Par Poncet de La Grave
latin vous paraîtront bien plats; mais ils peuvent servir pour apprendre aux jeunes gens les mots les plus usités de ces deux langues.
— Des hommes tels quils sont et doivent être \ ouvrage de sentiment à ce que dit l'auteur, et je prends la liberté d'ajouter d'une grande platitude. Cela a cependant plus de 200 pages.
— Mémoires et Lettres de Henri, due de Rohan, sur la guerre de la Valteli?ie, publiés pour la première fois et accompagnés de notes par M. le baron de Zurlauben^ Cet ouvrage doit trouver sa place dans un cabinet d'histoire. Le duc de Rohan était un homme de beaucoup de talent, et en diiïérents genres. On trouve la vie de ce grand homme dans les deux derniers volumes des Hoirimes illucdres delà France, L'auteur de cette compilation (M. l'abbé Pérau) ne pouvait s'étendre beaucoup sur la guerre de la Yalteline, le présent ouvrage n'ayant pas encore paru.
— M. de La Curne de Sainte-Palaye, nommé par l'Académie française pour succéder à feu M. de Boissy, y prononça son discours de réception le 26 juin dernier, et M. l'abbé Alary répondit à ce discours au nom de l'Académie.
— M. Vernet, célèbre peintre de marine, est occupé depuis plusieurs années à peindre, par ordre du roi, les différents ports du royaume. Nous avons vu ceux de la Méditerranée exposés aux deux derniers Salons, et j'ai eu l'honneur de vous en parler en leur temps. M. Cochin et un autre graveur de réputation, M. Le Bas, proposent de graver ces tableaux, et l'on doit s'attendre à de très-belles estampes de la part de deux artistes aussi habiles. Les conditions de la souscription se trouvent dans le prospectus publié par les auteurs.
— La Topographie de Vunivers, publiée par l'infatigable abbé Expilly, tome second. Voilà déjà deux volumes de cette géographie, et l'auteur n'est pas encore sorti du cercle de Westphalie.
— En parlant des Ruines de la Grèce par M. Le Roy, j'ai oublié de remarquer que les auteurs anglais des Ruines de Palmyre venaient de publier un nouvel ouvrage de ce genre
4. (Par Jean Blondel.) Londres et Paris, 1758, in- 12. 2. Genève (Paris), 1758, 3 vol. in-12.
intitulé les Ruines de Balbek^ autrement dit lléliopolis, un grand in-folio contenant hô planches.
— M. le marquis de Mirabeau vient de donner un quatrième volume de VAmi des hommes. Il a rassemblé dans ce volume plusieurs morceaux détachés qu'il avait dans son portefeuille et dont quelques-uns avaient déjà vu le jour. Du nombre des derniers est un mémoire sur les états provinciaux dont on ignorait l'auteur dans le temps, et qu'il a fait reparaître ici sous le titre singulier de Précis de V organisation,
— La fureur des dictionnaires est devenue si grande parmi nous qu'on vient d'imprimer m\ Dictionnaire des dictionnaires, 11 contient une liste de tous les dictionnaires publiés en toutes sortes de langues. Je doute qu'on y trouve la liste des dictionnaires d'Allemagne, qui est cependant le pays où il s'en est fait plus que dans aucun autre.
~ J'ai oublié de vous parler d'une petite comédie qui est tombée le mois dernier à la Comédie-Française. Elle était intitulée le Père désabusé. L'auteur s'appelle M. Seroux. Outre l'absurdité et la platitude de l'intrigue, cette pièce avait encore le malheur de ressembler à tout. Elle fut sifflée à la première représentation, et retirée après la seconde.
• — On vient de faire une nouvelle édition du Dictionnaire militaire portatif ^ ^ en trois volumes in-8**. 11 a été considérablement augmenté, et Ion y a mis à profit les additions que M. Egger a faites à ce dictionnaire, il y a quelques années, dans une édition publiée à Dresde.
15 août 1758.
— M. Helvétius, fils du premier médecin de la reine, qui n'était pas un homme sans réputation, vient de donner un volume in-4° fort considérable sur VEsprit, Cet ouvrage a causé dans le public un soulèvement général ; les dévots et les gens du monde se sont également déchaînés contre lui : le livre a été supprimé par arrêt du conseil d'Etat du roi, comme scandaleux, licencieux, dangereux. On a obligé l'auteur, qui possède à la cour une charge de maître d'hôtel de la reine, de se ré-
1. (Par La Chesnaye-des-Bois.) La première édition est de 1743.
tracter publiquement; il l'a fait dans une lettre adressée à un jésuite, et cette rétraction n'ayant pas paru suffisante, on lui en a fait signer une seconde si humiliante qu'on ne serait point étonné de voir un homme se sauver plutôt chez les Hottentots que de souscrire à de pareils aveux. Voilà bien du bruit. Je ne sais si la gloire littéraire sera assez considérable pour dédommager l'auteur de tous les désagréments qu'il a essuyés; il me semble que ceux qui jugent le plus favorablement, quelque mérite qu'ils accordent à cet ouvrage, lui refusent la qualité la plus précieuse, qui est le génie. En attendant que je puisse vous rendre compte de mes propres sentiments à l'égard du livre de l'Esprit, je placerai ici le jugement d'un homme qui vaut beaucoup mieux que moi. Si par hasard il était un peu trop à l'avantage de l'auteur, vous serez à même de le rectifier à mesure que vous lirez l'ouvrage; et moi-même je ne manquerai pas d'y revenir par la suite ^ .
CHANSON SUR LE LIVRE DE l'eSPRIT.
Admirez tous cet auteur-là Qui de V Esprit intitula Un livre qui n'est que matière.
Laire, lanlaire, etc.
Le censeur qui l'examina^ Par habitude imagina Que c'était affaire étrangère, Laire, lanlaire.
Pour entendre le second couplet, il faut savoir queE. Tercier, censeur du livre de VEsprit^ a une place dans le bureau des affaires étrangères ^
i. Nos prédécesseurs de 1813 et de 1829 renvoient le lecteur, comme nous le renvoyons nous-même, aux OEuvres de Diderot, pour y lire la critique qu'il a faite de l'Esprit et que sa longueur nous empêche de reproduire. Elle figure tome II, p. 2G7 et suivantes de l'édition Garnier frères.
2. Tercier (né en 170i, mort en 17G7), d'abord secrétaire de l'ambassade de France en Pologne, concourut puissamment à l'évasion du roi Stanislas de Dantzick, assiégé. Son dévouement a la cause du malheur lui valut une longue et pénible détention de la part des Russes. L'autorisation donnée au livre de VEsprit lui fit
1" septembre 1758.
La famille des Danaïdes est une de ces familles tragiques dont les malheurs et les crimes ont été exposés sur le théâtre des Grecs avec tant de force et de génie, et ont fourni à Eschyle, à Sophocle et à Euripide le sujet de ces chefs-d'œuvre qui font encore aujourd'hui l'admiration de la terre. Parmi ces sujets, celai d'Hypermnestre est un des plus beaux, des plus touchants, des plus terribles, des plus pathétiques. La haine entre Danatis, roi d'Argos, et son frère Égyptus est aussi célèbre dans l'histoire de ces temps que celle d'Atrée et de Thyeste. Après une trêve conclue avec autant de rage que de fausseté entre les deux frères, Danaûs consent à donner ses filles, au nombre de cinquante, si je m'en souviens bien, aux cinquante fds d'Égyptus ; mais, épouvanté par un oracle qui lui prédit la perte de sa vie par la main d'un de ses gendres, il persuade à ses filles d'immoler, la nuit même de leurs noces, leurs époux à sa sûreté. Toutes obéissent à cet ordre cruel, excepté Hypermnestre qui, partagée entre son amour pour Lyncée son époux et sa piété envers un père barbare, se trouve exposée aux plus affreuses extrémités; situation vraiment tragique et digne d'exercer le génie des plus grands poètes. Après les tragiques grecs qui ont traité l'histoire des Danaïdes en plusieurs pièces, les modernes s'y sont pareillement essayés; nous avons un opéra d'Ipermnestra, par le célèbre Métastasio, que je ne compterai pas parmi ses beaux ouvrages. Il est bien étonnant qu'on n'ait pas songé à traiter ce sujet en France, et qu'il ait échappé au grand Racine, qui se plaisait tant à remettre sur notre scène les pro-
perdre la place de premier commis des affaires étrangères, qu'il avait obtenue depuis son retour en France. Mais Louis XV, gendre de Stanislas, l'en dédommagea par des pensions, et lui conserva la confiance intime qu'il lui avait accordée. Enfin la crainte que la correspondance secrète du roi avec le chevalier d'Éon, correspondance qui passait par ses mains, ne vînt à être connue du duc de Choiseul, qui en ignorait l'existence, le surcroît de travail que ces mystérieuses dépêches lui causèrent, abrégèrent les jours de cet homme estimable. (T.)
32 COKHESPONDANCE LITTERAI Ri:.
diges du théâtre grec; sans doute qu'il lui paraissait trop simple, et qu'il ne trouvait pas jour à le gâter par quelque épisode adroitement entrelacé, comme il a fait dans la plupart de ses autres pièces; en effet, ici tout épisode devenait absolument impraticable. Il existe cependant une tragédie de ce nom, mais qui n'a pu se conserver au théâtre. Un jeune poëte, M. Lemierre, vient de traiter ce sujet avec beaucoup de succès. La tragédie à^Hypernincstre a été jouée pour la première fois, le 31 août, avec des applaudissements universels.