‹ Correspondance (volume 3)Chapitre 86 sur 133 · I. Cette lettre dans le Clairon s'arrêtait ici · texte numérisé non relu

I. Cette lettre dans le Clairon s'arrêtait ici

1. M. de Villemessant ne devint pas actionnaire de V Univers. 11 se déclara prêt à verser les fonds; mais Louis Veuillot, après réflexion, ne se pressa point de les faire prendre, et décida ensuite qu'il ne les prendrait pas.

Le jeune écrivain que mon frère recommandait à M. de Villemessant, s'est fait depuis lors, par son talent, sa tenue et sa droiture, une place distinguée dans la presse.

CORRESPONDANCE DE LOUIS VEUILLOT. Sf?

A M. DK VILLEMESSA^T '

i8 octobre 18GS.

Vous vous méprenez un peu, Monsieur, sur la portée de la lettre que je vous écrivis le 28 mars j 867, il n'y a pas loin de deux ans. Ce que je pensais alors du Figaro s'y trouve assez exprimé pour la circonstance^ et ne diffère pas tant de ce que j'en pense aujourd'hui. Dans le genre que vous exploitez, avec un succès que j'ai toujours reconnu, le Figaro de 1867 était à peu près ce que je trouvais de moins mauvais; il est devenu à peu près ce qu'il y a de pire. Mes sentiments ont suivi son progrès^ et vous en avez eu la note. Ils étaient nés, ils se sont fortifiés, ils ont rapidement atteint toute leur croissance; mais cela ne fait pas ce que l'on peut appeler un changement.

Vous donnez à mon opinion actuelle sur vous personnellement une interprétation que je récuse. Je n'ai point écrit que vous fussiez un « idiot qui ne sait pas rédiger un journal et que ses rédacteurs mènent par le nez ». Ces expressions sont pwrement de vous, et traduisent imparfaitement mes observations sur le rôle que vous jouez dans la presse.

I. En 1868, M. de Villemessant, ayant été repris par CUnlvcrs au sujet du Figaro^ publia la lettre qui précède, afin d'établir, disait-il, que M. Louis Veuillot avait autrefois pensé quelque bien de lui. Cette réponse lui fut adressé par la voie de P Univers.

Je VOUS trouve, au contraire, fort entendu, — en matière de Figaro,

J'ai pu croire que vos rédacteurs violentaient les sentiments catholiques et monarchiques dont vous vous dites orné en dedans. La première visite dont vous m'avez favorisé (visite que je vous dois), m'était faite à dessein d'obtenir quelque bout de recommandation pour je ne sais quel grand journal qui devait être imprimé sur calicot, et dont la mère pourrait permettre la lecture à sa fdle. Je lâchai la recommandation, aussi chiche que possible, mais avec une certaine confiance au bon fonds que vous m'aviez fait entrevoir. Nous autres Orgons, nous y sommes toujours pris. Je suis désabusé.

Vous avez demandé une action de Y Univers; on vous Ta donnée. Je vous ai témoigné le désir de la reprendre; vous avez bien voulu la rendre. Ce sont d'excellents procédés; mais, si vous en concluez que je vous souscrirais, moi, des actions à quelque nouveau journal sur calicot, à un Figaro des familles^ non, je ne le ferais pas.

Je viens au jeune garçon que je vous ai recommandé « si chaleureusement ». Vous le maltraitez fort. Il a trempé, dites-vous, dans l' Inflexible^, Je ne l'avais pas envoyé là, et je conçois votre colère. Cependant, il faut vous avouer que ce serpent mal réchauffé ne me paraît pas avoir tant descendu. Je n'ai point approuvé l* Inflexible, j'ai même applaudi à son châtiment ^ Je crois avoir le droit de blâmer les excès

1. Une feuille boulevardière qui attaquait violemment les figaristes,

2. Un franc d'amende, si nos souvenirs ne nous trompent [las.

qu'il a commis envers vous, comme je blâme ceux que vous avez commis envers lui, et qui ont également reçu une punition équitable. Mais enfin, je vous trouve bien prude au sujet des rédacteurs de /'//zflexiblej quels qu'ils soient. Ce qu'ils ont fait contre vous, vous le faites avec plus de prudence et beaucoup plus de profit contre la religion, contre la société et contre tout le monde. En matière de presse, vous ne pouvez vous plaindre d'aucune liberté ni d'aucun abus.

Je ne terminerai pas sans vous donner un avis opportun et conciliant. Vous vous aventurez en me prêtant vos mots. Je désire que vous ne continuiez pas. Votre esprit est bon pour vous; si vous le placez sous mon nom, cela devient diffamatoire. Je me plaindrais, et vous attraperiez un chevron de plus, dont vous n'avez pas besoin.

Vivez heureux ^

LouTS Veuillot.

I, M. de Villemessant ne sut pas se le tenir pour dit; il répliqua que si M. Louis Veuillot lui devait encore ses visites, il lui devait en revanche, lui, Villemessant, des réponses à plusieurs lettres.

« M. de Villemessant », dit Louis Veuillot, « ne me doit rien du tout, sauf un peu de reconnaissance pour la confiance que je lui ai montrée au sujet de son journal sur calicot. Quant à mes lettres, elles ne demandaient pas de réponse : c'est pourquoi il en a reçu plus d'une. Je n'ai jamais ignoré que le talent de M. de Villemessant est de faire des courses, et non pas des lettres. »

CLXXIIÏ

A M. NOËL LE MIREV

Paris, mai 1867.

Cher jMo.nsieur,

Yoilà bien huit ou dix jours que je veux vous écrire^ et que j'en suis empêché par la muUitude des affaires. D'ailleurs, je vous croyais enfin servi. J'apprends que vous ne 1 êtes pas. Je ne puis que vous demander de nous pardonner^ faute de teiTips pour vous faire ia lon2:iie histoire de nos malheurs. Nous sommes toml3és dans les mains de la trahison, et, ce qui est pire^ dans celles de fineptie. Depuis les premiers numéros du journal, les réclamations ont commencé d'arriver tous les jours par centaines et de plus en plus irritées. Il a fallu du temps pour trouver la source du mal. Lorsque nous l'avons enfin découverte, il a fallu du temps pour la corriger; lorsque nous pensions l'avoir corrigée^ les réclamations ont continué. Une auti'c source s'est révélée. Par paresse, j)ar bêtise^ par méchanceté pure même^ nos employés ne faisaient pas ce qu'il fallait^ ce qu'on leur indiquait. Que vous dirai-je? Le Saint-Père et nos amis et patrons de Rome n'ont été servis qu'au bout de vingt jours.

D'autres, comme vous, recevaient un exemplaire de temps en temps. Enfin le désordre a été tel^ qu'il a

I. Cette lettre a été publiée par la Décentralisation. M. Noël Le Mire. tionnaire et abonné de / mauvais service du journal.

actionnaire et abonné de fUnuers^ avait signalé à Louis \ euillot le

fiillii refaire plus de la moitié du travail;, d'ailleurs -assez compliqué^ qu'exige la mise à la poste d'un journal, et qu'il faudra mettre dehors a peu près toute l'administration; mais on ne peut s'en payer le plaisir tout d'un coup, cette cuisine étant, hélas! de celles qu'on ne pourrait absolument faire soi-même. Kt, pour dernier trait, un gredin qui a été l'une des principales causes du mal et que nous avions tous les droits d'envoyer en police correctionnelle, ayant été expulsé sans avis préalable, nous a fait condamner à hii payer une indemnité.

Après cela, il est certain que j'aurais dû vous écrire : c'était un devoir particulier dans ce désastre. Je l'ai voulu faire. Mais il y a aussi le journal îi faire tous les jours. Nous n'avons pas encore ces utiles cartons remplis d'en-cas, et le tonneau des Danaïdes est toujours défoncé. On remet, on remet, on oublie. J'en ai un regret des plus vifs. Vous, l'un des premiers parmi les Lyonnais, qui furent les premiers de tous! Il faut, cher ^Monsieur, que vous me pardonniez, car je ne me pardonnerais pas! Quand j'aurai l'honneur de vous voir, ce qui sera peut-être bientôt, je vous raconterai notre douloureuse histoire, et non seulement vous me pardonnerez, mais vous me plaindrez. Je compte aller à Rome pour faire la correspondance au moment des fêtes.

Croyez-moi, cher Monsieur, votre très dévoué et obligé serviteur,

1^0 LIS Veuillot.

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