VERS QUI COURENT DEPUIS QUELQUES JOURS
Le ciel à nos besoins pourvut dans tous les temps : Cessez de murmurer, populace inquiète; Ce que Beaumont refuse à tant de gens,
1. Ce quatrain se trouve dans les éditions modernes des OEuvres de Voltaire.
Nous l'obtenons de Silhouette :
Il vient de nous donner les derniers sacrements.
— On a donné, il y a quelques jours, sur le théâtre de la Comédie-Française, la première représentation de Namir, tragédie, par M. le marquis de Thibouville^ Cette insipide pièce ne fut point achevée. L'ennui qui régnait dans le drame s'empara, dès le commencement, du parterre, et dégénéra en une telle impatience que l'infortuné Namir-, au milieu du quatrième acte, fut obligé de s'avancer vers le parterre et de dire avec une profonde révérence : « Messieurs, si vous le trouvez bon, nous aurons l'honneur de vous donner la petite pièce. » Le parterre ne se fit point presser, et aima mieux ignorer à jamais le dénoûment que supporter plus longtemps l'ennui d'une pièce où il n'y avait ni action, ni style, ni sens commun.
— Le théâtre vient de faire une perte par la mort de M. La Thorillière. Cet acteur jouait les rôles de père, de financier, et à manteau, dans la comédie. Il n'était pas bon; mais il n'y en avait pas de meilleur, et le public s'était accoutumé à ses défauts. Rarement il savait son rôle; il barbouillait tout; mais il avait le masque plaisant et original. Il n'y a personne pour le remplacer ^
— On a publié ici, en un petit volume, les Lettres de M'^'^la marquise de VillarSy mère du maréchal de Yiilars, ambassa-
1. Namir fut représenté le 12 novembre. M. de Thibouville avait déjà fait représenter, le 6 juillet 1739, une tragédie de Thélamire qui n'obtint que quatre représentations. « Il était colonel du régiment de la reine quand la guerre se déclara : il alla pour joindre son régiment, qui servait en Italie; la peur le saisit à Lyon, et il ne put se déterminer à poursuivre sa route. On nomma à son régiment, et il revint déshonoré à Paris avec 70,000 livres de rente. Tout méprisé qu'il était, il fut reçu partout. Malgré un autre vice dont il ne se cachait pas, et qui est pour le moins autant haï des femmes que la poltronnerie, il a toujours vécu avec elles et dans la plus haute compagnie, que par mépris on nomme souvent la bonne... Il a fait, il y a quelques années, un roman que l'on n'a point lu, et qui ne valait pas la peine de l'être, la Force de Vamitié... Ses écrits n'ont jamais peint la nature, et ses amours y ont toujours été opposés. » {Journal historique de Collé, t. II, p. 199.)