IX
2 CORRESPOXDAXCE MILITAIRE [1813]
Vous expédierez tous vos ordres pour que demain, à la petite pointe du jour, tout se mette en marche. Si vous pouvez faire arriver vos sapeurs avant la nuit, faites-les venir. Donnez ordre à la demi-compagnie qui est détachée pour le service du camp de couper des fascines pour rendre plus faciles les chemins que les pluies auraient gâtés.
Cette nuit, vous ordonnerez à la 4*2' division et aux six hataillons de la division Teste (ce qui fera dix-huit bataillons), avec la hatterie d'artillerie de la -42' division et la batterie de la brigade Teste, si cette brigade a amené avec elle sa batterie , de monter sur le plateau et de se ranger en bataille dans le plus grand silence derrière Kœnigstein , de manière à pouvoir, au point du jour, s'y trouver en bataille avec leurs canons.
Si la brigade de la division Teste n'a pas sa batterie, les douze bataillons de la -i2' division n'auront qu'une batterie, ce qui ne sera pas suffisant. Vous aurez soin alors d'ordonner à vos deux batteries d'artillerie légère, ou à la batterie que vous aurez le plus près, de se porter dans la nuit sur le plateau, de manière à y être au point du jour. J'estime qu'il faut au général Berthezèue ' vingtquatre pièces de canon environ. Vous y ferez venir
1 La 42^ division était commandée non par Bertiezéne, mais par Mouton-Duvernet.
votre cavalerie légère, de manière qu'elle soit à la pointe du jour au camp de Kœnigstein, et vous aurez ainsi dans la main une avant-garde de 10 à 12,000 hommes placés sur le plateau. 11 serait nécessaire que ce soir vous fissiez chasser toutes les vedettes ennemies pour qu'elles ne puissent pas voir les rampes ni ce qui se fait.
Demain au jour, aussitôt que le brouillard sera dissipé, cette avant-garde s'emparera de tout le plateau de Pirna. Votre division deXeustadt, qui est la plus près , arrivera la première et se formera sur le plateau de Kœnigstein. Votre seconde division arrivera immédiatement après, et vous ferez les dispositions suivantes : vous dirigerez le général Berthezène avec la 42* division et la brigade Teste, et vingt-quatre pièces de canon, sur Pirna, dont il s'emparera en restant sur les hauteurs; vous, avec vos deux divisions, aussitôt que vous serez assuré que l'ennemi n'est pas en mesure de disputer le camp ni la ville de Pirna aux dix-huit bataillons du général Berthezène, vous vous porterez, en preiiant une position militaire, sur Langen-Hennersdorf. 11 sera convenable de faire monter le plus tôt possible une batterie de 12, afin de l'envoyer au général Berthezène , s'il en a besoin, pour contrebattre les pièces que l'ennemi pourrait établir sur le Kohlberg.
L'équipage de pont sera arrivé à midi vis-à-vis
Pirna, avec les huit bataillons delà division Teste auxquels j'adresse des ordres directement. En une heure ou deux, nous jetterons le pont, et je ferai occuper les hauteurs de Pirna par les divisions de la jeune Garde. Aussitôt, le général Teste, avec les huit bataillons qu'il aura amenés avec lui et les six bataillons qu'il trouvera avec le général Berthezène, réunira sa division, viendra vous joindre par un mouvement à gauche, de sorte que vous aurez dans la main vos trois divisions avant quatre ou cinq heures de l'après-midi. Le camp de Pirna sera donc alors occupé, la droite à Pirna par 40,000 hommes d'infanterie de la Garde, et 8 à 10,000 hommes de cavalerie, la gauche par votre corps d'armée. Si alors les renseignements que l'on aura reçus donnent à penser que vous puissiez vous porter sur Bahra et Hellendorf pour vous emparer des défilés et tomber sur les derrières de l'ennemi , vous le ferez, et je vous ferai soutenir par la jeune Garde.
Je donne ordre au général Corbineau de partir à cinq heures du matin, avec sa division de cavalerie légère, pour venir vous rejoindre. Il a 4,000 hommes et une batterie d'artillerie ; il sera utile pour occuper tout le plateau.
Vous aurez soin de vous informer auprès des ingénieurs saxons de tous les débouchés du camp de Pirna qu'il faut garder par des postes. Ces postes seront successivement relevés par la jeune Garde,
{1813] DE NAPOLÉOM 1". 5
lors(|u'elIe débouchera à Pirna. Il sera nécessaire que vos sapeurs, avec leurs pioches, soient à la tête des colonnes pour élargir le chemin et abattre les bois dans les défilés depuis Balira jusqu'à Hellendorf. Demain au soir, le reste de Farmée arrive et débouche un corps par Kœnigstein et l'autre par Pirna. Veillez à ce que les bagages, les fourgons d'équipages militaires et toutes les voitures quelconques restent sous la protection des redoutes de Hohnstein , où vous laisserez la brigade du général prince de Reuss qui arrivera demain de bonne heure à Hohnstein. La 4*2^ division a, je crois, six bataillons entre Dresde et Kœnigstein. J'ai ordonné au général Lefebvre-Desnoëttes de les faire relever par la jeune Garde : je suppose qu'il l'a fait, et qu'ainsi ce soir toute la division Berthezène sera réunie au camp.
Je vous envoie mon officier d'ordonnance Atthalin, qui connaît les routes. Je vous envoie avec lui un ingénieur géographe qui a levé la carte et connaît également le pays. Prenez aussi dans la citadelle des ingénieurs saxons qui connaissent parfaitement le pays, et prenez des forestiers pour tous conduire.
Napoléon.
D'après l'original. Archives de l'Empire.
6 CORRESPOXDAXCE MILITAIRE [1813]
1544. — i\OTE SUR LA SITUATIOX' GÉNÉRALE DES AFFAIRES APRÈS LA BATAILLE DE DRESDE.
Dresde, 30 août 1813.
Je suppose l'armée de Silésie ralliée derrière le Bober ; il n'y aurait même pas d'inconvéaient qu'elle se mît derrière la Qneis.
Si je voulais faire venir le prince Ponîatowski à l'armée de Berlin, le débouché de Zittau ne serait plus gardé. Il pourrait cependant arriver à Kalau en quatre jours; alors il serait indispensable que Tarmée de Silésie s'appuyât sur Gœrlitz et même en avant de Bautzen. Pourvu qu'un corps occupât Hoyerswerda , mon opération de Berlin ne serait pas compromise.
Renonçant à l'expédition de Bohême afin de prendre Berlin et de ravitailler Stettin et Kiistrin, le maréchal Saint-Cyr et le général Vandamme prendraient position, la gauche à FEIbe, le duc de Raguse formerait le centre, le duc de Bellune la droite; le roi de Xaples pourrait commander ces quatre corps et s'établir à Dresde avec Latour- Maubourg : ce serait une belle armée. Il serait possible, dans des positions connues, de se couvrir de quelques redoutes. Cette armée serait menaçante, n'aurait aucun danger à courir, et elle
pourrait se replier sur Dresde, dans le temps que j'y arriverais de Luckaii.
L'armée de Silésie pourrait s'appuyer sur \aumburg, sa gauche à Weissenberg, et occuper Bautzen et Hoyerswerda.
Mes deux armées seraient alors sur la défensive, couvrant Dresde sur l'une et l'autre rive, dans le temps que j'opérerais sur Berlin et porterais le (héàtre de la guerre sur le bas de l'Oder.
Les Russes ne pourront pas être indifférents à l'existence d'une armée de 60,000 hommes à Stettin; le blocus de Danzig serait menacé et probablement une partie de leur armée de Silésie passerait l'Oder pour se mettre en bataille entre Danzig et Stettin. L'armée russe doit avoir perdu beaucoup de monde. Aussitôt sa frontière menacée à Stettin, ce sera un prétexte pour abandonner la Bohème. Et moi, étant dans une position transversale et ayant tous les Polonais entre Stettin et Kûstrin, j'aurais l'initiative de tous les mouvements
J'ai deux plans d'opération à adopter :
Le premier, d'aller à Prague, profitant de mes succès contre l'xlutriche. Alais d'abord je ne suis plus en mesure d'arriver avant l'ennemi à Prague, ville forte; je ne la prendrais pas; la Bohème peut s'insurger : je serais dans une position difficile; 2" l'armée ennemie de Silésie attaquerait mon armée de Silésie : je serais dans une position déli-
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cate à Prague; il est vrai, cette armée pourrait se porter à Dresde et s'y appuyer; 3° dans cette position de choses, l'armée d'Oudinot ne peut rester que défensive ainsi que celle du prince d'Eckmiihl, et, vers le milieu d'octobre, je perdrai 9,000 hommes à Stettin. J'occuperais alors la ligne de l'Elbe, de Prague à la mer; elle est par trop étendue ; si elle perçait dans un point, elle ouvrirait accès dans la 32' division et pourrait me rappeler dans la partie la plus faible de mes États. Les Russes ne craignent rien pour eux ni pour la Pologne : ils se renforceraient entre l'Oder et TElbe, dansleAIecklenbourg et en Bohême.
Ainsi le projet d'aller à Prague a des inconvénients : 1° Je n'ai pas suffisamment de chances pour être sûr d'avoir la ville de Prague; '2° Que je me trouve alors avec mes principales forces dans un tout autre système, et me trouvant, moi, de ma personne , à l'extrémité de ma ligne , je ne pourrais me porter sur les points menacés; des sottises seraient faites ; ce qui porterait la guerre entre l'Elbe et le Rhin, ce qui est le désir de l'ennemi. Le troisième inconvénient : je perdrais mes places de l'Oder, et ne serais pas en acheminement surDanzig.
En marchant au contraire sur Berlin, j'ai aussitôt un grand résultat : je protège ma ligne de Hambourg à Dresde ; je suis au centre ; en cinq jours , je puis être aux points extrêmes de ma ligne; je dé-
11813) DE NAPOLÉOM I". 9
gage Stettin et Kûslrin; je puis obtenir ce prompt résultat de séparer les Russes des Autrichiens ; dans Ja saison, je ne puis être embarrassé de vivre à Berlin ; les pommes de terre, les grandes ressources de cette ville, les canaux , etc., me nourriront, et je maintiens la guerre où elle a été jusqu'à cette heure. La guerre d'Autriche n'a pour moi que l'inconvénient d'un sacrifice de 120,000 hommes mis sur la défensive entre Dresde et Hof, défensive utile à mes troupes qui se forment. Je puis me prévaloir auprès de TAutriche de cette condescendance à ne pas porter la guerre en Bohème. L'Autriche ne pouvant se porter nulle part, ayant 120,000 hommes sur ses frontières, je menace d'aller à Prague sans y aller. Les Prussiens ne se soucieront pas de rester en Bohême , leur capitale prise , et les Russes €ux-mèmes seront inquiets pour la Pologne, en voyant les Polonais réunis sur l'Oder. Il faudrait alors qu'il arrivât une de ces deux choses. Les Russes , les Prussiens de Bohême forceront l'Autriche à reprendre l'offensive , à revenir à Dresde; <;e ne peut être que dans quinze jours. Alors j'ai pris Berlin, ravitaillé Stettin, détruit les travaux des Prussiens et désorganisé la landwehr. Alors , si l'Autriche recommence ses sottises, je me trouverai à Dresde ax^ec une armée réunie ; de grands événements, une grande bataille termineraient la campagne et la guerre.
10 CORRESPO.VDANCE MILITAIRE [1813]
Enfin, dans ma position, tout plan où de ma personne je ne suis pas au centre est inadmissible. Tout plan qui m'éloigne établit une guerre réglée, où la supériorité des ennemis en cavalerie, en nombre et même en généraux, me conduirait à une perte totale.
En effet, pour bien comparer les deux projets, il faut placer mes armées en bataille dans les deux projets.
P Projet de Prague. — Il faut m'y porter de ma personne, y mettre le 2% le 6% le 14' et le 1" corps, la cavalerie Latour-Maubourg; il faudrait le prince d'Eckmùhl devant Hambourg , les trois corps d'Oudinot sur Wittenberg et Magdebourg, l'armée de Silésie sous Bautzen. Dans cette situation , je suis sur la défensive : Toffensive est à l'ennemi; je ne menace rien ; il serait absurde de dire que je menace \ienne; Tennemi peut masquer l'armée de Silésie , faire déboucher des corps par Zittau , m'attaquer à Prague , ou bien , masquant l'armée de Silésie, il détachera sur le bas Elbe, ira sur le IVeser, tandis que je serai à Prague; il ne me restera qu'à gagner le Rhin en toute hâte. Le général qui commandera à Bautzen ne conviendra pas que l'ennemi s'est affaibli devant lui, et mon armée sur Hambourg et Magdebourg sera tout à fait hors de ma main.
2* Hypothèse — Maintenant le 1" corps, le 14*
fl813] DE NAPOLÉOX I". Il
le 2% le 6' et Latour-Maubourg resteront tranquilles autour (le Dresde , sans craindre les Cosaques; le corps d'Aiigereau s'approchera sur Bamberg et Hof, l'armée de Silésie sur la Quels, ou le Bober et Bautzen : point d'inquiétude encore pour mes communications ; mes deux armées de Hambourg et de Reggio seront sur Berlin et Stettin.
D'après la miaute. Archives de l'Empire,
Demain 31 , au soir, j'aurai à Grossenhayn :
Infanterie, 18,000 hommes;
Cavalerie, 7,000;
Artillerie , cent cinquante pièces de canon.
Au total , la valeur d'une armée de 30,000 hommes.
Selon la note de Caraman, les trois corps auraient 45,000 hommes d'infanterie , 9,000 hommes de cavalerie; soit 54,000 hommes , avec près de deux cents pièces de canon.
Ce serait donc 63,000 hommes d'infanterie et 16,000 de cavalerie avec trois cent cinquante pièces ; ce serait une aruiée de plus de 80,000 hommes.
Il faudrait préparer les lettres d'ordres chiffrées pour les généraux : prince d'Eckmiihl, duc de Reggio , Lapoype , Lemarois. Cependant ces lettres ne partiraient que lorsque je serai bien décidé.
Si je portais mon quartier général à Luckau , je serais à deux journées de Torgau, à trois de Dresde, à quatre de Gœrlitz. Je serais donc dans une position centrale à portée de prendre mon parti , soit pour lancer tout ce que je voudrais sur Berlin, soit pour y aller de ma personne. Il faudrait, en m'éloignant de Luckau , être assuré de la situation de mes derrières. En faisant venir 3,000 chevaux du roi de iVaples, j'aurais 10,000 chevaux pour maintenir mes communications entre Berlin, Dresde et Torgau.
11 faudrait donc écrire les lettres suivantes.
Suivent des projets de lettres au duc de Reggio , au prince d'Eckmiihl, au général Lemarois, au général Lapoype et au commandant de Torgau, pour leur donner avis du mouvement sur Berlin et leur faire connaître les ordres qui les concernent.
D'après la minute. Archives de l'Einpire.
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1545. — LYSTRUGTIOXS AUX CO.M.MAXDAX'TS DE CORPS D'ARMÉK AVAXT LE DÉPART DE LEMPERELR DE DRESDE POUR BAUTZEX.
AL PRINCE DE XEUCHATEL ET DE WAGRAM , MAJOR GÉXÉRAL DE LA GR.AXDE ARJlÉE , A DRESDE.
Dresde, 3 septembre 1813.
Mon Cousin , écrivez au maréchal Saint-Cyr qu'il faut qu'il ait ce soir son quartier général à Pirna. Vous lui ferez connaître que l'armée ennemie de Silésie est entrée hier à Gœrlitz et s'approche de Bautzen, où le duc de Tarente sera aujourd'hui. L'armée du duc de Tarente est un peu décontenancée. J'y serai demain à la pointe du jour, et je compte attaquer demain à midi , ou après-demain au plus tard, l'armée ennemie et la mettre en déroute, de manière à faire le contre-coup de la retraite de Dresde.
Je ne sais point ce que fera la grande armée ennemie en Bohême. Je laisse les dispositions suivantes : le maréchal Saint-Cyr sera à Pirna, le duc de Bellune à Freyberg ; le comte de Lobau , que j'ai nommé commandant du 1" corps, sera au camp de la jeune Garde auprès de Dresde ; tout cela fait encore 50 à 60,000 hommes. L'ennemi ne peut pas se présenter devant Dresde pour l'attaquer avani
U CORRESPO\DAXCE MILITAIRE [iSlS]
quatre jours; d'ici là, les trois redoutes intermédiaires seront construites et armées, ce qui donnera un degré de force bien plus considérable au camp retranché. Le maréchal Saint-Cyr établira une correspondance très-rapide avec le comte de Lobau et le duc de Bellune, et il m'écrira deux fois par jour à mon quartier général à Bautzen. Il fera construire des redoutes sur les hauteurs pour assurer son camp, et il fera sur-le-champ travaillera améliorer la route de Kœnigstein à Hellendorf : cet ouvrage peut être fait dans quatre jours.
L'ennemi peut manœuvrer sur Dresde par la rive gauche et la rive droite ; s'il manœuvre par la rive .gauche, ce sera la répétition de ce qui a eu lieu. Je pense que dans ce cas le maréchal Saint-Cyr, le duc de Bellune et le comte de Lobau doivent se réunir sur les hauteurs de Dresde, et, aussitôt qu'ils se seront assurés que les forces de l'ennemi sont tellement considérables qu'ils ne peuvent tenir les dehors, se replier dans le camp retranché. Le maréchal Saint-Cyr en gardera la gauche , et le duc de Bellune la droite, en laissant en réserve les deux tiers de ces corps, comme j'avais placé la jeune Garde. Le comte de Lobau serait dans Dresde de manière à déboucher quand les redoutes seraient sur le point d'être prises, afln de battre l'ennemi. Comme je pourrais toujours, en deux ou trois jours, être à Dresde, ce serait tout à fait la répé-
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tition tle ce qui a eu lieu, hormis que je serais plus près.
Si Tennemi manœuvre sur Ja rive droite, il peut manœuvrer de deux manières : 1° par la chaussée de Zittau; alors il se réunirait à Tarmée de Silésie par derrière, et dans ce cas cela n'aurait aucune influence sur Dresde; 2° par Xeustadt, pour venir se porter sur Ueissig, entre Dresde et Lilienstein, et intercepter la route de Dresde à Bautzen. Dans ce cas, le maréchal Saint-Cyr devrait garnir avec la plus grande partie de son corps le camp de Lilienstein et les redoutes de Hohnstein, et le comte de Lobau, ainsi que le duc de Belîune, viendrait occuper les hauteurs de Weissig, où il y a de très-belles j)Ositions; ce qui me donnerait le temps de me joindre à eux, et, après avoir battu l'armée ennemie de Silésie, de rebattre la grande armée de Bohême.
Vous ferez faire cinq copies de cette instruction, savoir : l'une pour le maréchal Saint-Cyr, l'une pour le duc de Bellune, Tune pour le comte de Lobau, l'une pour le comte Durosnel, et la cinquième pour le duc de Bassano, parce que cela est utile à cause de son activité et de l'intérêt qu'il a à me prévenir de tout.
Aussitôt qu'on apercevra que l'ennemi manœuvre sur la rive droite et peut inquiéter la route de Bautzen, la route de l'armée ne passera plus par Slolpen et Biscliofswerda, mais par Kœnigsbiùck.
J6 CORRESPOXDAXCE MILITAIRE [1813]
Prérenez le général Lhéritier que le quartier général sera demain à Bautzen, qu'il envoie tous les jours ses rapports à Dresde, et qu'en cas d'événement il sera sous les ordres du comte de Lobau.
Faites connaître au maréchal Saint-Cyr qu'il y a à Pirna un pont qui y a été jeté pour le passage du duc de Trévise, et que j'ai ordonné que ce pont fût relevé et les pontons placés sur des baquets, afin que, sur quelque point de la rivière que ce soit, il puisse jeter un pont pour établir la communication, selon les circonstances.
Napolîion.
D'après l'original. Dépôt de la guerre.
1546. — ORDRE POUR LES FORTIFIdlTIONS DE DRESDE.
Dresde, 3 septembre 18!-".
Article premier. Les bois qui entourent les redoutes du camp retranché de la rive droite seront <;oi]pés sans délai à 100 toises des redoutes; on en formera des abatis à tous les petits chemins qui aboutissent au camp. Le 1" corps fournira le nombre d'hommes nécessaire pour faire promptement ces abatis.
Art. 2. On commencera dans la journée de demain la construction d'un bon blockhaus à la
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redoute ii° 3 comme la pins faible , vu sa proximité (les montagnes. Ce blockhaus sera pour 4-0 à 50 hommes. Les bois du côté de l'ennemi auront 18 pouces d'épaisseur. Le blockhaus sera construit de manière que Fartillerie de campagne ne le puisse démolir, et que, le feu de la redoute venant à s'éteindre, 30 ou 40 hommes renfermés dans le blockhaus empêchent l'ennemi de prendre possession de l'ouvrage. Le blockhaus sera environné d'une petite palissade qui en défendra les approches.
Art. 3. Il sera établi, avec de grandes démonstrations, trois ou quatre fougasses sous cette redoute, et il y sera employé une compagnie de mineurs, de manière à faire courir le bruit que les environs de cette redoute sont minés et que les paysans des villages voisins en soient instruits.
Art. 4. 11 sera placé dans chaque redoute une perche, avec le numéro de la redoute, pour que cela soit bien connu de la garnison.
Art. 5. On concentrera tous les ouvriers pour terminer les trois redoutes qui flanquent les cinq existantes, afin que ces redoutes soient en état d'être armées dans six jours.
Art. 6. Il sera tracé à la redoute n° 3 un avantfossé palissade, de sorte que l'ennemi ait deux fossés à franchir. Les deux fossés seront flanqués par une place d'armes, de droite et de gauche, et appuyés d*une traverse où Ton puisse établir pour
18 CORRESPOXDAXCE MILITAIRE [l813j
chacun une pièce de canon et quelques tirailleurs.
Art. 7. Avant quatre jours rarlillerie placera ses gabions et sacs à terre sur toutes les redoutes, de manière que l'artillerie et les canonniers soient le plus possible à Tabri.
Art. 8. Le hangar qui domine les fortifications de la rive droite sera démoli de manière à en conserver les bois.
Art. 9. Le major général désignera pour chaque redoute un officier qui y commandera. Cet officier restera dans la redoute, y couchera, et ne pourra la quitter sous quelque prétexte que ce soit.
Art. 10. En cas d'attaque, le commandant d'artillerie aura en réserve une compagnie d'artillerie; il y joindra les pontonniers et les ouvriers de la marine ; ces hommes seront placés dans les faubourgs et se tiendront prêts à se rendre dans les redoutes pour y remplacer les canonniers morts.
Art. 11. 11 sera construit un magasina poudre dans chaque redoute, et il est expressément défendu qu'il y ait des caissons dans les redoutes.
Art. 12. Le major général est chargé de donner tous les ordres pour resécntion des présentes dispositions.
Napoléom.
D'après 1 original. Dépôt de la guerre.
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1547. — ORDRES COXGERYAXT LES DÉTACHEMEXTS D'ISOLÉS.
AU PRINCE DE \ELCHATEL ET DE WAGRAM , MAJOR GKXÉRî.L DE LA GRANDE ARMÉE, A PIR.VA.
Pirna, 12 septembre 1813
Mon Cousin, avant de faire évacuer ie dépùt de cavalerie sur l'autre rive de la Saale, il faut le faire distribuer en deux classes : les chevaux qui ne seront pas guéris d'ici à un mois, et les chevaux qui seront guéris avant un mois. Il faut garder ces derniers dans un petit dépôt entre Torgau et Leipzig, et ne faire aller sur la rive droite de la Saale que tous ceux pour la guérison desquels il faut plus d'un mois. Donnez le même ordre à la Garde.
Réitérez Tordre au général Durosnel et aux commandants de Torgau, de Wittenberg et de Alagdebourg de ne faire partir pour l'armée aucun honniie isolé; que tous les isolés et détachements qui arrivent doivent être réunis dans les places et y attendre des ordres; qu'il n'y a rien de plus funeste, lorsque l'armée est en mouvement, que ces détachements qui courent après des corps qui font de? contre-marches; que cela doit nous faire perdre beaucoup d'hommes.
\^\POLÉO\.
D'après I ûriginal. DJpôt de la j^acrro.
1548. — ORDRE POUR LE CAPITAIXE CARAMAX, OFFI- CIER D'ORDOWAXGE DE L'EMPEREUR, CHARGÉ DE SE REXDRE AUX AVAXT- POSTES DE MAGDOXALD A BAUTZEX.
Dresde, 14 septembre 1813, dans la nuit.
Caraman se rendra près du duc de Tarente, à ses avant-postes, à Bautzen ; il portera une lettre du prince de Neuchâtel et verra la nouvelle position. L'armée se trouve dans des marais, sur trois rolonnes, chaque colonne formant un corps d'armée; ce qui fait un corps sur la chaussée, et les deux autres qui flanquent dans des marais et défilés, ce qui est contraire au principe, puisque chaque corps d'armée ayant des bagages et de Tartillerie est ainsi exposé à perdre son matériel, et sa marche se trouve rompue.
Le général Lauriston a été attaqué et a fait quelques pertes; sans qu'il ait perdu du monde, le prince Poniatoxvski a été aussi attaqué près de Stolpen , et croit l'être encore ce matin; et cependant le duc de Tarente ne prévoit pas ces attaques et se laisse malmener. Caraman lui dira qu'il est nécessaire qu^il prenne une bonne position dans un pays ouvert, sur des hauteurs où toute l'armée soit en bataille. Les hauteurs derrière Bautzen étaient les meilleures positions. Aujourd'hui il en doit
C1813] DE NAPOLÉOV I<". 21
prendre une quelconque. Il doit avoir sur la chaussc'c une arant-garde d'infanterie, cavalerie et artillerie, et des corps flanquenrs qui Téclairent à droite et à gauche. Alors l'armée sera dans une bonne position, à Tabri de toute surprise et prête à recevoir le combat ou à faire ce qu'elle voudra, parce qu'elle sera bien postée.
Caraman restera là la journée, verra ce qui se passe, comment finit l'affaire de Lauriston, et cp. qui se passera du côté du prince Poniatowski.
Il ne dissimulera pas, avec toute la réserve convenable, que je trouve le maréchal mal placé et ne comprends pas sa manière de faire.
S'il y avait quelque chose d'important, il m'expédierait un chasseur.
Il ira voir tous les corps d'armée, prendra tous les renseignements qu'il pourra obtenir sur leur état et leur esprit, et viendra me rendre compte à la fin de la journée.
D'après la miuute originale comm. par XI. le duc de Caraman,
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1549. — ORDRE CO\CERXA\T LE SERVICE DES GRAXD' GARDES FAIT PAR LA CAVALERIE LÉGÈRE.
AU PRINCE DE \EUCHATEL ET DE WAGRAM , MAJOR GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMEE, A PIRNA.
Pirua, 19 septembre 1813.
Mon Cousin, écrirez au duc de Belluiie que ce n'est pas par -4,000 hommes, mais par -400, que le général Bruno a été enlevé : il dormait tranquillement dans la ville, avec tous ses hommes. Tant que les troupes légères serviront aussi mal, il arrivera des malheurs. Au lieu de bivouaquer dans une position militaire et de changer tous les jours de camp, le général Bruno s'était renfermé dans la \ille. Dites au duc de Bellune de vous envoyer l'état de situation des deux escadrons qui étaient à Freyherg et de vous faire connaître s'il y avait de Fin fanterie. Témoignez-lui mon mécontentement de ce qu'il n'avait pas donné au général Bruno des instructions telles qu'il ne se soit pas enfermé dans la v'ile. Le maréchal a dû savoir par ses officiers qu'il vivait chez les habitants, au lieu de bivouaquer.
Je viens de dicter un ordre du jour pour faire connaître à l'armée l'événement survenu au général Bruno. Il faut réitérer l'ordre aux troupes légères de ne jamais passer la nuit dans une ville;
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elles doivent bivouaquer et changer de bivouac le soir, de manière à coucher à une demi-lieue ou une lieue de l'endroit où elles étaient au coucher du soleil. C'est le moyen de n'être jamais surpris, et c'est faute de ces précautions que de pareils accidents ont lieu. 2 ou 300 hommes de cavalerie légère ne doivent pas prendre position comme un corps d'infanterie; leur but est d'éclairer et non de combattre. Faites sur ces principes un ordre du jour soigné et qu'on puisse imprimer. On doit faire connaître qu'il y a peine de mort contre les commandants de patrouilles de troupes légères qui passeraient la nuit dans une ville.
Napoléon.