‹ Correspondance militaire; extraite de la correspondance générale et publiée par ordre du Ministre de la Guerre (volume 2)Chapitre 11 sur 70 · IXSTRUCTIOXS POUR LA DEFENSE DE PAR!S · texte numérisé non relu

IXSTRUCTIOXS POUR LA DEFENSE DE PAR!S

AU GÉNÉRAL CURKE, DUC DE FELTRE , MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS

Paris , 11 janvier 1814.

Monsieur le Duc de Feltre, je reçois votre lettre d'aujourtriiui. Mon intention est de faire de Paris une place forte. Si l'ennemi effectue le projet qu'il annonce d'y venir, je veux l'y attendre, et dans aucun cas ne quitter Paris. Ces bases convenues, il est nécessaire d'établir aux Invalides et à l'Ecole militaire de grands ateliers d'artifices, et de faire venir de tous les côtés mille pièces de canon de campagne, 300,000 coups de canon et 12 millions de cartouches. Il faut que tout cela soit prêt dans les premiers jours de février.

Dès demain faites choisir des salles aux Invalides et établissez un atelier pour faire 100,000 cartouches par jour. Faites établir aussi un atelier propre à confectionner un grand nombre de coups de canon par jour. Les menus objets, on les trouvera facilement à Paris ; on y trouvera aussi du plomb ; ce qui est nécessaire, c'est des boulets et de la poudre. J'ignore la quantité qu'il y en a à Vincennes ; il faut aussi y établir un atelier d'égale force.

II doit y avoir des boulets à la Fère , au Havre >

lU CORRESPOXDAXCE MILITAIRE [18141

à Essonne et dans les manufactures de Rouen; il y en a aussi sur les côtes. Qu'avant minuit vos estafettes partent, et que tout cela vienne en toute diligence.

L'artillerie se compose de douze batteries nécessaires pour la garde nationale qui défendrait la ville, ce qui fait quatre-vingts bouches à feu; de douze autres batteries pour les gardes nationales des environs, ce qui fait cent soixante bouches à feu ; et enfin de six cents pièces de canon pour accroître l'équipage de Tarmée que je reploierais sur Paris.

Je vois, par votre lettre du 1 1 , que vous proposez de faire venir de Metz 600 voitures. Je suppose que vous avez donné des ordres pour cela; réitérez-les par estafette et par le télégraphe , et que tout cela vienne sur Vincennes.

Faites venir quatre-vingts bouches à feu qui sont à Bordeaux et 200 caissons; faites-les diriger sur Tours, et de Tours en droite ligne sur Paris, par des relais continus.

Les cinquante-deux bouches à feu et les 200 voitures à tirer du Poitou, de la Bretagne et de Cherbourg, faites-les venir en toute diligence, ainsi que les soixante bouches à feu à tirer de Biest et de Nantes. Voyez ce qu'on peut tirer des places du Xord sans affaiblir les équipages.

Il faut que vous me présentiez, indépendamment de l'artillerie attelée qui viendra à l'armée, au moins

[1814] DE XAPOLÉON I". ll'i

huit cenis pièces de canon de tout calibre. Je vous répète que tout cela doit venir par relais continus. Vous ferez faire les harnais à Paris. Tous les bataillons d'équipages militaires et de l'artillerie doivent quitter la Aloselle et les Ardennes et se rapjirocher de Paris. Il doit y avoir encore à Bayonne des pièces inutiles de 4 et d'autres calibres. Faites venir en toute diligence les pièces de rechange inutiles à la manutention journalière de Liège, Saint-Etienne et Charleville. Accélérez tous les moyens pour faire arriver des armes à Paris : établissez-les aux Invalides ou à l'École militaire.

Il faut une centaine de pièces de canon pour Lyon. Faites-les-y diriger de Perpignan et de Toulouse, mon intention étant de faire à Lyon une place d'armes, d'y réunir un corps d'armée et de mettre cette ville tout à fait en état de défense.

^'APOLÉOi\.

D'après la copie. Dépôt de la guerre.

116 CORRESPOXDAXCE MILITAIllE [18141

1577. — XOTK SUR LA SITLATIO\ ACTUELLE DE LA FR.AXCE, SUR LES MOYE.VS DOXT ELLE DISPOSE, ET SUR LES MOYExVS A PREXDRE POUR RÉSISTER A PARIS.

Paris, 12 janvier 1814 '.

Il paraît que le général Bûlou, avec une division de milices anglaises que commande le général Graham, et un corps de cavalerie que commande le général IVinzingerode , se réunit sur Breda. Le but de ce corps serait d'envahir la Belgique ou de prendre Anvers; on ne suppose pas qu'il puisse avoir plus de 20,000 hommes.

Il paraît que le général Blûcher, avec l'armée de Silésie, a débouché par Coblentz, s'est porté sur Luxembourg, a jeté des obus sur Sarrelouis, a passé la Sarre à Sarrebruck et marche sur Aletz. Celte armée n'a jamais été de plus de 60,000 hommes; on ne pense pas que ce corps puisse être de plus de 40 ou 45,000 hommes, vu la nécessité d'observer Alayence et les pertes qu'il a laites. Ce corps serait composé des divisions Langeron, Sacken et York.

Un troisième corps a déboucbé par Bàle; il assiège Huningue, Belfort; il doit masquer Strasbourg, Schlestadt, Landau. Il paraît qu'il a jeté une gar-

1 Celte note, dsitée Janvier 1814, est probablement du 12.

1814j DE \APOLEO\ I". 117

nison de 800 hommes à Genève. Il doit assiéger Besançon et contenir la Suisse.

II paraît donc que l'ennemi chemine par trois attaques principales :

L'une, représentant son armée du \ord, qui était de 60,000 hommes, mais qui bloque Alagdebourg, est opposée aux Danois et au prince d'Eckmùhl, qui, ayant 30,000 hommes à Hambourg, ne peut en occuper moins de 40,000 ;

La deuxième attaque est formée par l'armée de Silésie, composée comme elle l'était, mais qui, diminuée par les combats et les maladies, l'est encore par le blocus de Alayence, et doit observer Luxembourg, Sarrelouis, Aletz, ou, si elle passe les Ardennes, Alézières, Sedan;

La troisième attaque est faite par la grande armée commandée par le prince de Scbuarzenberg, composée des corps de Gyulai, Klenau , Liechtenstein, Colloredo , U'rede, et l'armée russe de Wittgenstein ; les Prussiens que commandait le général Kleist, et qui étaient à cette armée, sont restés à Erfurt ; les calculs les plus exagérés ne portent pas cette armée à plus de 100,000 hommes.

Supposant l'armée du général Biilow, compris le blocus de Berg-op-Zoom et Gorcum , à 20,000 hommes; l'armée du général Blûcher, compris les blocus de Alayence, Luxembourg, Thionville , à 60,000; l'ai niée du prince Schxiarzenberg à

118 CORRESPOXDAXCE MILITAIRE [1814]

100,000, nous aurions en présence 180,000 hommes.

Ce calcul doit être fort exagéré , car l'ennemi luimême, dans sa plus grande emphase, ne le porte qu'à 200,000 hommes.

Si on ajoute à ces forces 25,000 hommes qu'il a dû laisser devant Magdehourg, 40,000 devant Hambourg, 12,000 devant Erfurt , 6,000 à Uùrzburg, 12,000 enfin vis-à-vis Glogau et Kùslrin , total 95,000 hommes, cela ferait 100,000 hommes devant les places au delà du Rhin : Tennemi aurait sous les armes 280 à 300,000 hommes , sans comprendre son armée d'Italie. On ne pense pas qu'il puisse avoir davantage. Les maladies ont fait plus de ravages dans son armée que dans la nôtre ; euxmêmes avouent que les batailles leur ont coûté beaucoup de monde.

On croit donc qu'en évaluant l'armée de Bùlow à 20,000 hommes, celle de Blùcher à 60,000, celle de Schvrarzenberg à 100,000, on accorde la réalité.

L'armée de Biilow , si elle est de 20,000 hommes, devra en laisser 4,000 vis-à-vis Gorcum , indépendamment des milices hollandaises, 2,000 vis-à-vis Berg-op-Zoom et 2,000 dans Breda. Il est donc probable qu'il ne lui restera que 12 à 15,000 hommes, qui lui sont nécessaires pour observer Anvers. Il ne semble donc pas qu'on ait beaucoup à

[1814] DE XAPOLEOM P'. 119

redouter celui-ci, si ce n'est des partis pour prêcher l'insurrection.

Si l'armée de Blûcher est de 60,000 hommes, nomhre prohahlement exagéré, elle ne peut avoir laissé moins de 20,000 hommes devant Alayence ; Luxembourg, Sarrelouis , Thionville occuperont une dizaine de mille hommes.

L'armée du prince Schuarzenberg devra laisser au moins 10,000 hommes en Suisse , dont le peuple n'est pas très-bien disposé, 15,000 hommes devant Besançon et 20,000 devant les places depuis Huningiie jusqu'à Landau, un corps devant Belfort et devant Auxonne. Ainsi il ne pourrait marcher sur Langres et sur Xancy avec plus de 50,000 hommes.

On suppose donc que les 25 ou 30,000 hommes disponibles du général Bliicher se réunissent aux 50 ou 60,000 du prince de Schwarzenberg ; il ne paraît pas qu'ils puissent marcher sur Paris avec plus de 80,000 hommes. Cette opération serait donc folle ; mais il faut la supposer.

Page 1