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La princesse de la Tour d'Auvergne

jambes jeunes, tandis qu'il en faudrait précisément un qui pût rajeunir de vieilles jambes. Mais celui-là, il n'y a pas de charpentiers qui le sachent faire, et saint Joseph lui-même ne le fait que par un procédé étranger à la charpenterie. Donc, que les Lafon s'en passent; et nous aussi, passons-nous-en.

Nous sommes venus en chemin de fer avec ce dominicain à mine d'inquisiteur, que j'avais remarqué au comité catholique. Il en a la mine et l'esprit,' et il est charmant. Il m'a dit qu'il savait que l'abbé Lagrange avait écrit à l'évêque d'Angers, pour se plaindre d'avoir dû faire son article sur l'inscription de la Roche-en-Brenil. Si c'est vrai, tu finiras bien par le savoir. Ce n'est pas de leur côté qu'il faut chercher la vérité.

Je suis sûr que les cinq cents petites sœurs de la Tour, en s'y mettant toutes, ne parviendraient pas à tout travestir de la sorte1.

Adieu, ma sœur. Il est arrivé une lettre de toi ce matin, qu'on ne m'a pas lue, parce qu'il fallait courir à la messe. J'ai peur que vous n'ayez eu à Meudon ce que l'on appelle un fichu temps. Nous avons trouvé un coteau qui nous a permis de nous promener agréablement pendant deux petites heures, si bien que nous revînmes éreintés. Je suis ton frère, ton ami et ton serviteur.

1. Il s'agit d'une polémique au sujet d'une certaine réunion de catholiques libéraux notables, qui avait été tenue à la Rocheen-Brenil, château deM.de Montalembert, sous laprésidence de Msr Dupanloup.

Tours, 20 juin 1873.

Chère Sœur,

Ça va bien. Je prendrai du Pulna, selon le désir de Frédault, selon le tien, et môme selon le mien. J'ai eu chaud en voyage, j'ai eu poussière, j'ai eu voisins, enfin tout, mais sans excès, et je suis bien arrivé. Lafon était là naturellement. Mme Aimée est revenue à point de Solesmes. Aujourd'hui, le beau temps continue. Je dirai plus : il redouble. Tu comprends d'ailleurs que la plume de Lafon s'oppose à l'expression de mes sentiments. Ils sont sincères et éternels. Mille embrassements à partager entre vous, et il y en aura encore.

Louis Yeuillot.

GGGXXXVI

Tours, 21 juin 1873.

Mademoiselle, Mesdemoiselles,

Ma santé continue d'être parfaite, relativement, et je suis l'imbécile le mieux portant du monde ; mais les instruments à écrire de Lafon continuent d'être défectueux : ce qui, joint aux défectuosités de ma pensée, m'empêche d'en dire plus long.

Mes félicités ne sont pas sans mélange : c'est l'ordinaire de la vie. J'ai dîné chez l'archevêque. Il y a un écho dans la salle à manger, en sorte

que je n'ai entendu qu'un bruit de pas, qu'un claquement d'assiettes et un bruit de voix confus, qui ne m'a pas permis d'écouter la voix de la raison : si bien que j'ai trop bu du vin de Bourgueil et trop mangé de melon, et trop rêvé toute la nuit.

Ceci s'est passé hier. Avant-hier, j'ai assisté à la procession du Saint-Sacrement. Elle a été très belle et très respectueuse. Les rues étaient tendues de draperies blanches et jonchées de fleurs; le peuple, en grand nombre, suivait et chantait, et je me retenais beaucoup pour ne pas pleurer. Je vous dis que ce peuple est catholique ; il ne peut pas ne pas l'être, il l'est malgré luimême, et malgré tout.

L'archevêque fera son pèlerinage samedi prochain ; il emmènera huit cents ou mille personnes. Tous les Lafon en seront.

Mon portrait s'achève. Lafon m'a vu comme cela: ce sera comme cela. Dans le fond, sauf la barbe trop longue, les cheveux légèrement en désordre, et l'air légèrement bon, ce ne sera que trop beau, et le peintre a sujet d'être content. Si la sœur murmure, il en fera un autre. Voilà ce que j'ai de plus important à vous dire. Le reste a trait à ma tendresse pour vous. Elle augmente tous les jours. Je viens d'en parler au bon Dieu longuement. Je me convertis, mais dans le genre gai.

Votre papa,

Louis V.

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