‹ Correspondance (volume 3)Chapitre 107 sur 133 · A M. LE SUPÉRIEUR DES FRÈRES DE LA DOCTRINE CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

A M. LE SUPÉRIEUR DES FRÈRES DE LA DOCTRINE CHRÉTIENNE

lo décembre 1872.

Mon très honoré Frère,

Je vous supplie de donner un bon Frère à M. T^andeau, mon ami et le vôtre, pour la ville de Sablé, où l'on ne demande qu'à bien faire. C'est un pays excellent, mais qu'il importe de préserver de la chute. Mieux vaut soutenir les murs des forteresses que d'établir d'impuissantes bergeries parmi les loups. On vit à l'abri des forteresses. Ce sont des bergeries de gendarmes qui tombent sur les loups au moment

donné^ et la paix coule de là comme Peau d'une fontaine.

Encore une fois, je vous en prie^ mon très honoré Frère, donnez à tout prix le secours demandé. Ce sera le Frère de fUnweî's^ et je serai heureux d'avoir servi à procurer ce bien^ grâce à votre bénignité pour moi.

Votre très humble, très fidèlement et très anciennement dévoué serviteur^

Louis Veuillot.

A M. NOÉL LE MIRE.

Paris, 26 mars iSjS.

Cher Monsieur,

Falloux-Frt//<^^^ est un méchant trait de ma jeunesse emportée; cela remonte à la loi sur la liberté de l'enseignement.

Un bon curé, irrité du caractère de cette loi, l'appelle loi Fallax. Le mot parut bon^ fut reçu et resta dans rUnwers^ comme la poivrière reste dans les cuisines. Je ne m'en suis pas seul servi, mais je l'ai utilisé plusieurs fois. Vous direz que ce n'est pas ce que j'ai fait de mieux. Hélas ! ce que j'ai fait de mieux^ c'est d'avoir effacé sur les épreuves quelques ornements de ce genre ; mais il en est beaucoup resté,

I. M. Noël Le Mire avait dema:ultî à TiOuis Veuillot d'où datait celte traduction : Fallou\-Fa//fla,.

et mes remords sont plus légers à cet égard qu'il ne faudrait. ^I. de Falloux ne m'a pas encouragé.

Quant à vous dire la date des articles où ce poivre a passé, chi lo sa?

J'aime bien mieux, cher Monsieur, me féliciter de l'occasion qui se présente de répondre à une très aimable lettre que vous m'avez écrite il y a un mois ou deux. Vous me parliez de fonder une pipe à l'imitation du saucisson de Dugas. Quelle émulation louable et flatteuse ! et comme il faut que je sois audessus des intérêts vulgaires pour avoir négligé une pareille proposition ! Il est vrai que je ne fume pas la pipe et que je me laisse même rarement prendre au cigare. Si vous aviez parlé de tabatière, mon silence eût plus été d'un héros. Néanmoins, j'ai été touché et je voulais vous le dire. Pour le cas où il entrerait tout à fait dans vos intentions de fonder quelque chose au profit de la littérature catholique, je crois que le saucisson de Dugas ou un certain jambon inventé par Munet rentre mieux dans l'ordre des choses douces et sérieuses que doit se proposer un Mécène. Il y aurait aussi un lit d'hôpital; mais la qualité présente des dividendes ne me permet guère d'en parler.

Adieu, très cher ^Monsieur. Mille remerciements de votre bon souvenir. Je me sais vraiment gré d'avoir obtenu une petite place dans le nombre de vos amis *.

Votre bien dévoué,

Louis Veuillot.

I. La Décentralisation a dit. en publiant cette lettre : ac II est peutcire à propos de surprendre dans le déshabillé de lintimité le farouche

En janvier 1874, le ministère du 16 mai, qui gouvernait la France sous la présidence légale de M. le maréchal de Mac- Mahon, n'était pas content de V Univers, et M. de Bismarck n'en était pas content non plus. Le ministère trouvait mauvais que V Univers ne fût pas plein d'admiration pour les ministres, et refusât d'admettre que leur politique saurait vaincre le parti révolutionnaire et sauver la France. M. de Bismarck se plaignait de l'action du parti catholique, la trouvant, non sans raison, particulièrement gênante pour l'Allemagne. Il prit texte d'un ou deux articles du rédacteur en chef et de l'insertion d'un mandement de Mgr Dabert, évêque de Périgueux, pour demander la suppression du journal. Le gouvernement lui accorda de bonne grâce une suspension de deux mois, en attendant mieux.

Louis Veuillot reçut à ce sujet des centaines de lettres, et répondit personnellement à un très grand nombre de ses correspondants. Plusieurs de ces réponses ont déjà été publiées, et quantité d'autres m'ont été communiquées, soit par les destinataires, soit par des amis qui en avaient des copies très sûres. Je ne puis songer à reproduire ici toutes ces lettres, mais j'en veux donner plusieurs. Cette reproduction montrera avec quelle abondance d'idées et quelle variété de forme Louis Veuillot pouvait, sans se répéter et sans y prendre garde, traiter le même sujet, et exprimer en termes différents, avec des vues toujours nouvelles et élevées, les mêmes sentiments

polémiste, effroi des libres penseurs et des gallicans, unis dans leur haine.

« Comment, à ce ton plein d'entrain et ae uenenumeur, reconnaître celui dont il a été dit qu'il ne se nourrissait que de haines et ne trempa jamais sa plume que dans le venin ? Ils étaient si bien châtiés, ceux qu'atteignait son fouet vengeur !

« Les épanchements d'une aussi franche gaieté ne peuvent partir que d'un naturel où il entre plus de poUre que de fiel. »

CORRESPONDANCE DE LOUIS VEUILEOT. k39

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