X. I T T i R A I R X. lo
trop exctiser : Je n^ aspire , dit-il , qu^à être le Bridaine de la tragédie. On sait que ce Sridâine était un missionnaire de nos jours, qui prêchait dans les places publiques , et dont l'éloquence inculte et brute , mais quelquefois vive et forte ,. produisait do grands effets sur le peuple; Il est clair que si une pièce de théâtre n'était pas fait^ pour durer plus long-teraps qu'une mission, et pour plaire à d'autres qu'au peuple^ M. Ducis aurait pris le bon parti. Mais comme l'art dramatique , ainsi que tousiés beaux-arts , n'a de vrais juges que les conr naisseurs , et n'a de succès durable que pat des beau tes. qui obtiennent leur suffrage , il s^ensuit que lorsque dans ce gr;nre on se fait Bridaîae, c'est qu'on ne peut pas êtfe Massiilon.
On lit dans quelques sociétés un manuscrit de M. de Voltaire , donné par M."*® Denis à Seau ma.r chais pour l'édïtion générale qui s'imprime à Kell. J'en ai entendu la lecture che^ M, le duc de Choisèui, faite par Beaumarchais lui-même j car il. ne conile le maîiuscrit à personne : ce ^ont des Méinpires pour servir à l^ histoire de sa vie^ rédigés par lui-même» Mais en les lisant on s'appjîrçoit
qu'il fi*a guères eu qu^un objet , celui de se venger du roi de Prusse ^ et de laisser uit monument qui démentît les éloges qu'il lut àsi long-temps prodigués. Ce qui proùvequ'il n'avait pas d'autre but , c'est qu'il ne parle presque d'autre chose , et que ses mémoires commencés ( dît-il ) en 1733 , vers le temps dû ses premières liaisons avec le roi de Prusse ; finissentvers 1760, un peu après l'époque où il S^était retiré sur les terres de Genève. Il serait singulier qu'il n'eût pas pas écrit depuis un< Seul mot sur tous les événemens où il a été inêlé; et ce qui le serait encore plus, c'est ^uè dans ces mémoii*es il ne prononçât pas même le nom d'un seul de ses. ennemis j pas uû mot sur Desfontaines, sur le poë te Rousseau, sur Labeaumellê , etc; II semble qu*il n'ait voulu écrire que contre Frédéric , d'où je conclus qu'il n'a écrit qu'après sa brouîUerie avec lui. La vie privée de ce pirincè et celle de son père Frédéric Guillaume, son esprit J «on caractère , les démêlés que Voltaire eut avec Frédéric à Berlin, l'aventuré de Francfort, tout est du stylé de Catt^/i^afe> et c'est un des ouvrages les plus pîquans sortis de là plume de l'auteur. Il s'excuse comme il peut «ur les louanges dont il chante la paîi^
t i¥*ri* A lïi x; lof
Iftodxe ; il ayoYte plaisaxxunentqtt'attendu la faiblesse humaine ^ il n'a pu résister à un roi qm lé cajolaii toiite la journée. Je Vap^ pelai Salomon ^ dit-il , et ce sobriquet lui est resté quelque temps. Du reste , il raconte fôùt avéd tihë gàîté cynique, àVèc cette îndfif^ lëfënfeé d^trii ^léiltàrd: qtiî i pris le parti dé hé vdît' daiiè dér q^éf là viè à de plus triste ét?htittirfnïfé de^fjllisîâffrëitx, que le côtff Mdîcùïé. Cëé^ifeéHirés dnl fait du bruit; %:: ke VérgéHîïës a éiîgé de BéaurfiafchaiS qti'ëUès ceSfeassént , 'ki Ite rtiaïïusdrit tie doit êtïè- îttit)rin[ié qtl'àltfèl la itnort du M d#
108 C OR. B: EST air B A ^ C £
LETTRE CLiXXXYII.
A rentrée des théâtres n'a pa? été bril-.
lante. Rien .de nouveau à l'opéra ni aux Français i si ce n'est que. ceux-ci ont faîj| repeindre leur salle en bleu y pour faire dis* paraître. H teinte trop unjlfprma dçs foiids blancs. La nouvelle^ salic^deç It.^ieps , bâti# «or le terrain de l'anciep hôtel de Choiseul,^ eât fort criti(]^uée ,, 'et<:en?est pas sans fondement. Il semble en effet , quoiqu'on bâtisse de tout côté à Paris, que le bon goût de rarchitecture ait encore plus de peine à s'introduire en France que la bonne musique.
Bien n'est si élégant que la décoration intérieure de nos maisons, et rienn'est si rare que de rencontrer des édifices que Pon puisse comparer à cette foule de palais superbes qui en Italie font l'admiration des étrangers. Tous les monumens publics élevés de nos jours sont mesquins ou maussades , si l'on excepte l'école de chirurgie qu'on laisse enterrée dans une vilaine petite rue, et la -grande église de Sainte-Genevièye qu'on n'achève
point : celle-ci d'ailleurs n'est que la minia* ture du Panthéon romain. Nos architectes devraient faLire de même , et ouvrir Palladio pour y puiser les idées du beau. Il n'y a en architecture qu'un certain nombre de belles proportions : il faut les adopter ou rester dans la barbarie. Les gens de l'art disent que c'est ce dernier parti qu'a pris rarchitecte de la comédie italienne. Son frontispice est formé de colonnes colossales dont la base est écrasée , et qui pourtant placées de manière , à n'être vues que de près, sont d'un effet néces^ sairement désagréable. Il a imaginé de faire régner au troisième étage de son bâtiment un balcon de pierre en saillie, qui est la chose la plus ridicule , et cette même bizarrerie se trouve dans le nouveau bâtiment dit Palais-Royal. U a conservé dans l'intérieur Pancienne forme ôblongue , quoic(u'il soit 'bien reconnu qtie la forme de l'hémicycle qui règne à la comédie française et à l'Opéra de la porte Saint*Martin , est la seule agréable itPœiletfavor'ablepour placer lesspectateurs de manière qu'ils voient tous également.
Au reste ;lacommodité publique est assuré- ^inént la chose dont on s'embarrasse le moins. BeanCotip de petites loges, incommodes et
XiQ co^;p.f çppjBrp^îTCB
payées fort cIwj:\ bel^^coupde bjç>utique8 qu{^ Ton pui$$p louer , voilà ce quioccfipe priur icipalement les architectes l Coipaiexit; veut* on qu'avec ce prjincipe ils songent à là largeur des corridors , à 1^ be^qité.djss isscfliers^ il la facilité des diégagemws , aux effets de 1$l perspective ? Tout cela cède à l'intérêt d'écQliomiser quelques toises 4^ Jterrain , et toujt cela fait penser .que les français^ quoique porté? pAr nn esprit flexible et imîtaiteur , ^ cultiver les découvertes des autrp^ nations, p'ont en général m un véritable ainour des arts (ceux de l'imagination exceptés ), ni un sentiment exquis de leurs effets. I^ seul qu'ils aient perfectippné . est celoyi du theutre V p^rce qu'il tiédit ^ Tesprit ^p société qui est particulièrement le leur; encore ce même art corrompu et avili paf l'esprit 4^ parti et la contagion d^ mauvaip goût| touçhe-t-il aujourd'hui k Tépoque 4f la plus honteuse décadence.
Les deux pièces données aux Itajiipn? pPfif leur inaugurp,tioii , ne sç,r virent p^f à ^ relever. La preipi^re .f^v^it ppfir titre 2J^a//f à la nouvelle j^fqilff.^ Cep^ jUne;pTO^uçtïl,gp de Sedjj^pe, .et Ton . d^yai^ bien s'aîtend^f que çef Jtiom^e i\oxit le. iaknÇ , /éel egt
çelm d'assembler sur la scène de petità tableaux bien ou mal amenés , mais susceptibles d'effet , ne réuj^sirait pas dans \m genre où il est impossible de se passer d'es-r prit et de style , deux choses qui ne brillent pas dans les écrits de Sedaine, sur-touÇ la dernière. Aussi la pièce qui était ei| trois actes a-t-elle eu beaucoup de peine à être achevée , et on pe l'a pas Tue une seconde fois. Cependant op assure quf Sedaine qui ne doute de rien , se propose de l'imprimer. Il y avait sur-tout un couplef:
de Melpomène qui a été prodigieusement hué : c'est une plaisante idée que de faire arriver Melpomèjiesurle théâtre d'Arlequin^ et une plaisante chose que Sedaine faisan^ parler Melpomène.
L'autre pièce du même genre s'appelle le Kéveilde Thalie , et il se trouve encore que ce réveil à endormi le public qui ne s'e^t réveillé que pour siffler. Pas une scène comique, pas une idée ingénieuse} Pannard mis à côté de Molière: Lélijo^,Ridcoboni^^ Thomassin , mis au rang des grands hommes; un tas de lieux communs en dialogue et en dis* sertation , et Lafontaine se trouvant au milieu de toute cette cohue , sans qu'il soit possible de
lia COA&BS^OKBAKtiE
deviner pourqnoi : voilà lécannevasdecetotlf vragequiest , dit-on , d'un M. Dfcsfantaines, qui n'est pas la mêm^ chose que Lafontaine.
Ce n'est pas qu'il n'ait voulu aussi débiter des fables sur le théâtre , malgré le public qui n'a pas voulu les entendre. II est clair qu'un homme qui s'avise de mettre de nouvelles fables dans la bouche de Lafontaine , à coup sûr ne sait pas ce que c'est que des^fables* On a pourtant annoncé une seconde représentation fle la pièce réduite en deux actes; maïs avant peu le public la réduira à rien.
On a joué sur les boulevards Le Roi Lit ^ parodie du Roi Léar , qui a été aussi suivie et aussi applaudie que la tragédie. Elle est d'un nommé Parisot * , qui a eu quelques succès dans ce genre. Le style en est facile et ingénieux, les critiques sont justes ^ et les ridicules de la tragédie de Ducis y sont plaisamment saisis.
* C^est encore un des hommes de mérite qui ont passé sous la hache révolutionnaire.
LITliRAlKE. Il3
LETTRE CLXXXYIII.
Une des plus ridicules productions qu'on ait vues sur le théâtre de l'Opéra , est sans contredit Péronne sausuée , jouée le 2.7 mai dernier. Le sujet de ce drame prétendu lyrique est une anecdote qui se trouve dans quelques mémoires, où l'on prétend que Péronne a6siéça;ée par les Anglais du temps de Françoîsl , fut sauvée pat une boujangère nommée Mairie Fùuré ^àiCmlX^ boutique touchait â un souterrain par lequel lesennemis étalent prêts à surprendre la ville, lorsque cette courageuse femme , avertie par le bruit , se présenta pour les repousser , yépandit l'alarme ^ar ses cris , tua même quelques Anglais de sa main, aidée de l'avantage du lieu et secourue par sa famille , et donna le temps à la garnison de venir au secours et de sauver la place. M. de Sauvigny prétend que tous les historiens ont jgardé le silence sur cette ^ction : il s'écrie dans tin avertissement , avec le ton d'emphase qui est
aujourd'hui de mode : Ç^r.st de cet çubli • ^^^ y^^ i/oi///z venger Marie Fçuré. Que 4. * H
1X4 ÇORRESPOK D A N C E
cette vengeance est belle , et que Marie Fouré est bien vengée par un opéra qui a été; sifflé ! Il se vante encore dans ce même avertissement de n'avoir point employé ^intrigue amoureuse ^ et dans la liste des acteurs, on trouve d'abord Saint -Quentin, amant cPIIé/ènê^etljuhinf amant de Juliette ^^ €X. ce quittiême a paru le plus choquant, c'est cet amour de village qui dès la seconde scène présente un tableau de Dancourt au milieu de rhiâroïsme militaire et du fracas d'un siège. L'auteur a pris cette disparate grotesque pour un contraste piquant. On entend dès les premiers vers ,
J L'ennemi de Péronne assiège les remparts î • • Noiis courons les mêmes hasards.
Parlez de monbonLeur ^ et non de mon courage.
Et après cet échantillon tragique , arrive tout de suite Juliette pour dire en'style de paysannerie :
Les voilà donc partis ! tant .mieux ! que de façons ! ïk ont bien fait 5 je m'ennuyais d'attendre.
Les filles de nos environs
ir
Aux noces cle ma soeur près de moi vont se rendre ^ . Et mou ami Lubin mènera les garçons. ^
Cette platitude de diction se soutient d*un bout à l'autre, et c'est une chose curieuse que
le dîalogue erttte Juliette et Lubîn pendant querennemi est aux portes. L'absiirdîté du plan est digne du style : l'auteur dé Péronne sauvée a voulu remplir son titre ; car elle est sauvée à tous les actes. Ce Soiîit continuellement -des attaques et des défaites; tout le régimenfcdes gardes est employé dans cet opéra , qui fait le vrai pendant àvifânièucc Siège de Nicolet. On ^ a tout mis en œuvre jusqu'à l'explosion d'une mine, et tout cet appareil de guerre que l'on aime à voir sur la scène , est ce qui a préservé xèt ouvrage d'une chute totale ; car it avait été si maltraité à la première représentation qu'on ne croyait pas qu'il fût rejoué} mais la direction n'a pas voulu perdre toutes ses dépenses, r *
Lat musique est de Desiède., dont le talent est connu. On nJa pas été content de son récitatif ni de ses ac^ontpagnemens ; mais on a trouvé du mérite à^ùtiS ses choerurs , dân& le chant de ses aus et
dahs ses ballets, et on l'a plaint d'avoir eu à tiiUiailler . sùir un si pitoyable cânnévas. il est bon d'observer que M. de Sauvigny a' fait imprimer son opéra dans un petit recueil périodique qu'il intitule- Après^
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soupers de société. Ces Après-soupers sont composés en grande partie des ouvrages de l'auteur de Péronne sauvée^ comme les
Illinois ) la Mort de Socrate ^ le Pers/Jj^eur , pièces fort médiocres et fort oubliées , qu'il tâche de ressusciter sous un nouveau titre j €t toute cette charlatanerie mercantile s'appelle de la littérature 1
On a remis au théâtre français Jeanne de Naplesi mais la grossesse déjà beaucoup trop visible d'une actrice qui ne peut pas être remplacée , n'a pas permis de donner plus de trois représentation^ de la pièce , qui d'ailleurs n'a pas été moins accueillie que dans sa nouveauté , et qui est actuellement imprimée è
M." Piis et Barré , que quelques disgrâces semblaient -avoir dégoûtés des vaudevilles, ont repris courage ,, et donné les Voyages de Rosircej sujet tiré d'un conte de Piron $ c'est dire que le fond en est un peu grave* leux , et c'est précisément ce qui a f ait goûter la pièce. Le public au théâtre italien a les oreilles beaucoup moins délicates qa*à la comédie française.
Larive s'est avisé de donner sous son nom un mélodrame intitulé Pyrame et Thysbé,
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dont apparemment quelqu'un lui a fait présent : il est vrai que le présent était' mince* On donne très-improprement ce nom de mélodrame à des scènes en prose dont les intervalles sont remplis pgir des accompagnemens analogues à Faction , genre bâtard dont le Pygmalion de Rousseau paraîtavoîr donné l'idée, et qui est assurément une bien mauvaise invention. Ici ce n'était autre chose qu*un long monologue de Pyrame qui attend Thysbé , comme dans la fable, et qui en l'attendant se répand en lieux communs du plus mauvais goût^ jusqyi'à ce qu'il trouve le voile qui lui fait croire qu'elle çst morte. Il se tue j elle arrive et se tue près de lui. Larive qui Jouait Pyrame, a été écouté avec une indulgence personnelle par le public qui s*ennuyait , mais qui savait bien que cette rapsodie dispai'aîtraît dan$ huit jours.
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