A M. LE COMTE ALBERT DE MUN
Paris, i/\ février 1877.
Cil EU Monsieur,
Il fait nuit, je n'y vois plus, et ma main, qui sVst beaucoup fatiguée aujourd'hui, veut impérieusement du repos; mais je n'y tiens plus, je mets en réquisition la première servante de Dieu venue : elle veut que je (]\i\e^ mais j'ai besoin qu'elle écrive. 11 faut absolument que je vous remercie en particulier et pour mon compte, de votre profession de foi^ C'est cela, c'est bien cela, c'est tout à fait cela. Pour la première fois de ma vie, je me sens flatté et même honoré de faire partie du corps électoral.
Votre programme est si juste et si honorable, qu'il mériterait de ne point réussir. J'en ferais même le vœu, pour la beauté du fait, si je ne craignais d'attrister vos électeurs et de décourager la belle flamme de Mme de Mun. J'espère donc que vous réussirez; si pourtant vous tombiez, ne vous déconcertez pas et ne songez qu'à reparaître le même. Mieux vaut la défaite sur un tel cheval, qu'un succès obtenu en rampant. Une telle défaite ne peut que servir la cause, un tel succès ne pourrait que lui nuire. Nous n'avons pas besoin de réussir ; nous avons besoin d'être en toutes circonstances les hommes du bien,
I. La profcisioM de foi de M. le coiule Albert de Mun auv électeurs (le Pontivy.
du juste, du beau, en un mot , les hommes de la Croix. Quand nous avons été cela, — et c'est ce (jue vous êtes^ — que Dieu se charge du reste^ nous avons accompli notre tâche et fait ce qu'il veut. Or il réussira, parce que ce que Dieu veut, il le veut bien. C est pour cela que son Église a subi tant de défaites glorieuses et triomphantes. Tout le reste est vain, chancelle et tombe. C'est pour n'avoir pas médité cette vérité si simple, que tant d'honnêtes gens, d'ailleurs, ont fait tant de sottises. Dieu veut être bien servi, c'est-à-dire, effrontément et en conformité de toules ses lois. Vous êtes de cette humeur; vous en serez de plus en plus, j'espère.
V^otre dévoué serviteur,
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