A M. L'ABBÉ V. GUERBER, CURÉ DE HAGUENAU
Janvier 18G0
Monsieur le curé^
Je vous remercie en toute hâte^, mais de tout mon cœur. Votre excellent petit traité de pédagogie appliquée est venu à propos et a fait merveille. La preuve en est dans les injures par lesquelles on nous répond. Je connais ce signe ! La vérité n'en fera pas moins son chemin^ et nous devra de se maintenir, sur ce chapitre^ encore quelque temps dans quelques maisons. Ah! s'il y avait le peu d'hommes de cœur qu'il faudrait pour parler franc, comme les principes se raffermiraient vite, et le reste avec eux ! Mais on i^eut péru\ et ce mal est sans remède immédiat. Il faut aller au fond; et cette civilisation^ qui ne veut pas toucher le fond des culottes, touchera le fond de l'abîme. De ceux qui surnageront^ la plupart se sauveront par le bâton et la a erge qui les auront frappés. Ipsa me consolata sunt.
Pour moi, Monsieur le curé, je le dirais bien,
i. Voici la note jointe à cette lettre par M. Tabbë Guerber : « A l'occasion d'une discussion sur l'opportunité de faire entrer dans l'éducation des collèges les corrections corporelles, on attaqua Louis Veuiliot, défenseur de la tlièse, avec la virulence et la perfidie bien connues dans les rangs des adversaires.
« Ancien professeur de pédagogie au grand séminaire de Strasbourg, j'envoyai à CUnitfers un article sur la matière, article qui déplut si ])eu au champion de la vérité, qu'il crut devoir m'en remercier très chaudement, tt
dans un sens différent^ du bâton que vous m'avez tendu. Veuillez croire à toute ma reconnaissance, à tout mon respect et a tout mon dévouement.
Louis Yeuillot.
P. S. — Mes filles ont été particulièrement sensibles à votre dernier paragraphe^ et le regardent comme un grand et précieux hommage à leur éducation. En vérité, elles ont été fouettées autant qu'il l'a fallu. Elles connaissent la religion; elles savent bien lire, bien écrire, bien compter, bien coudre; elles savent même passablement le latin; elles savent, qui plus est, ne pas s'en vanter. Elles sont les seules jeunes personnes de ma connaissance, et de la leur, qui n'aient jamais porté de crinolines, ni de robes décolletées, ni de faux cheveux, et elles aiment bien l'Église et leurs parents, et enfin elles n'ont ni envie ni hâte de montrer qu'elles ne sont point bêtes, mais point du tout. Si le fouet n'a pas fait tout seul ce bon et agréable ouvrage, j'atteste qu'il y a beaucou[) servi. De çerbo adverhani^.
T. Je dois dire que, sur cette question du fouet, mon frère tciuii' beaucoup plus à la théorie qu'à la pratique.
'^^^ correspondancp: de louis veuillot.