‹ Correspondance littéraireChapitre 7 sur 179 · Représentée le 6 avril précédent · texte numérisé non relu

Représentée le 6 avril précédent

"Ih CORRESPONDANCE LITTÉRAIRE.

ver Laure, c'est le nom de la courtisane. Sur le portrait avantageux que le chevalier, juge et connaisseur en mérite, lui en a fait, elle ne doute pas qu'en se confiant à cette fille, en lui faisant connaître tout l'excès de sa passion pour un mari infidèle, qui avait d'ailleurs caché son mariage à Laure, celle-ci n'entre dans ses intérêts et ne s'emploie de toutes ses forces pour lui rendre le cœur de son mari. Si ce plan n'a pas le sens commun, le succès n'en est pas moins heureux; le poëte l'a voulu ainsi. Laure conseille à Mélite, premièrement, d'être plus gaie et de songer à amuser son mari pour lui rendre sa maison plus agréable; ensuite elle lui promet de congédier Saint-Fard le soir même. En effet, après avoir été renvoyé par Laure, il revient chez lui pour souper tristement avec sa femme : il est étonné de la trouver si parée; il ne veut jamais se persuader que ce soit pour lui. Mélite fait exécuter pour son mari la fête que le chevalier a préparée pour elle; elle y danse elle-même. Toute cette conduite est très-intéressante, comme vous voyez; aussi Saint-Fard n'y tient-il pas : son amour pour sa femme renaît à l'instant, et les pas séduisants de Mélite, secondés par le congé expédié à Saint-Fard à l'hôtel de Laure, assurent pour jamais à une femme si touchante le cœur d'un mari si estimable. Avec le goût un peu sévère, on ne peut qu'avoir mauvaise opinion d'une assemblée qui applaudit de pareilles platitudes; mais il faut dire aussi que le public revient ordinairement bien vite de ces sortes d'engouements, et que telle pièce, applaudie pendant deux mois de suite à la Comédie-Italienne, ne soutiendrait pas peut-être une représentation sur le théâtre de la Comédie-Française. Au reste, la Nouvelle Ecole des Femmes n'est pas le coup d'essai de M. de Moissy; il a déjà eu quelques succès passagers sur le Théâtre-Italien; et, si j'ai la mémoire i\dè\e, le Provincial à Paris, joué il y a cinq ou six ans, était son ouvrage, et valait mieux que la pièce dont je viens de vous entretenir.

— M. l'abbé Prévost vient enfin de publier la suite et la fin de V Histoire de Charles Grandisson, traduite de l'anglais, de Tauteur de Paméla et de Clarisse. Après nous avoir fait attendre la fin de ce roman pendant trois ou quatre ans de suite, le public devait, ce me semble, être dédommagé de ce délai par les soins du traducteur; point du tout. M. l'abbé Prévost, qui avait déjà fort tronqué les derniers volumes de Clarisse dont il

n'y avait pas un mot à perdre, a absolument estropié le roman de Grandisson-j il a osé abréger et gâter jusqu'au morceau de Clémentine, qui est un chef-d'œuvre de génie d'un bout à l'autre. Tous les gens de goût préféreront à la traduction de M. l'abbé Prévost celle qu'on a faite en Hollande du roman de Grandisson, et qui, quoique barbare en beaucoup d'endroits, a le mérite de la fidélité d'une traduction littérale^ Il me reste à vous parler du fond de ce roman et du génie de M. Richardson, auteur de tous ces ouvrages prodigieux, et ce sera la matière d'une de mes feuilles suivantes. 11 y a peu d'ouvrages modernes où il y ait autant de génie que dans Paméla, Clarisse et Grandisson,

IMITATION d'un SONNET DE ZAPPl, CÉLÈBRE POiÏTE ITALIEN.

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