I. Viilîige près de rérigueux
COR [lESPOND ANGE DE LOUIS VEUILT.OT. 9
même parfum^ même disposition des lieux; un attelage et une voiture qu'on pouvait croire à Dameron*, des mois français derrière moi^ devant moi des interjections de cocher qu'on pouvait prendre pour du patois!... Oh! mon pauvre enfant, je suis fou de vouloir te peindre une pareille sensation ; pour comprendre mon tableau, il faudrait le regarder comme je le vois, avec des lunettes que je ne te souhaite pas. Mais, vois-tu, les plus belles heures de ma vie, et dans cinquante ans je le dirais comme aujourd'hui, les plus belles heures de ma vie se sont passées sur cette route de Château- l'Evêque. J'y ai goûté d'un bonheur que je ne goûterai plus, dont je ne voudrais plus peut-être, mais que je regietterai éternellement. Je t'en prie^ va quelque soir, en mémoire de moi, te promener sur cette route; arrête-toi à l'endroit où elle commence à monter rapidement, entre un petit chemin qui file à droite dans la plaine et un ravin à gauche. Là l'odeur des arbres et des herbes est plus pénétrante : tu reconnaîtras bien la place; quand In y seras, tu penseras à moi, comme j'ai pensé à toi dans un lieu semblable^ et tu souhaiteras pour l'àme de ton pauvre frère un peu de paix, comme il te souliaite, mon enfant, d*échapper mieux que lui et plus vite à tous les pièges que nous tendent sans cesse le désir et l'illusion.
Mes idées, au surplus, n'ont pas été toutes en l'air, elles ont eu leur côté positif : c'est pour cela que je l'écris. J'ai songé à la position où lu te trouverais à