans un Essai sur la société des grands et des gens de lettres. Depuis trois ou quatre mois, M. d'Alembert a fait une nouvelle édition de ces Mélanges, qu'il a augmentés de quelques articles qu'il avait mis clans Y Encyclopédie^ et de plusieurs morceaux nouveaux, de sorte que la totalité fait un ouvrage de quatre volumes in-12 assez considérables.

On ne peut nier que M. d'Alembert ne soit un très-bon esprit, et qu'il ne mérite d'être distingué de la foule de ceux qui nous inondent de leurs productions ; mais on ne peut disconvenir aussi que ces Mélanges, appréciés dès la première édidition par le public impartial, n'ont pu procurer à leur auteur une place parmi nos écrivains du premier rang. M. d'Alembert n'a ni ce coloris brillant et séduisant de M. de Voltaire, ni ce tour de génie du président de Montesquieu, ni cet autre génie de M. Diderot, ni le style élevé et majestueux de M. de Buffon, ni l'éloquence simple et mâle de M. Rousseau. Ses Mélanges, à leur première apparition, lui ont fait perdre tous ces rangs, et l'ont réduit à une place plus médiocre que le public n'avait cru devoir lui assigner avant qu'il se fût essayé dans la belle littérature. En effet, sa traduction des morceaux de Tacite manque de génie, et tous ceux qui ont quelque goût doivent tomber d'accord qu'une traduction de Tacite sans génie ne peut être supportable, surtout dans une langue aussi monotone, aussi froidement exacte que la française. Ses Réflexions sur les Mémoires de la reine Christine sont souvent communes et peu importantes ; on y voit d'ailleurs Tauteur à tous les instants ; on voit qu'il en cherche partout, qu'il les amène bon gré, mal

gré; que les faits ne s'y trouvent que pour elles, et l'on doit convenir en général que ce morceau serait un fort mauvais modèle pour quiconque voudrait essayer d'écrire l'histoire après lui. On en peut dire autant de VEssai sur les grands et sur les gens de lettres. La plupart des remarques qui le composent ont un air de hardiesse, mais ce n'est pas le courage d'un philosophe grave qui ne connaît que les intérêts de la vérité; c'est au contraire la forfanterie d'un jeune écolier plus occupé des égards qu'il croit mériter par son état d'homme de lettres que séduit par le charme des lettres qui maîtrisent les âmes sensibles. Une grande partie de ces observations sont assez bonnes et assez fines pour être dites en causant, au coin du feu, mais ne valaient, en vérité, pas la peine d'être imprimées.

Cette jalousie, d'ailleurs, cette querelle que l'on prétendait subsister entre les gens de la cour et les gens de lettres, ne devrait jamais être un objet de méditation pour un philosophe. Ces sortes de discussions sont tout au plus du district de notre La Bruyère moderne, M. l'abbé Trublet, inspecteur général de toutes les puérilités. S'il y a un état au monde dont il soit difficile de tirer vanité, c'est celui d'homme de lettres. Tout est personnel dans cette vocation. Voltaire est regardé comme le premier homme de l'Europe; le chevalier de Mouhy est méprisé. Leur occupation est cependant la même; ils font tous les deux des livres; ils sont tous les deux hommes de lettres : on ne peut contester au chevalier de Mouhy son état. Il est vrai qu'un homme supérieur honore son état sans en tirer aucun avantage, et qu'un homme médiocre tire toute sa considération du corps auquel il s'est agrégé. Le titre d'historiographe de France n'a pas illustré M. de Voltaire, plus sûrement immortalisé par ses ouvrages historiques; ce titre fait aujourd'hui toute la gloire de son successeur, M. Duclos, parce qu'un écrivain médiocre ne peut captiver la faveur publique par ses écrits.

Voilà en peu de mots ce que je pense des morceaux qui composaient jadis les Mélanges de M. d'Alembert. Dans la nouvelle édition il y en a plusieurs autres sur lesquels je m'étendrai par la suite. Vous trouverez, entre autres, des éléments de philosophie qui remplissent un volume entier, mais qui sont si secs, si maigres, qu'il n'y a en vérité pas moyen de les lire.

En général, M. d'Alembert a de la clarté dans son style et de la logique dans l'esprit; il a surtout l'esprit d'analyse, et sa vocation paraît décidée pour les écrits polémiques. Mais il manque de force, de chaleur et de coloris. Vous ne trouverez chez lui rien qui vous élève, qui vous touche, qui vous embrase. Il a peu d'idées, peu de vues, peu de profondeur de tête, point de véritable goût. Aussi son style n'a point de caractère. S'il faut absolument assigner son rang à chaque auteur, je mettrai M. d'Alembert pour le mérite littéraire à côté de M. de Maupertuis. Celui-ci n'avait non plus aucun caractère dans le style. Vous y trouverez tantôt une ligne à la Fontenelle, tantôt une qui ressemble au faire de Voltaire, tantôt une autre que Montesquieu pourrait revendiquer. Sous ce coloris chamarré on trouve souvent un composé de petites vues fausses auxquelles l'auteur a su donner un air philosophique.

Page 1