‹ Correspondance (volume 3)Chapitre 58 sur 133 · A. M"= M.IRGUERITE VEUILLOT, A L'ABBAYE-AUX-BOIS · texte numérisé non relu

A. M"= M.IRGUERITE VEUILLOT, A L'ABBAYE-AUX-BOIS

Arcachoii, i*^"^ janvier 1877.

Marguerite, ma nièce chérie, je vois ici toutes sortes de belles et bonnes choses qu'on ne trouve pas partout, à l'heure qu'il est: un beau soleil, des arbres verts, des buissons en fleur, une mer bleue et tranquille; il n'y a point de boue, il fait chaud. Il est positif néanmoins que tout cela me semble moins charmant que ton billet doré : le billet doré me témoigne que tu es très sage. C'est une belle et douce étrenne que tu me donnes là. Rien ne peut me faire plus de plaisir que la sagesse de la fille de mon frère. Continue de me donner cette joie, ma chère enfant. Sois la fleur et le soleil de ton père et de ta mère. Ils en remercieront Dieu, et Dieu te bénira. Tes papiers dorés deviendront une grande fortune; tu seras toute d'or comme les buissons de ma forêt, <[m fleurissent même en hiver. C'est cet or-là surtout qu'il faut avoir. Car l'or qui se met dans la j)oche, ne mérite pas qu'on s'en occupe : il se ternit vite, et très souvent il salit les doigts.

Adieu, ma chère Marguerite. Je suis heureux de

savoir que tu pries pour ma santé. Dieu t'exaucera certainement^ si tu as soin de lui offrir toujours Vov qu'il aime, For pur des humbles buissons. Je t'aime de tout mon cœur.

Louis Veuillot.

Je fais suivre ces lettres de famille d'autres lettres relatives à des faits intimes et douloureux de la vie de mon frère, et dont plusieurs ont déjà été publiées. J'aurais préféré les garder toutes pour la Vie de Louis Veuillot; mais quelques-unes étant connues, je me décide à étendre cette publicité, que plus tard je compléterai.

i M. L'ABDÉ DELOR.

29 novembre 1802.

Merci, mon bien cher ami. Je suis soumis à la volonté de Dieu, qui est juste et bonne, et qui n'a pas cessé de me paraître infiniment miséricordieuse.

Ma chère femme, quoique bien jeune, était mûre pour le ciel : une sainte vie a été couronnée par une sainte mort; moi, j'ai tout mérité, et ce coup de foudre est un coup de grâce ^ Du reste, notre Père qui est aux cieux me donne tous les adoucissements dont j'ai besoin. Mon frère est près de moi; ma sœur se dévoue pour élever mes cinq pauvres petites

I. Mme Louis Veuillot, née Matbilde Murcier, est morte à 29 ans, après huit ans de mariage.

orphelines^ et, par la grâce de celle qui n'est plus, je suis, non pas consolé, je ne puis ni ne veux l'être, mais fortifié. Il y a dans mon cœur autant de bénédictions que de larmes. Priez Dieu d'accroître mon courage et de me laisser ma douleur.

Je vous remercie de m'avoir envoyé votre sermon sur la mort : il est beau, et touchant, et vrai. Vivons pour mériter de bien mourir.

Tout à vous en N.-S.

Louis Veuillot.

décembre i852.

Mon cher ami,

Je vous remercie tendrement de votre bon souvenir. Vous valez mieux que moi, et vous profitez de mon affliction pour m ôter un remords. Un parfum de réconciliation s'élève de ce tombeau si pur.

Ma douleur est immense comme mon malheur, mais Dieu ne m'abandonne pas. 11 me remplit de force, il m'entoure de secours bénis. J'ai mon frère et ma sœur; ils viennent demeurer avec moi. Ma sœur se jette tout entière dans ma pauvreté et dans mes soucis; elle vient élever ces cinq petites filles qui ont perdu leur mère, et dont l'aînée n'a pas sept

I, Celte lettre a été publiée par le Courrier du Bruxelles,

ans. Voilà tout ce que je puis vous dire aujourd'hui.

Lorsque ma chère femme a su qu'elle allait mourir, elle a levé au ciel ses yeux qui n'avaient regardé sur la terre que son mari^ ses enfants et les saints autels, et elle a dit doucement : Que la i^olonlé de Dieu soit faite ^ C'est le trésor qu'elle me laisse. Priez pour que ce trésor ne se dissipe pas entre mes mains, et que j'en achète un jour la bienheureuse éternité.

Je vous embrasse.

Louis Veuillot.

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