‹ Correspondance (volume 3)Chapitre 1 sur 133 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

I.a Correspondance de Louis V euillot s'ouvre par la lettre que mon frère m'écrivit de Rome le 19 mars 1838. Né le H octobre 1813, il n'avait pas encore vingt-quatre ans et demi. Ce voyage, qui le fît chrétien, fut la grandje date et le grand travail de sa vie, si laborieuse et si militante.

Dès cette première lettre, on peut pressentir récrivain catholique sous le jeune journaliste réputé incrédule et indifférent, mais que le sentiment du devoir envers lui-même et envers les siens, surtout envers ses soeurs, avait plus d'une fois troublé. La lutte définitive est engagée, lutte bien simple et tout intérieure, dontle dénouement tut prompt. Mon frère était vaincu depuis long-

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temps, quand il croyait résister encore. Malgré le récit, un peu mêlé de littérature, qu'il a donné de sa conversion, l'on a fait à ce sujet, dans des intentions opposées, diverses histoires plus ou moins étranges. Ses lettres montrent que, pour gagner à Dieu son âme, son esprit et son cobur naturellement chrétiens, il suffit des exemples de foi et de piété que lui donnaient ses compagnons de voyage. Il n'y eut point tous les discours de Rome et Lorette^ livre qu'il écrivit, non pas pour dire comment il s'était converti, mais pour en convertir d'autres, et où il mit une part de fiction, afin de mieux atteindre ceux qui pouvaient être plus chargés que lui.

Sans doute, de profonds déchirements et de grandes angoisses le troublèrent : sa correspondance le prouve ; mais elle prouve également que, si des hésitations ralentirent un peu sa marche, elles ne purent l'écarter du but. Il n'était pas de ceux qui refusent d'obéir quand la conscience a parlé.

Après les lettres d'Italie et de Suisse, montrant l'arrivée à Dieu et les préoccupations du fils, du frère, de l'ami, viennent des lettres de Paris, qui notent l'entrée dans la vie chrétienne, puis

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des lettres d'Algérie, et enfin des lettres où l'homme du combat pour rÉglise, qui déjà s'est affirmé avec force par divers ouvrages, prend position dans la pi esse religieuse. Cette première partie de la correspondance s'arièteà 1845. Louis Veuillot est rédacteur en chef de V Unh'ers^ et vient d'être condamné à l'amende et à la prison, pour avoir, d'après le gouvernement et le jury, méconnu les droits de 1 Etat en défendant les droits de Dieu.

Quand je me suis mis à l'œuvre, mon intention était de m'arrêter là, me réservant de compléter ce premier volume par des lettres de famille; plus tard, j'aurais continué la publication en suivant Tordre des dates. J'écartais ainsi, pour un temps plus ou moins long, les questions controversées entre catholiques, questions qui, naturellement, tiennent une grande place dans la correspondance de Louis Veuillot. Amis et ennemis ont contribué à me faire changer d'avis.

Lorsque Dieu permit à la mort de prendie mon frère, depuis trois ans déjà il se taisait. La maladie lui permettait encore la prière et le conseil, non le travail. Cependant il restait dans le combat; il y est toujours. Ses écrits continuent

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