‹ Correspondance (volume 3)Chapitre 8 sur 133 · I. Il · texte numérisé non relu

I. Il

drait que tu fusses là : aussi je crois bien que je t'attendrai.

Adieu, bon frère. Courage! travaille, prie si tu le peux. Eteins tes dettes le plus que tu pourras^ et songe que les miennes nous attendent.

Ton ami dévoé.

Rentré à Paris, mon frère se mit résolument à œuvre pour se créer une vie nouvelle. Avant son voyage, des ouvertures lui avaient été faites du côté du Journal des Débats et des offres très larges de la part du Constitutionnel. Ouvertures et offres furent renouvelées en vain: il ne voulut écrire dans aucun journal. 11 commença aussitôt les Pèlerinages de Suisse^ et entra dans l'administration comme sous-chef de bureau au ministère de l'intérieur, section ou division des établissements de bienfaisance. Le ministre, non content de cette faveur, lui promit un promp avancement et un poste plus agréable.

Je n'ai pu retrouver encore, dans l'amas de mes papiers, les lettres que mon frère m'écrivit alors. J'ai dû en donner deux ou trois relativement insignifiantes, comme autographes; j'ai pu en perdre, on a pu m'en j)rendre, mais je dois en avoir conservé, et je ne désespère pas de mettre un jour la main dessus. Dans tous les cas, je déclare ici que si des lettres de mon frère à moi adressées sont en des mains étrangères, elles y sont indûment.

Pour rendre plus claire la corresj)ondance de mon frère, il faut que je parle encore de moi. Je le ferai le plus brièvement possible.

A ma rentrée à Paris, vers la fin de l'année 1838, je fus attaché à la correspondance qui se faisait au ministère de l'intérieur pour les journaux conservateurs. Je demeurai un an environ avec Louis, mais nous dûmes nous séparer de nouveau. Ma besogne au bureau de la presse me déplaisait, et nos ])rojets de travaux en commun n'étaient pas réalisables. D'une part, je reconnaissais que Louis devait travailler seul ; d'autre part, ne m'étant pas encore rendu à ses idées, à ses appels, à ses exemples, je ne pouvais lui donner un utile concours. Peut-être aussi sa vie nouvelle et ses nouvelles

relations, qui nécessairement étaient les miennes, me paraissaientelles trop sérieuses. Je retournai en province. C'est à Lille que je reçus les lettres suivantes. Elles sont un peu ma confession et ne me font pas précisément honneur; mais le cœur du frère et la foi du chrétien y parlent avec un tel amour et une telle force, que je n'hésite pas à les donner.

A M. EUGÈNE VEUILLOT

Février 1840*.

Mon frère, je viens de lire ta lettre et de prier pour toi, pour nous, dois-je dire, car ta conversion nous bénirait tous^ moi et nos sœurs, et notre pauvre mère comme toi-même. Tu as des joueurs pour amis. Je n^ai plus rien à te dire contre le jeu. Si tu tombes dans cet abîme, tu n'en trouveras pas moins en moi le cœur d'un frère: il n*y aura, de ma part, que des larmes et des prières de plus ; de la tienne, que des regrets. Mais seulement, vois, cher enfant, ce que valent nos résolutions. Crois-moi, il faut mettre notre vertu sous la garde de Dieu : elle n'est pas en nousmême, elle est en lui, et toute vertu que nous ne tenons pas de lui, ne venant que de notre orgueil, il n'y met pas de satisfaction véritable et n'en fait que le triste jouet de nos passions. Va te confesser; quand lu y seras allé une fois, il ne te coûtera pas d'y retourner toujours, et ce sera une grande joie, au

I. Celte lettre est sans date; mais son contenu indique qu'elle a été écrite en février 1840,

ciel et sur la terre^ dans les cœurs de tous ceux qui t'aiment et dans le tien. Mon Dieu, cher frère, si je pouvais^ un jour, porter cette nouvelle aux Oiseaux^ l'écrire à nos sœurs^ la donner au Père Varin, que d'ardentes actions de grâces s'élèveraient vers le Tout-Puissant ! Je suis sûr que le Père Varin et l'abbé prient pour toi comme moi-même et nos sœurs*. Le Père Varin surtout ne me voit jamais sans me demander où tu en es. Hélas! je baisse la tête et je réponds: Rien. Alors il me dit : Espérez et prions. La confession mettra le calme dans ton âme. Tu feras bien encore parfois les rêves ridicules que tu me confies si spirituellement ; moi-même j'y suis soumis : l'âge et la prière ne m'en ont pas débarrassé. Mais qu'est cela ? Ces légères bourrasques ne font pas perdre la route. Ce qui égare^ ce qui perd^ c'est la passion; et par la prière, qui obtient la grâce de Dieu, par la communion, qui donne la force de Dieu, la passion est vaincue. Tu te trouveras heureux même de ce qui te fait souffrir ; tu auras une vérité où te réfugier des doutes de ce triste monde, un asile où te sauver de toi-même, et en priant pour tes sœurs et pour ton frère, tu les aideras , comme eux-mêmes par leurs prières t'aideront.

N'attends pas de nouveaux dangers, préviens-les, et ne doute pas de ta force, car tu ne sais pas toute la force qui est donnée à l'homme pour marcher dans la voie de Dieu. J'étais plus mauvais que toi, tu peux

I. M. Olanior, aumônier des Oiseaux. Le Père Varin, jésuite. Nos sœurs étaient alors à Corbeil, au couvent de la Quarantaine, succursale des Oiseaux.

m'en croire ; mes désirs coupables étaient plus impétueux que les liens^ parce qu'ils étaient plus opposés au bien; ils vivent encore et ne mourront qu'avec moi^ mais je les domine et je suis calme en leur livrant bataille, tandis que j'étais troublé quand je leur cédais toujours. INon: tu ne sais pas^ et nul ne le sait s'il n'est cbrétien, ce que Dieu peut faire d'un liomme et toutes les belles récoltes qu'il peut tirer du champ le plus aride. Aide-nous, mon frère^ soyons doublement frères par le sang et par la foi. Depuis longtemps je n'osais plus rien te dire, je me contentais de prier: je vois bien, et j'en bénis Dieu, que mes prières n'ont pas été entièrement perdues; mais il faut que tu viennes à notre secours pour te sauver. Te sauver, entends-tu? Hélas ! que ce mot est terrible quand c'est un frère qui le dit à un frère ! Si tu savais que d'inquiétudes m'ont poursuivi, m'ont rongé le cœur toutes les fois que je me suis demandé si j'avais bien fait tout ce qu'il fallait faire pour te ramener^ si j'avais été assez vigilant sur moi-même, sije m'étaisassez appliqué à te donner de bons exemples, ou tout au moins à ne pas t'en donner de mauvais! Et en ce moment encore, combien je tremble, si tu ne reviens pas, que Dieu ne me dise comme à Gain : Qu'as-tu fait de ton frère ? — Et puis, je songe à toi, à notre pauvre père, dont l'âme a peut-être besoin de nos sacrifices, et quiattend que lu te souviennes de la promesse que tu fis, il y a près d'un an, à son lit de mort. Cher frère, le 15 mars prochain, Dieu ne nous verra-t-il pas tous réunis aux pieds de ses autels, le prier pour notre père et pour nous? Le i5 mars prochain sera aussi,

5'à CORRESPONDANCE DE LOUIS VEUILLOT.

à peu de jours près, l'anniversaire de ma conversion. Que de motifs pour décider ton cœur! Adieu. Que le Seigneur t'ëclaire, mon pauvre enfant, qu'il t'inspire et te conduise ! Je t'écrirai bientôt quelques autres réflexions au sujet de ta lettre et de notre commun avenir, mais cela peut se remettre. Pour aujourd'hui, je ne veux te parler que delà seule chose nécessaire, et j'ai hâte de te quitter afin de m'occuper encore de toi devant Dieu. Recommande-toi à la sainte Yierge; et, si tu nesaispas de prières, dis seulement: O Marie conçue sans péché, priez pour nous, qui avons recours à vous.

Adieu, mon frère.

Louis Veuillot.

A M. EUGÈNE VEUILLOT

(Sans date, mais du mois de mars 1840 probablement.)

Décidément, je vais changer de domicile. J'ai loué, rue de Grenelle, numéro 85, dans le sombre hôtel du duc d'Avaray, une chambre, une seule, et presque à l'entresol (est-ce bien moi?), mais suffisamment grande, propre, et qui ne demande que deux cents francs par an. Je serai tout près du ministère, ce qui a son prix dans la mauvaise saison, et j'économiserai le bois et Thuile, en allant travailler le soir au bureau. J'ai profité aussi de quelques écus qui se sont trouvés inopinément dans ma poche pour

prendre des cachets chez Cuvig ! non^ je ne

puis achever \

Depuis huit jours, la lettre ci-jointe traîne dans ma poche. Elle était à Bercy, et, ne sachant qui pouvait t'ëcrire, j'ai commis l'horrible indiscrétion de la décacheter.

Nos sœurs pensent qu'en effet tu mets mal leur adresse; la voici : A Corbeil (Seine-et-Oise), à la Quarantaine, maison de Saint-Joseph. Elles sont encore pour deux ou trois jours à Paris. Hier on a eu la bonté de me faire diner avec elles. Plus je vais, [)lus je suis confondu de l'admirable bonté qui règne dans cette sainte maison. Le monde n'a rien de pareil, et je dois éternellement bénir Dieu de m'y avoir conduit.

Il paraît qu'on vend la contrefaçon des Pèlerinages à Bruxelles. Tâche donc de t'en procurer un exemplaire : je voudrais bien voir la figure que ça a.

Féburler te fait mille compliments. Il te prie de t'occnper de la chose dont il t'a parlé, à savoir comment les sociétés de patronage pour les jeunes ouvriers s'y prennent pour les amnser] pieusement le dimanche. Nous avons grand besoin de ces renseignements.

« Quoi plus'?... » Ah! .M. de Najac se recom-

I. Cuvigny , petit restaurateur à prix fixe, rue Saint-Dominique. Le dîner était à 22 sous ; en prenant des cachets, on ne payait que un franc et ron avait une serviette. La cuisine était détestable et la maison bien fréquentée : beaucoup d'employés des ministères, des hommes de lettres et des artistes. On y a>ait facilement du maigre le vendredi et le samedi.

Locution trèsusitée en Périgord.

mande à tes souvenirs. On ne sait pas ce que Toussenel est devenu. Je vois toujours Durangel, et il est toujours fort bon pour moi \

Adieu, frère. Écris-moi un peu plus souvent.

A M. EUGÈNE VEUILLOT

Paris {sans date).

Waiment^ cher Eugène^ tu as du talent pour la critique. L'auteur des Pèlerinages trouve que tu as juge son livre avec une impartialité charmante: il te fait des remerciements très humbles; et moi ton frère, moi public, je te fais mes compliments. Ton article est très gentiment et très facilement tourné. Il y a progrès dans ton style, et à ton âge je ne faisais cer tainement pas mieux. « On se soucie peu d'apprendre une vérité, et l'on tient à n'avoir pas la migraine » * c'est un trait fort joli. Pourtant je te conseille de braver la migraine quand l'occasion d'apprendre une vérité se présentera devant toi.

Je te remercie d'avance des cinquante francs ; je suis peiné de te gruger ainsi, mais vraiment les cinquante francs viendront à propos. Les petites ne laissent pas que de me coûter, bien qu'on les fournisse à peu près de tout au couvent^ avec une bonté qui

I. M. Durangel, après avoir appartenu à la presse ministérielle de province, où il s'était fait remarquer, avait obtenu un emploi au ministère de l'intérieur

n'a vraiment pas d'égale; mais il faut encore une foule de broutilles, et, maman n'aimant pas à y contribuer, je n'aime pas à lui en parler.

Je veux bien être de la Société de Lille, surtout si cela ne coûte pas trop cher, et je suis fort flatté de la proposition qu'on t'adresse pour moi. Remerciesen ceux qui t'ont parlé, et dis-moi ce qu'il faut faire.

A M. EUGÈNE VEUILLOT

Août 1840.

]Mon cher enfant, j'ai prié Dieu pour toi de bien bon cœur, et je ne suis pas seul à prier. Mais parmi tant de voix qui vont demander grâce pour toi, aux pieds de ton Dieu et de ton père, la tienne manquera-t-elle toujours? Implorons Dieu dans nos nécessités : il n'y a que lui qui puisse nous tirer de peine. S'il ne juge pas à propos de nous accorder les faveurs que nous demandons, il en est toujours une qu'il ne refuse jamais : c'est le courage dans la mauvaise fortune, la résignation qui rend l'adversité elle-même préférable au bonheur. L'Eglise nous enseigne que celui qui souffre pour l'amour de Dieu et avec l'amour de Dieu, se rapproche de Dieu même. Est-il, après cela, faveur préférable à la souffrance? et les travaux de l'homme, quoi qu'il fasse, peuvent-ils atteindre un plus haut prix? Je ne te conseille pas, toutefois, de te borner à lever les mains au ciel. Conduis-

loi selon les inspirations de la sagesse humaine, tente tous les efforts honnêtement possibles pour sortir d'embarras. N'y épargne ni les soins^ ni la vigilance, ni la persévérance. Mais quand tu auras fait ce que tu dois^ dis : Advienne ce que Dieu voudra. Prends confiance.

Je n'ai pas besoin de te dire^ cher ami, qu'en tout cas nous ne te laisserons pas plier tout seul sous ce fardeau^ J'en ai parlé à l'abbé: je suis bien sur qu'il viendra à ton secours; et moi-même, j'aurai le bonheur de t'offrir mon aide fraternelle, car dans un an je n'aurai plus de dettes : nous pourrons alors partager mon superflu. Sais-tu qu'à la fin de ce mois-ci je ne devrai plus que trois cents francs à mes tailleurs, cent cinquante à Dupré, et que les mille francs de Gustave seront avant la fin de l'année acquittés par la livraison de Pierre Saint'we? Ce n'est pas tout. Je refais 7?o/72^ moderne'^, et j'en tirerai certainement quelque chose. J'aurai l'approbation de deux évêques. Rien qu'aux Oiseaux, l'on en vendra beaucoup, beaucoup. Espère donc^ mon ami : l'avenir n'est pas si mauvais.

Lorsque, dans ma dernière lettre, je te promettais des événements, je comptais presque t'annoncer ma sortie du ministère. Je croyais avoir à me plaindre de Mallac, et je me sentais fatigué d'habiter le cul-de-sac

1. Je devais quelques centaines de francs et, comme je voulais rentrer à Paris, cela me gênait fort.

2. Sous ce titre : Rome moderne^ Louis avait publié une assez longue élude dans le Dictionnaire de la conversation. Cette étude a été rci)roduite en appendice de Rome et Lorcttc.

COnRESPONDANCE DE LOUIS VEUILLOT. 59

du cabinet^ Mais Mallac m'a promis de nouveau un avancement prochain; il m'a autorisé à ne venir qu'à midi; à partir^ si je veux, à trois heures; il m'a dit enfin que je pourrais faire, à mon gré, d'ici à peu, dans le Moniteur parisien, où l'on veut introduire de la littérature, des feuilletons qui me seraient payés cinquante francs. J'ai cédé. Je consens à attendre encore un peu. M. de Marcillac, toujours parfaitement obligeant^ m'y a aussi fortement engagé, me promettant de remuer ciel et terre à la session prochaine pour me mieux placer; et, s'il le veut, il y parviendra.

J'ai pris un congé, dont je vais aller jouir pendant quinze ou vingt jours à partir du 1" septembre, à Aubigny (Cher), chez un nouvel ami, membre récent de rinslitut catholique^ très savant auteur d'une Histoire des Jésuites^ dont le premier volume, prêt à paraître, et que j'ai lu, démolit à coups de pied Thierry, Michelet, Chateaubriand, etc. Ce qui m'en plaît, c'est que j'avais parfaitement deviné tous les mensonges de l'histoire, et que ce fruit de dix années de piochage aux sources primitives démontre clairement, au point de vue historique, l'exactitude des conséquences que j'avais tirées. Ce brave garçon se

1. Éloî Mallac, que la révolution de 1848 trouva préfet, était alors cliefdu cabinet du ministre de l'intérieur. Homme charmant, très loyal, très dévoué et des plus distraits, il faisait volontiers des promesses, voulait toujours les tenir, et parfois les oubliait.

Mon frère avait été détaché de son bureau pour être attaché au cabinet.

Cî. Société libre, qui devait, sur un plan nouveau, continuer l'ancienne Société des Bonnes Eludes.

nomme Leclère; il sera le plus précieux, et le plus savant, et le plus actif des rédacteurs du journal que nous finirons par fonder. Nous nous sommes joints comme deux frères. Mêmes sentiments, mêmes désirs^ mêmes convictions. Je suis jusqu'à présent meilleur écrivain, mais il est terriblement meilleur raisonneur et très terriblement plus savant.

Voici la brochure des Oiseaux'. Si tu en veux encore un exemplaire, je te l'enverrai. Je te recommande pourtant d'en être excessivement sobre : cela ne doit pas paraître un prospectus. Sois aussi très réservé sur les prospectus de l'Institut catholique : on n'est de l'Institut catholique qu'après avoir communié.

Que je te réponde enfin au sujet de ton petit livre. Eh bien ! notre éditeur est tellement à sec, que j'ai eu la charité de ne pas lui en parler. Cette grande débine est le secret de tous les beaux systèmes qu'il invente pour ne pas faire annoncer mon livre. Nécessité est mère d'industrie.

L'abbé a été malade, il va mieux. Le 27, il partira pour Toulouse; le 25, Lafon part; dimanche prochain, Gustave part; Féburier est parti. Le père Yarin luimême doit s'absenter. Je me serais trouvé à Paris bien malheureux et bien seul, si Dieu n'avait permis que je pusse aussi aller respirer un peu d'air pur à Aubigny.

I. Cette brochure sur le couvent, et particulièrement sur la chapelle des Oiseaux, n'était pas destinée au public. C'e'tait la reproduction du premier article que mon frère publia dans r Univers, sans avoir encore aucune attache avec ce journal. Il ne l'avait pas signé.

Toussenel est allé à Belley pour déposer en faveur de son ami Peytel, injustement retenu dans les cachots^ sous le misérable prétexte qu'il aurait assassiné son domestique et sa femme \ Après avoir payé sa dette à l'amitié, notre brave phalanstérien prétend qu'il prendra le gouvernement de la ferme de Citeaux. J'ai bien peur, au contraire, qu'il ne revienne battre misérablement le pavé. Je n'espère presque plus rien de Toussenel : il se perd^ et c'est dommage, en vérité.

Adieu, mon cher enfant. Bon courage et écris-moi.

LoL'is Veuillot.

Balzac annonce à ses amis qu'il est le dernier gentilhomme et le dernier catholique !

Les deux lettres suivantes sont adressées à M. l'abbé Morisseau, aumônier à Tours et chanoine honoraire. Elles font partie d'une correspondance qui dura plus de vingt ans. M. Léon Aubineau les a publiées, avec d'autres, que nous reproduirons aussi, dans la Revue du Monde catholique. W a en même temps donné de ce prêtre zélé, naïf, aimable et affectueux, un portrait dont nous extrayons les lignes suivantes :

« L'abbé Morisseau avait un goût très vif et très délicat de la littérature. La lecture des Pèlerinages de Suisse fut pour lui une fêle dont il se sentit enthousiasmé et ravi. Son ame sacerdotale comprit, goûta, aima le cœur et le zèle du jeune écrivain catholique. Il relut le livre à diverses reprises, pleura sur ces pages pénétrantes, en savoura la piété, crut en aimer davantage les saints, l'Eglise, Dieu lui-même, et, touché de reconnaissance et de tendresse pour le jeune auteur, ne put s'empêcher de lui écrire. Nous ne savons ce qu'était sa lettre; mais elle fut telle que

I, Ce Peytel était notaire. Il fut condamné à mort. Son procès fit grand bruit. Balzac prit sa défense par une brochure dont on parla beaucoup, mais qui n'eut pas de succès près du jury.

Veuillot y répondit bien vite. La correspondance, noue'e de la sorte, ne se rompit plus : elle se continua jusqu'à la mort du cher et bon abbé Morisseau, en 1882. Les deux amis avaient appris à se connaître, et ils s'écrivaient depuis plusieurs années, lorsqu'il leur fut enlin donné de se voir, »

A M. L'ABBÉ MORISSEAU.

5 septembre (i84o).

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