Mlle Elise Yeuillot
citoyen français : nous devons aimer l'empereur, nous devons le servir, nous devons l'adorer. Il est grand, il est sage, il est pieux, et aucun souverain n'a une si belle police. Vive l'empereur, Madame, vive l'empereur ! Que vos bœufs, que vos vaches, que vos ânes, apprennent à répéter ce cri des souspréfets. Vive l'empereur ! voilà ce que nous entendrons dans le ciel. Ce serait la béatitude, si nous pouvions ne pas envier le sort de nos enfants, qui vivront en ce bas inonde sous les lois de notre empereur immortel (quoique non académicien).
Quand me sera-t-il donné de vous raconter au long ce que votre délicieux empereur a daigné faire pour moi ! Il a tout plein d'anges, qu'il a tirés de toutes sortes d'égouts, pour leur confier la garde des honnêtes gens de son empire. Sachant que je voulais voyager, et que j'allais en ce pays plein de crimes, nommé Rome, il m'a appliqué un ange de son bagne, le plus distingué, avec mission de m'empecher de faire du mal, et de me pincer subitement au retour, afin que, si j'avais fait quelque mal invisible, j'eusse tout de même l'avantage d'être puni. Voilà un empereur qui a soin des âmes! Or, cet ange était si choisi et si fin, qu'il a vu le mal que je n'ai point fait; et, en me dénonçant, il m'a procuré le bien d'une de ces épreuves qui purifient la vertu. Vous imaginez si je suis reconnaissant. Ce n'est pas tout. Notre empereur possède un archange nommé Billault [, qu'il a extrait d'un trou plus sale que les autres. J'ai com-