M. le docteur Imbert est homéopathe
voudrais bien me remettre à l'ouvrage. Je vois tant à faire.
Le comte Blome a dû te plaire. La grande Autrichienne te plairait aussi, mais elle reste aux enfants. Je ne te dis pas cela pour la mettre mal dans tes papiers.
Tu feras bien de saler L...1 : car, s'il continue à laisser tomber sur lui les pluies de l'ambition, il finira par n'être plus propre à sa fonction de sal terne. Je le crois d'ailleurs plus naïf que criminel, et j'espère bien pour lui que le bon Dieu hausse les épaules comme le nonce.
Voilà donc mon secrétaire qui te dit mes secrets ! C'est du propre, et me voilà frais! J'en passerai par là, puisqu'il n'y a pas moyen de faire autrement2.
J'ai écrit ce matin à nos filles pour tuer le temps. 11 me semble qu'elles auraient pu te remplacer une fois, depuis huit jours, pour te soulager un peu du fardeau des correspondances quotidiennes. Si j'ai tort, tu leur diras qu'elles n'ont pas tort.
Adieu, ma sœur.
1. Il s'agit d'un prêtre qui s'était laissé prendre à l'ambition de l'épiscopat et qui le laissait voir. Il n'était pas sans mérite ; mais ce désir trop vif le discrédita justement auprès du nonce, sans parler des avis que lui avait ménagés la franche amitié de la famille Yeuillot. Il est mort depuis.
2. Il s'agissait d'une œuvre à laquelle Louis Veuillot avait promis une offrande, que l'on réclamait à Mlle Yeuillot.
GGLXXXVIII
Royat, 13 août 1871.
Ma Sœur,
0 sympathie! Le même jour, il me survenait un petit accident qui m'oblige à la prudence ; et, pour ne vous rien cacher, j'ai aussi mon indisposition. Ça m'empêche de galoper sur les montagnes, et d'aller diner à droite et à gauche. Pendant plusieurs jours au moins, je n'aurai la permission de sortir que pour aller aux Franciscaines et chez dame Chabassières, qui a toujours du maigre les jours gras. Un plus long exercice serait téméraire.
Et nous voilà malades, chacun de notre côté. G'est-il drôle! Je ris, parce que j'ai la foi que c'est bien le bon Dieu qui l'a voulu, ne pouvant cesser d'être le bon Dieu. Il faut cette raison pour ne pas bisquer outre mesure. J'en fais un bouquet d'Assomption. Depuis longtemps je n'ai rien offert qui eût pareil prix, et je dois dire, à ma confusion très grande, que j'offrirais de meilleur cœur aux Prussiens un million à prendre dans la poche de M. Thiers et même dans la mienne, s'il y était. Ma pauvre chère sœur malade, et mes pauvres chères filles soignant leur tante sans moi! Je n'étais pas préparé là-dessus. Fiat! fiât sicut in cœlo et in terrai Mais je suis à cent lieues, et la tête galope bien. Je réfléchis sur le très bénin de Jousset1.
1. M. Jousset, en l'absence de M. le docteur Frédault, avait été appelé pour l'indisposition dont souffrait Mllc Veuillot.
Qu'est-ce que cela peut bien être? Néanmoins, il est vrai que tout est très bénin de la part de Dieu, toujours, toujours!
Adieu, cher trio. Ah! si je ne vous savais pas sous la main et dans les bras de Dieu!... Mais vous y êtes. Qu'il soit béni !
Amen !
GGLXXXIX
Royat (Clcrmont-Ferrand), 16 août 1871.
Dors, ma petite sœur. Imbert trouve que cela va mieux, et va jusqu'à dire que ce ne sera rien. Le mal s'en ira tout seul, comme il est venu. Si par hasard il résiste, on a des moyens de le chasser, et il n'empêche ni de dormir, ni de manger, ni d'écrire. Je sens moi-même le mieux, en ce sens que le dégoût de nourriture que j'ai éprouvé pendant quelques jours a disparu totalement, et bientôt je retrouverai l'appétit.
Pour le surplus des choses, il a plu et il pleut, mais sans rafraîchissement. Au Mont-Dore il fait froid, et les baigneurs dégringolent. Tu vois que le bon Dieu a tout arrangé en père et mère : la plus petite maladie, le lieu le plus commode, le meilleur médecin. Les yeux se font toujours tirer; un petit progrès est toujours suivi d'une petite rechute. Je fais un demi-pas en avant, un tiers de pas en arrière. A ce train, il faut du temps pour
accomplir le tour du monde; mais, avec du temps, on finit tout de même par tourner.
Notre Eugène, sans être débarrassé, jouit aussi d'un certain profit, qui se voit à sa mine.
Après cela, Chabassières se fait tant de bien par l'abondance de ses hôtes, que chacun de ses hôtes en souffre un peu.
Nous sommes mal servis. Sauf nos lits et nos chaussures, qui sont mal faits, rien n'est fait. Je me brosse moi-même, et je me rends sans joie d'autres petits offices, dont la moindre Jeannette d'ici s'acquitterait mieux. Je crois que les Jeannettes d'Auvergne sont entamées, et qu'il y a du pétrole sous ces bonnets négligés. Tout me porte à penser que le bourgeois en verra de dures d' ici- 1- à peu. Ce sera pour son bien.
Puisque tu vois le fidèle Loth, prie-le (une prière suffit) d'aller demander chez Palmé pourquoi l'on ne peut trouver la Légalité chez aucun libraire de Clermont.
Et que devient le Droit du seigneur, qui devrait être prêt depuis longtemps ? Palmé a tort d'attendre que le moment soit tout à fait passé.
Adieu, sœur chérie. Je t'aime, mais j'en veux à tes reins. Ça devrait finir, puisqu'il n'y a pas de raison.
Tox FRÈRE.
Selon Imbert, mon affaire doit être bien avancée à la fin de la présente semaine. Dimanche même, je dois me trouver assez gaillard pour dîner chez le curé de Saint-Pierre.
126 CORRESPONDANCE DE LOUIS VEUILLOï
Bien des choses à ces demoiselles. Je ne manquerai certainement pas d'adresser un mot particulier à cette pauvre petite Lulu.
P. Évariste voudrait avoir ma photographie. Prière à Loth de m'en adresser une. Il la trouvera à la porte du journal.
Royat (Clermont-Ferrand), 17 août 1871.
Ma Sœur,
Je m'étais proposé de ne pas t'écrire tous les jours, pour ne point t'imposer la réciproque, considérant le fardeau dont tu es chargée. Mais il faut bien te prouver qu'on est vivant. Je vis, aussi doucement qu'on le peut faire avec un peu d'ennui. Je n'aperçois point de changement dans mon état. Je prends un bain d'eau douce tous les jours, et tous les jours sur les yeux un cataplasme volant d'eau pulvérisée, dont il me semble éprouver quelque bien. Tout cela n'est pas dur. Si j'y pouvais joindre le plaisir de la promenade, ce serait parfait. Mais, lorsque j'ai fait le trajet de l'hôtel aux Franciscaines et à l'établissement, je vois bien que j'ai quelque chose. Je me sens las, j'ai quelque part une pesanteur et ailleurs une douleur qui m'obligent de m'asseoir et de m'étendre. Au lit, tout disparaît à peu près, et je dors très convenablement
pour un homme qui ne remue pas. Tu vois d'un coup d'œil combien je serais mieux sous ta direction et sur le lit de repos que tu me ferais faire, et près duquel tu viendrais t'asseoir. Mais Imbert veut que je reste encore. Il exprime d'ailleurs l'espérance la plus assurée que tout ceci n'est rien. Les yeux l'occupent davantage, et il dit que c'est là qu'il faudra taper dur.
Voilà le compte rendu fidèle de mon état.
Et toi, chère sœur, ne force pas tes reins. Faismoi donner des nouvelles par nos filles. Borne-toi au strict nécessaire. Tu n'as plus à me prouver la force et la constance de ton affection.
Nous jouissons d'un temps orageux, quelquefois frais, quelquefois mouillé, quelquefois d'une chaleur poignante. 11 vient assez de visites : jésuites, maristes , capucins, pères du Saint-Esprit. Point de prêtres séculiers, sauf le grand curé de Saint-Pierre, mal noté, parce qu'il est bien, et
digne de l'être.
Ton frère.
Sœur chérie,
GGXGI
Royat, 18 août 1871.
Amélioration sensible selon Imbert, et un peu selon moi, qui suis plus délicat. Mon Dieu! je suis loin de m'en plaindre. J'aimerais à rentrer et à reprendre mes petites fonctions, même avec plus
d'assiduité. J'enverrais tout promener, je ne ferais plus que le journal. Ce projet montre combien je vieillis. Quand j'aurai renoncé à la littérature, alors je pourrai dire que le vieil homme est pétrole. Il sera pétrole pour être pétrifié. Tout pour Pierre, rien pour Pétronille, qui est la littérature. Seigneur! vous savez si j'ai aimé cette femme-là !
Cependant, si j'en crois un père jésuite de Clermont, lequel en croit une couturière malade et illettrée du même lieu, Xotrc-Seigneur veut que je fasse un livre contre Mme la comtesse de Saint- Yaurien et contre les confesseurs de cet ange à faux chignon. Selon cette couturière, Notre-Seigneur lui parle très haut contre cette sainte dame, qui porte la croix sur sa poitrine nue, et qui fait beaucoup trop sonner ses talons et ondoyer sa croupe, lorsqu'elle va à la sainte Table. J'ai dit au père de dire à sa voyante que c'est toi et non pas moi que Notre-Seigneur devait charger de cet ouvrage , vu que, là-dessus, tu parles absolument comme lui. Mais la voyante insiste pour que ce soit moi : d'où il faut conclure que Xotre-Seigneur veut que ce soit encore doux. J'ai vu les lettres de la voyante. Elles prouvent que l'orthographe ne s'apprend pas par l'oreille; mais le style en est correct et fort. Le père est celui qui vint à Versailles pour faire voter les prières, parce qu'une autre couturière l'avait dit, et que le supérieur l'avait permis. Ce qu'il y a de bon, c'est que je suis tout de même lente de ce livre, et je ne laisse pas de le faire dans
ma tète, tout en rêvant de laisser Pétronille, que j'ai tant aimée.
Adieu, ma sœur chérie et mes chères enfants.
N'as-tu plus de nouvelles à donner des Nouettes ?
GGXGII
Royat (Clermont-Ferrand), 19 août 1871.
Selon le docteur, le mieux est visible; selon moi, il est sensible. Ainsi cela va bien, et il est supposable que j'arriverai guéri. Véritablement, il me sera agréable d'arriver, et d'arriver guéri. Quant aux yeux, ne t'attends pas à des merveilles. Le mal est enraciné : il ne déguerpira pas vite, et peut-être ne déguerpira-t-il jamais. J'aurai mal aux yeux toute ma vie, mais je peux espérer de marcher avec des béquilles. Imbert, qui ne voit que le triomphe de l'art, trouve que c'est encore bien gentil.
Je doute que l'on puisse être plus mal servi qu'on ne l'est en ce pays. On vient me prévenir que ma chambre est faite. J'entre: je trouve mes peignes épars sur la cheminée, mes pantoufles sur mon fauteuil, ma cravate sur mes pantoufles, une poussière épaisse sur le tout. Qu'on ne me parle jamais d'une femme qui soit de Royat et qui se nomme Jeannette !
Un autre genre de femme que je n'aime pas, c'est une belle protestante, ancienne fleur d'une ville de l'Est, grande banquière d'une autre ville, et douée de prodigieusement d'esprit. Elle me fut présentée hier. Voilà de la drogue! On m'a présenté aussi une petite Juive, marchande de caoutchouc nature. Son mari se nomme Myrtile, de son petit nom, et elle a lu les Odeurs de Paris. Je ne trouve pas que ce soient des titres bien positifs pour s'offrir à mes regards. Voilà ce que me vaut Pétronille. Et je l'ai tant aimée! Il y a des moments où l'on voudrait bien avoir été dans les caoutchoucs !
Je t'écris en attendant le courrier, pour tuer le temps agréablement, sans braver un vent qui précipite sur Royat toute la poussière du mont Dore. Le courrier reçu, nous irons dîner au cabaret de Dourif, A ma campagne. C'est ce restaurant à tonnelles qui donne sur le ravin de Royat, d'où l'on voit l'église. Le lieu est charmant, et le docteur Imbert régale.
Ma fille, si je ne reçois pas tout à l'heure de bonnes nouvelles de tes reins, la journée est fichue.
La voici, ta lettre. Elle est bonne : Dieu soit béni !
Clermont-Ferrand (Royat), 20 août 1871.
Sœur,
Continuation d'un certain mieux. Imbert opine que ça s'en ira tout à fait, ou qu'il restera peu de chose à faire partir. Ce serait alors une petite infirmité, non une maladie. Je marche plus aisément, j'ai quelque appétit, je dors bien, et je reçois des compliments sur ma mine. Les yeux, cahincaha. Je place aussi très bien mes économies. Les Franciscaines font des loteries, les Petites Sœurs quêtent, il y a des passants qui repassent. J'ai trouvé ma femme. Elle a son petit sur les bras, qui tette quand il ne dort point. Hélas! que peut-il trouver dans cette bouteille? Et un autre est pendu à sa robe, puisque cela s'appelle une robe. Elle est jeune, ridée, goitreuse, et elle a une figure qui se vendrait fort bien comme portrait de la Douleur. Nous sommes amis. Lorsqu'elle me rencontre, elle me fait une belle révérence et un beau sourire. Je me suis souvenu de ton invention du Tréport; et, de concert avec Mmc R***, moitié de moitié d'agent de change, nous avons fondé un pot-au-feu d'hiver chez les Franciscaines. Cette Mme R*** paraît bien. Elle tenait ambulance chez elle pendant le siège, et y travaillait de ses mains. Plusieurs choses en elle te plairaient: la figure, les cheveux, la robe, les talons. Sa petite fille porte
la médaille. Le surplus me reste voilé. Je ne l'ai point vue à la messe, mais je n'y suis pas toujours. Elle nous donne du café. Tout cela n'est point mauvais.
Ce soir nous dînons chez le curé de Saint- Pierre, avec capucin et jésuite. Mardi, déjeuner en tra la la à Bezance, chez le bon Léon de Chazelles; mercredi, autre orgie culinaire dans la montagne des Bayle. Jeudi, confection des paquets, adieux à Glermont. Vendredi... oh! le beau jour!
Ma femme d'ici avait un époux. Ce n'était pas un méchant homme; il exerçait ses droits électoraux : la société n'avait donc rien à lui reprocher. Mais ce citoyen buvait. Un jour, il est rentré chez lui ayant avalé son terme; et, comme l'escalier n'avait pas de rampe, il est tombé à la renverse, et il a ainsi terminé sa carrière , laissant sa femme enceinte de son second enfant. Elle montre la pierre sur laquelle il s'est broyé la tête et les reins. C'est tout ce qui lui reste de ce bien-aimé. Voilà comment le malheureux enfant du peuple a laissé sa famille à la charge des réactionnaires. Je tremble que ma petite couturière inspirée de Clermont ne m'ordonne de faire encore un livre, celui-ci contre le peuple pochard. Avouons qu'il y a aussi des abus dans le peuple.
GGXGIV
Clermont-Ferrand (Royat), 21 août 1871.
Ma Sœur,
Mes stupides yeux vont en arrière ; le reste , bien. Oh ! que j'aimerais à rentrer dans ma maison propre, à coucher sur mes matelas, à saluer mes trois femmes le matin ! C'est une grande imprudence d'être bien chez soi. Si je recommençais ma vie, j'y veillerais ; mais il n'est plus temps de recommencer.
C'est grand dommage que je sois si tracassé par mes yeux : autrement, les idées ne me manqueraient pas, et j'aurais de quoi faire un bon journal. Toutes les fois que je lis mon Univers, je suis comme le cheval de Job, qui entend la trompette et qui crie : Allons ! — Où veux-tu aller, vieux borgne ?
Tu m'as envoyé une lettre de l'ami B***, courte comme celle de l'ami Dugas ; mais, pour le reste, quelle différence ! Cependant le dessein en est bon. Il me prie de propager le Droit du seigneur. Certainement je ne m'y oppose pas. Si ledit Droit venait à paraître demain, propose à Loth de l'annoncer immédiatement. Cela fera entre nous un sujet de conversation. Mais il est vrai que ce serait un grand changement dans les habitudes de V Univers1.
1. Louis Veuillot fait allusion à l'habitude qu'avait l'Univers de ne pas se presser d'annoncer les ouvrages de ses rédacteurs.
J'ai eu l'honneur d'être cité en chaire hier dimanche, à Royat, et, s'il vous plaît, par M. l'abbé Rigaudon, curé de la cathédrale, ami et successeur de Mgr Grimardias. Il me traite d'écrivain catholique bien connu ! Il s'agissait des Pèlerinages de Suisse, et c'était d'ailleurs dans le sujet du discours : il prêchait un sermon de charité pour les inondés suisses, et il a cité avec à-propos un chapitre des Pèlerinages comme type de la charité des Suisses, dont il a été témoin lors des tristesses de l'armée de Bourbaki. C'est un curé déjà prélat, qui parle comme Massillon ou comme Mgr Frayssinous. Tu penses bien que cette éloquence a enlevé jusqu'au dernier vestige de mes économies. Maintenant, j'emprunte.
Adieu, sorella, autant carissima que grandissi/na. C'est toujours pour vendredi, à moins de contre-ordre du bon Dieu. Mon cœur s'élance. Tous les pauvres Français se ressemblant, ça m'est égal de revoir les Parisiens, et je suis encore plus sûr de retrouver la vieille France derrière ma porte que de la rencontrer ici.
Clermont-Ferrand (Royat), 24 août 1871.
Sœur chérie,
Quoique toujours un peu écloppés, ça va bien, ça va très bien, puisque enfin nous commençons à re-
venir. Mon Dieu, que c'est donc agréable! Si le train fait son devoir, nous serons en gare à six heures et demie, et je dînerai chez moi entre vous trois. Je voudrais m'y voir. La contemplation de ce moment est si attrayante et absorbante, que je ne trouve pas autre chose à dire. Et j'embrasserai ma sœur et mes filles, et je boirai dans mon verre, et je me coucherai dans mon lit, et je ne brosserai plus mes culottes, et je ne verrai plus les Jeannettes! Ça fait palpiter.
Adieu, mes mignonnes. Vous êtes bien gentilles de m'avoir souhaité ma fête. Hier, M. Stéphane Bayle m'a donné un cadeau pour chacune de mes filles : deux petits couteaux!... Je ne lui avais pourtant rien dit.
Papa-ter.
CGXGVI
Tulle, dimanche 12 mai 1872.
Sœur,
A Tulle, plumes de fer!
L'accueil est charmant, comme on pouvait s'y attendre; l'évoque, bien portant, est cependant fatigué. Il comptait m'emmener en tournée; mais, outre que le temps manque, ce serait terrible de rester plus de deux jours aux soins de Jean. Sauf l'évêque, c'est ici Brindisi. En France, rien certainement n'est comparable. Je conviens que je suis
mieux chez moi. Quand l'orchestre1 ne va pas, et il ne peut aller toujours, la situation est déplorable.
J'ai passé cinq heures à Périgueux avec mon pauvre Parrot et sa pauvre femme, qui pleurent leur fils comme le premier jour. Ils sont touchants, et même sublimes. J'ai pleuré avec eux de tout mon cœur, et cela n'a pas fini quand je les eus quittés. J'étais seul dans mon wagon jusqu'à Tulle; j'avais le cœur plein de cette terrible douleur, et je n'ai guère vu le vallon de la Bachellerie. Du reste, cela va très bien du côté du bon Dieu.
L'évêque part mardi, et moi aussi. Je repasserai par Périgueux pour voir Mgr Dabert, qui sera de retour. Il se peut que je couche chez Parrot. Mercredi, à Poitiers.
Tulle ne veut pas toucher ses dividendes, sous prétexte qu'ils ne sont pas à lui. Si tu veux me les donner, tu le peux; mais tu ne voudras pas. Pour la transmission des actions, il demande comment ça se fait. Malheureusement, je ne le sais pas1.
Eh bien! c'est vrai : ce peigne est dans cette trousse. Je viens de l'y voir. Mais est-ce ma faute, si l'on me donne des trousses à secret sans me dire le secret? On me fait des cachettes, je ne les découvre pas, je me plains, et on m'abîme. Cachettes à charité et cachettes à peignes. Je suis victime de l'iniquité du genre humain !
1. Louis Yeuillot disait de l'évêque de Tulle, Msr Berteaud, qu'il avait toutes les notes de l'éloquence.