A. STEPHEN
G juin 1843.
La lettre de mon frère Stephen m'est parvenue, et mon frère me pardonnera d'avoir cherché à le connaître assez pour lui faire parvenir une réponse qu'il ne demandait pas. Puisque mon livre lui a plu, il recevra de bon cœur ce mot écrit de bon cœur dans l'intention d'achever s'il plaît à Dieu ce que le livre a commencé. Que mon frère, averti par des rechutes que je connais trop, prenne ses garanties contre luimême et contre le monde, qu'il ne se borne pas à de vains désirs, le premier vent et le premier sourire
I. Un jeune homme presque ramené à la religion par la lecture de Rome et Lorette avait, sous le pseudonyme Stephen, adressé à l'auteur du livre qui le remuait une lettre où il exposait l'état de son âme, ses aspirations et ses faiblesses. Mon frère, sans découvrir son nom, sut par qui la lettre lui était arrivée et y fit cette réponse.
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qui passent les emportent; qu'il aille tout de suite à la force des sacrements, qu'il choisisse un bon prêtre, et le premier venu s'il n'a pas le temps de choisir, et qu'il se confesse. Il n'y a à^ homme que le chrétien, et il n'y a de chrétien que\e pénitent. Dieu peut assiéger une âme, et l'embraser du désir de le connaître, mais il n'y entre pas tant que le péché y séjourne. Il faut que le péché sorte, vaincu non seulement par les larmes du repentir, mais surtout par la puissance de l'absolution. La religion n'est pas un système de philosophie composé d'axiomes et de raisonnements; elle est une chose réelle, et par ses sacrements elle agit, pour ainsi dire, physiquement sur l'âme, comme les remèdes sur le corps. Pour moi, je n'aurais jamais été pleinement convaincu, ou du moins je n'aurais jamais persévéré sans la pénitence et sans l'Eucharistie. Maintenant encore, que les vérités catholiques me sont mille fois prouvées, après qu'une pratique de cinq années a rempli mon cœur de miracles, et y a ressuscité des choses absolument mortes; croyant au ciel et à l'enfer autant qu'à mon existence même; aimant Dieu, détestant le péché; si j'abandonnais les sacrements l'espace de quelques mois, je me sentirais faiblir et je serais perdu, tant reste forte en nous la corruption originelle, et tant cette herbe vivace et grimpante, cent fois arrachée, a bientôt fait de renaître, de tout envahir, de tout étouffer ! Que mon frère donc ne balance pas à se confesser s'il ne Ta déjà fait ; et si, l'ayant fait, il reste dans le trouble, qu'il recommence et ne se décourage jamais : ce combat sera de toute la vie pour lui comme pour moi, mais il n'y
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recevra pas une blessure, il n^y fera pas un effort qui ne soit, pour lui comme pour moi, incomparablement plus doux que tous nos mauvais plaisirs passés. L'esclave s'enivre quand il peut dans ses chaînes d'un peu de lie qu'il parvient à dérober; l'homme libre combat, soullre, se prive, mais la noble joie de sa liberté le dédommage de tout.
Je souhaite à mon frère de sortir virilement de son esclavage en se soumettant à l'épreuve qui lui est indiquée, et de venir parmi nous, parmi les hommes, travailler à la conquête du royaume éternel où nous sommes appelés de Dieu. Il verra passer sans regret les joies qui sourient sur le chemin de la mort, et, détournant ses regards, il marchera vers l'éternité. ]1 fera du bien, il sera un flambeau parmi ses frères; au lieudeperdresa vieà la poursuite d'un misérable plaisir qui passe comme l'ombre et qui n'est plus lorsqu'on l'atteint, il embrassera les plus nobles devoirs que l'homme puisse accomplir; s'il est persécuté dans ses sens, il sera en paix dans son cœur.
Qu'il demande à la sainte Vierge les grâces dont il a besoin. Unai^e Maria^ s'il le dit avec foi, l'avancera plus que tous les livres du monde. Je prierai de mon côté pour lui et je prierai avec bonheur. J'irai le recommander aux prières de mes frères, et je le ferai «inscrire sur le registre de l'Archiconfrérie, afin que dans le monde entier, à Paris comme à Siam, on demande à la Reine des anges et au Refuse des pécheurs sa conversion et sa persévérance; de son côté qu'il ne m'oublie pas.
Que mon frère reçoive mes tendres adieux, et si
nous devons rester inconnus Tun à l'autre sur Ja lerre, puissions-nous nous embrasser, comme j'en ai l'espclance, dans la vraie patrie.
L'Auteur de Borne et Lorette,