MOISSIETJR ET CHER AMI
J'ai manqué ce matin d'une minute la visite de M. C. F***, et je ne sais si je pourrai le voir. Je crois que le bon Dieu veut que, sans intermédiaire et sans que nous puissions nous reconnaître autrement que par le cœur^ nous nous trouvions dans les bras l'un de l'autre un beau jour. Sera-ce dans le ciel? sera-ce ici-bas? Je voudrais que ce fût ici-bas et au ciel. Si le gouvernement voulait me faire cadeau de deux semaines de congé, j'irais vous voir. J'en ai un désir extrême. J'ai passé deux ou trois fois à Tours, sans m'imaginer que mon cœur dût y être un jour si vivement attiré.
J'ai maintenant auprès de moi mes sœurs, et j'admire, dans la joie d'une reconnaissance inexprimable, combien Dieu les a changées. Il a redressé ces petites ronces stériles ; il en a fait des arbres qui donneront, tout le fait espérer, de bons fruits. Je vous remercie de l'intérêt que vous portez à ces enfants. Elles sont vos nièces, en cfl'et, puisqu'elles sont
mes filles, et mon cœur attache au vôtre toute ma parenté. Priez pour elles, priez aussi pour un pauvre jeune frère, qui est loin de moi^ et que Dieu n'a pas encore touché. Je ne crains pas, vous le vovez, d'user de votre affection; je veux l'attirer et la répandre : je ne croirais pas la mériter assez si je ne lui demandais pas tout ce qu'elle peut donner.
Je vous envoie le Rosaire^, Puissiez-vous trouver a le lire la moitié du plaisir que j'ai pris à le composer! Je l'ai écrit en invoquant la sainte Vierge; je Tai commencé le premier jour du mois de Marie^ et je l'ai fini le dernier. Il n'est point de travail auquel j'attache de plus doux souvenirs. Vous apprendrez à m'y connaître, car vous verrez aisément, par les conseils que j'y donne, toutes mes faiblesses et tous mes besoins.
J'avais cessé d'écrire dans [Unn^ers; les circonstances qui ont motivé cette interruption n'existant plus, je reprends ma collaboration à cette feuille, dont j'aime l'esprit^ dont je connais et dont je res~ pecte les bonnes intentions. Tous ceux qui la rédigent sont mes amis, gens honnêtes, gens désintéressés, presque tous jeunes et pauvres comme moi, qui font cette œuvre pour rien et avec tant de conviction, qu'ils ne regrettent qu'une chose, de n'avoir point d'argent à donner en même temps qu'ils donnent leur travail.
Aidez-nous, Monsieur et très cher ami. Sovez notre
I. Le Saint Rosaire médité. Mon frère venait de publier ce pelit livjc de prières.
ek CORRESPONDANCE DE LOUIS VEUILLOT.
correspondant. Unissons- nous là encore, comme nous nous unissons dans nos prières.
Puisque vous aimez à lire ce que je fais, l'article intitulé DUi/i Manifeste lUtéraire^ , à propos de la /t^t'i/^ publiée par M. dcFialzac, votre compatriote, est de ma façon. Vous l'aurez trouvé sans doute un peu brutal : il est bien difficile de se retenir sur de pareils sujets, et les amis sages ne lisent les articles de journaux que quand il n'est plus temps d'y rien corriger.
Adieu, Monsieur et très cher ami. Ne m'oubliez toujours pas, ni les miens, près du bon Dieu.
Je vous embrasse en Notre-Seigneur.
A M. L'ADliÉ MORISSEAU.
lo décembre (1840).
MOi\SIEUR ET TRÈS CHER AMI,
Vous m'avez dit, dans une de vos excellentes lettres, que vous alliez souvent à Mettiay, et que vous connaissiez particulièrement le bon prêtre qui a la direction spirituelle de cet établissement. Permettez-moi donc de solliciter par vous tous les efïbrts de son zèle en faveur d'un malheureux enfant, que M. Demetz a bien voulu prendre à ma considération, et qui ne paraît pas répondre pleinement à la faveur dont il a été l'objet. C'est le petit B..., l'aîné d'une famille nombreuse, réduite au dernier dénuement, qui mourrait de faim sans la charité de ma mère, et que le ren-