I. Cette lettre a été publiée par le Mousquetaire
poLit de haine où se puisse porter contre elle l'imbécillité du monde. Je l'ai bien vu depuis un an, et je crois mathématiquement que nous devons combattre avec l'assurance de la victoire. Croyons-le, quand nous fermerons les yeux, défaits et vaincus, — Dieu nous donnera d'autres yeux, des yeux éternels^ et nous verrons son éternel triomphe.
Adieu, mon cher ami. Prions, tenons-nous bien par la main et par le cœur! Le frère appuyé sur son frère est une tour forte.
Tout à vous.
Louis Yeuillot.
A M. LÉO>' QUIDCEUF».
7 seplembrc 1871.
JMo<x cHEii Monsieur,
Le dernier petit est faible et j)eu digne de ses aînés: condamnons-le aux limbes. On ne peut pas absolument rire d'un « enfant gâté» de soixante-quinze ans qui préside la République française. Il fliut tempérer le dédain par un peu d'horreur et de colère. Son Age,
I. M. Quid beuf avait adressé à / Univers plusieurs articles, que leur mérite avait fait accepter avec empressement ; il en envoya ini nouveau que mon frère, le trouvant trop dur pour M. Tiiiers, conHamna aux l'imhcs. Cette lettre motive son refus, et montre l'estime que lui inspirait son correspondant.
sa dignité et surtout notre malheur exigent cette dernière forme de respect. Mais parlons d^autre chose. Quels sont vos projets pour l'avenir? Le vent me semble assez à la formation des journaux catholiques, et il arrive assez souvent qu'on me demande un rédacteur. Je songe à vous^ et je vous estime capable audessus de la plupart de ceux qui tiennent ces emplois. Que pensez-vous de vous-même ? quel âge avez-vous ? quelles sont vos conditions de vie? êtes-vous marié, chargé d'enfants? et^ d'un autre côté, vous sentezvous homme à conduire un parti, sans céder et sans i^riser?
L'idéal d'un rédacteur en chef pour un journal catholique de département serait, à mes yeux, un homme fait et froid, sachant bien son catéchisme et l'application du catéchisme aux questions politiques, circonspect et résolu, ayant la langue en bouche autant que la plume en main, et de cette trempe d'àme qui fait que l'on prend le premier rang, encore qu'on ne soit pas par la fortune et par l'ordre dans la première condition. Diriger en prenant conseil, voilà l'œuvre. Ce n'est impossible ni difficile nulle part, parce que nulle part, en ce temps, les hommes ne sont forts; et si par hasard on en rencontre un, alors on est deux, et tout devient plus aisé, parce qu'il s'agit d'une chose où deux chrétiens intelligents doivent se trouver d'accord.
Une place de rédacteur en chef représente de
quatre à six mille francs. Elle peut fournir quelques
autres avantages, et elle assure à qui le veut une grande
considération personnelle. Mais il faut considérer
aussi que le journal peut ne pas tenii% et alors vous serait-il possible de reprendre la carrière quittée?
Répondez-moi sur tout cela^ et n'omettez aucun détail. Etes-vous un peu ce que Ton appelle homme du monde? etc., etc.
Je pense bien que je n'ai pas ici à m'excuser d'indiscrétion, et que vous voyez clairement le sentiment d'estime très affectueuse auquel j'obéis. Bien à vous en Notre-Seigneur.
Louis Veuillot*.