X. Il faisait ce voyage avec sa fillo Agnès
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et (lu reste de façon à ne pas me laisser le temps de faire un sonnet. Ce bon père a un frère prêtre et quatre sœurs religieuses. Il faut qu'il y ait eu autrefois dans celte famille de grands actes de vertu pour mériter une telle couronne. Note que, par sa mère, il descend de source protestante. Mais le bon Dieu a l)ien clarifié cette eau-là. Il m'a bien intéressé; sans lui j'aurais essayé de faire un sonnet pour rappeler Tancien temps^ quitte à ne pas te renvoyer si ta règle te défend ces lectures frivoles. Hélas! mon Lulu, comme d'une seule enjambée nous sommes arrivés loin du sonnet. Mais^ Dieu soit béni !
Nous avons demandé s'il y a eu une Visitation à Tours. Agnès s'en était informée avant moi. Nous aurions voulu prier dans l'église ou sur les ruines. On n'a pu nous le dire. Il est effrayant de voir la quantité de gens qui ne s'occupent de rien. Mais au !Mans nous trouverons des personnes instruites qui nous diront la chose.
Adieu ! mon enfant bien aimée et bénie et amère. Je t'assure que je suis très amoureusement soumis à la volonté du bon Dieu sur toi et sur moi. Rien ne m'a fait plus de peine et plus de joie que ta résolution. Je ne peux m'y habituer en aucun sens. La joie est dans mon âme et ne peut entrer dans mon cœur; la peine est dans mon cœur et ne peut troubler mon âme. Ces deux sentiments se confondent et chacun reste entier et distinct, et il me semble que je ne saurai et ne voudrai jamais perdre ni l'un ni l'autre. En vérité, mon enfant, j'ignorais à quel point tu m'es chère. C'est encore une joie ci une
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douleur de le sentir. Je suis content et désolé do tout ce que tu me fais donner au bon Dieu. Quand lu étais petite et que tu faisais à quelqu'un présent d'une épingle ou d'une paille, tu disais : « Je vous le donne, mais pas pour tout à fait! » J'en suis à peu près là. Je dirais bien au bon Dieu : pas pour tout à fait ! Cependant Dieu sait que c'est pour tout à fait, s'il le veut comme toi, et même de bon cœur.
Ton ancien père.
Du lieu quelconque de notre exil; lui jour
quelconque de notre fixislence terrestre.
Dieu soit béni!
A SOEUR MARIE-LUCE
Au Minihic en Rotheneuv, juin 1874.
Mous faisons un joli voyage, ma chère enfant. Si je ne savais que rien ne peut te faire regretter de n'être plus du monde, je n'oserais pas te parler de cette course où nous avons trouvé les vrais champs, la vraie mer, et le bon Dieu. ]*our nous, pauvres mondams^ nous regrettons bien que tu n'en sois pas. Tu aurais des étonnemenls, des ravissements et toutes sortes de surprises charmantes et charmées qui nous amuseraient. Car il est vrai qu'à travers tout cela, comme partout et toujours, voyageant poiu' nous
amuser, nous ne nous amusons pas assez. Nos joies ont des contre-parties qui rétablissent l'équilibre d'ennui au milieu duquel doit irrémédiablement se passer toute vie qui touche au monde. La nôtre, quoique nous fassions^ y louche par bien des points. INous en venons, nous y retournons : c'est assez pour qu'il nous importune et nous gâte au moins la moitié de nos bons plaisirs. Nous avons l'admirable spectacle des Petites-Sœurs, nous le contemplons comme nous contemplons l'admirable spectacle de la mer, errants sur un infranchissable rivage plein de sable et de vent. Nous avons beau aimer et admirer, nous ne sommes pas dans cet Océan grave, joyeux et salubre qui ne souffre rien d'impur et qui ne fait que la volonté de Dieu. Voilà la pointe qui déchire le cœur et que tu ne connais pas, mon heureuse fille, ou que bientôt tu ne connaîtras plus. Tu n'as pas besoin d'aller voir l'Océan, tu en es.
Une chose qui nous charme pleinement c'est le bien que la bonne Mère Conception nous dit des visitandines. Elle est ici, échouée, impotente et heureuse, parce que c'est la volonté de Dieu. Elle nous conte, avec un esprit délicieux, ses voyages en Amérique pleins de labeurs et d'aventures. Toutes les fois qu'elle a rencontré une Visitation ou une visitandine elle a eu à s'en louer. Charité, bonue grâce, bon esprit, tout y est, dit-elle. Elle en rapporte des traits délicieux. — Ah! vraiment, mon petit Monsieur! que ce cher monde du bon Dieu est donc beau ! Je vous assurons bin que c'est un grand bonheur de vivre là dedans.
Cette mère Conception qui parle avec celle simplicité son langage de Saint Servan est une grande, très grande religieuse et même une grande femme. Ï^Ue a fait douze fondations en Amérique, sans un sou, douze fondations très belles et très florissantes, et il y en aurait déjà douze autres si les sujets étaient assez nombreux. Elle est large, éloquente, fine, intérieure, d'une fermeté à toute épreuve. I^e Père Ernest Eelièvre (mon enfant) qui l'a accompagnée, nous raconte des traits qui sont dignes de la vie des saints.
Voici ledit Père Lelièvre qui vient me cbercher pour aller à Saint-Servan. Je termine brusquement. Je te verrai bientôt, s'il plaît à Dieu. Nous serons à Paris dans deux jours, mais j'avais besoin de t' embrasser et je t'ai écrit je ne sais quoi. Je suis heureux de loi, plus que d'aucune chose au monde, mon enfant. Tu es au port, tu ne serviras et n'aimeras que Dieu. Oh ! que lu fais bien.
Louis Veuillot.
A SOEUR MARIE-LUCE »
Paris, 3i juillet.
Sponsa; les halles sont aussi le jardin de votre époux. L'ange de grosse espèce que j'y ai envoyé avait mission de choisir pour les Reines ce qu'elles Irouve-