MA NIÈCE MARGUERITE VEUILLOT
Bonne petite fille de sept ans, un peu le'gère.
Au Tréport, 3i juillet 1868.
Ma nièce Marguerite,
Je regardais la mer. Elle était bleue au loin, verte plus près, blonde sur le bord, avec de grosses franges comme de l'argent. Il y avait un grand soleil qui la faisait briller, et elle chantait en dansant et en brillant. C'était très beau. Alors un oiseau est venu près de moi, et il me regardait tandis que je regardais la mer.
Je lui ai dit : Qui es-tu? — Je suis un oiseau du bon I. 20
Dieu qui vole sur la mer du bon Dieu. — Oiseau du bon Dieu volant sur la mer du bon Dieu, que veux-tu?
Alors il me dit : Il y a une petite fille qui aime bien le sucre d'orge et le chocolat^ mais qui n'aime point l'étude; la connais-tu? — Je crois la connaître. — Cette petite fille est dans un couvent à Paris; la conniis-tu? — Je la connais. — Cette petite fille n'est jamais la première de sa classe; la connais-tu? — Oui, oui, je la connais très bien.
— Eh bien, alors, reprit l'oiseau, il faut que cette petite fille commence à travailler, et à être sage, et à servir le bon Dieu. Son papa et sa maman vont l'amener auTréport; elle verra la mer, elle jouera sur les galets, elle sera baignée par Michel. Je vois qu'on aime bien cette petite fille-là. Il faut qu'elle ne soit pas ingrate; il faut qu'elle mérite de devenir la petite fille du bon Dieu et de la sainte Vierge.
Ainsi parla l'oiseau du bon Dieu qui vole sur la mer du bon Dieu. Et moi^ je dis à l'oiseau : — Que faut-il qu'elle fasse, la petite fille? car elle n'est pas méchante, mais c'est une tête légère tout à fait.
L'oiseau reprit : — Quand elle sera dans l'église du Tréport, elle dira : Mon Dieu^ accordez-moi la grâce ifétre votre petite fille et celle de la sainte Fierge, Si elle fait bien cette prière, tout ira bien ; et le bon Dieu donnera des ailes à son âme pour voler au ciel comme je vole sur la mer.
Alors l'oiseau du bon Dieu ouvrit ses ailes grandes et fortes, et il s'envola bien loin, bien loin sur la mer du bon Dieu.
Ma nièce Marguerite^ si tu connais cette petite
CORRESPONDA.NCE DE LOUIS VEUILLOT. 307
fille qui va venir au ïréport, dis-lui bien tout cela. Moi, je suis ton oncle, et je t'aime beaucoup.
Louis Veullot.