Ministre de l'intérieur
paru devant lui. Il a l'air d'un méchant petit chafoin; mais, si j'avais l'œil pur , je l'aurais vu tout resplendissant d'un reflet de la majesté impériale. L'archange Billault m'a déclaré que je n'étais point coupable, et que le gracieux gouvernement du gracieux empereur n'en garderait pas moins mes papiers1. Ma vanité voudrait me persuader que c'est par amour pour la belle littérature. Au fond, je suis persuadé que les pensées de l'archange Billault sont bien plus hautes, et qu'il a résolu de me tenir dans cette crainte qui est le commencement de la sagesse. D'ailleurs, parmi ces papiers, il y a du papier blanc. Avec la perspicacité qui le distingue entre tous les mortels, l'empereur a deviné que j'avais acheté ce papier blanc pour écrire. Or, qu'aurais-je écrit sur ce papier blanc ? Mille sottises peut-être, et je mérite bien d'être puni pour cela. Ne croyez pas que je murmurasse, Madame, quand même la justice de notre empereur m'appliquerait la peine de mort, affectée aux mauvais citoyens qui manœuvrent à l'étranger contre leur empereur ou contre leur patrie, comme j'en ai été soupçonné par un sousarchange nommé Boitelle2. Il serait juste que je mourusse pour m'être exposé à salir du papier
1. Ces papiers, qui se composaient en grande partie des lettres écrites à Louis Veuillot pendant son séjour à Rome, par son frère et sa sœur, lui furent pourtant rendus plus tard, mais agrémentés ou maculés par toute sorte d'annotations, dont quelques-unes de la main impériale.