AVANT-PROPOS
de servir la cause de Dieu ; son œuvre est vivante, elle suit fermement la voie où il l'a mise : elle est fidèle. Ses ennemis sont fidèles aussi. Ils continuent de souffrir des coups qu'il leur a portes, et leurs basses rancunes ne désarment point. Non contents de s'en prendre aux doctrines et aux actes publics de récrivain, ils poursuivent riîomme, espérant que, s'ils pouvaient affaiblir sa valeur morale, ils affail)liraient ses enseignements. Ils veulent surtout faire croire qu'en les combattant, il obéissait à la haine et à l'intérêt, deux mobiles qui n'eurent jamais puissance sur lui.
L'entreprise n'est pas seulement méchante et lâche, elle est sotte et sera vaine. Sans en rien redouter, il m'a paru bon de montrer, dès ce premier volume^ par des lettres de diverses dates, presque tout l'homme public et beaucoup de l'homme privé. On reconnaîtra que, s'il méprisait absolument et nécessairement certains de ses adversaires, il n'en haïssait aucun. Il en est qu'il a toujours aimés.
C'est autant, du reste, par nécessité que par désir de redressement que je me suis écarté des règles adoptées pour la publication des corres-
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pondances. Bon nombre d'amis et même d'indifférents qui possédaient des lettres de Louis Veuillot, se sont empressés de les publier, les uns comme témoignage de reconnaissance et d'affection, les autres afin de prouver qu'ils l'avaient connu. Je ne pouvais laisser cette partie de la correspondance dans le domaine public; et, du moment où je la reprenais, il fallait l'éclairer par des notes et des lettres complémentaires : c'est ce que j'ai fait. Il en résulte que, dans ce volume, qui va de 1838 à 1878, on entend Louis Veuillot sur presque tous les événements qui ont le plus compté dans sa vie.
Je n'ai pas à juger les lettres que je publie. L'écrivain et même le frère doivent s'effacer derrière l'éditeur. A ce dernier titre, je note que ces lettres sont, fond et forme^ très variées. Tous les sentiments s'y trouvent, et le ton y change comme le sujet. On y passe sans cesse et tout naturellement a du grave au doux, du plaisant au sévère. » Sous cette grande variété règne l'unité d'une pensée toujours chrétienne. Ce n'est pas que Louis Veuillot n'écrive aux gens que pour les prêcher : il n'élait ni de l'espèce des prêcheurs éternels, ni de celle des mélancoliques