CCXXXIII
Rouen, 10 août 1868.
En attendant le diner, qui sera terrible (depuis une heure j'entends mettre le couvert).
Plume de fer en main!
Alors, vu le danger des insolations, nous n'avons pas fait le voyage de Bon-Port. Il y a. sur la route une plantation 'de statue : autre péril.
Tous les savants et gens de lettres de Normandie sont là. Cette statue est en l'honneur d'un nommé Langlois , antiquaire. On ne sait pas ce qu'il a fait, mais il est né à Pont-de-1'Arche, et c'est pourquoi Pont-de-P Arche le béatifie. L'abbé Cochet assiste à la cérémonie. Il donne la mesure au statuaire, étant antiquaire non moins que Langlois, et non moins Normand.
Quand la statue de Langlois a été livrée aux regards du public, Charles, placé près de l'abbé, lui a dit : Ris, Cochet ! et M. V*** est devenu pâle d'envie.
Après le dîner, lendemain matin.
Ah ! ma sœur !
Dix amis, ça tient de la place; dix autres, ça en tient aussi, et on a chaud, quand le temps est à l'orage. Du reste, tous braves gens et bien braves gens, et toutes les daines chevelues, si un œil masculin peut savoir à quoi s'en tenir.
Elles se taisent! Il y en a une qui est Painée. Ce soir, je les verrai bien mieux; c'est ce soir qu'on dine à Maromme l, sans rien qu'un seul pauvre petit curé. J'ai demandé à Mme Loth s'il y aurait de quoi. Elle m'a dit: « Oh oui! » avec une conviction profonde.
Me voilà donc parti pour aller déjeuner chez un agent de change, à Jumièges, avec l'abbé Cochet. O destinée !
Je ne sais pas si je suivrai mon idée, mais il me semble que je suis disposé à faire tourner Cochet en bourrique, avant qu'on le tourne en statue.
Il a déjà un plâtre dans le musée de Rouen, où il y a galerie Cochet et salle Cochet. Il tient une plume, et il a l'air de la tremper dans son cœur!
Rouen, 12 août 1868.
Eh bien! ce pauvre abbé Cochet, il s'estime et s'honore, et il avoue qu'il aura bien mérité sa statue, mais il est intéressant toute la journée. Il faut dire les choses comme elles sont; et Jumièges est un lieu à voir, où, de plus, on déjeune noblement.
Rendons aussi justice aux anciens agents de change. Celui de Jumièges aime sa ruine ; il la cultive, il la balaye, il la panse, et il reçoit bien les écrivains éminents qui la visitent. Voilà le vrai.